Istanbul : colère après l’interruption d’une interview télévisée du maire déchu
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Istanbul : colère après l’interruption d’une interview télévisée du maire déchu

Un présentateur de la chaîne CNN-Türk a écourté son entretien avec Ekrem Imamoglu, dont l'élection à la mairie d'Istanbul a été annulée par les autorités

Le candidat de l'opposition turque aux élections municipales d'Istanbul Ekrem Imamoglu, en campagne, le 22 mai 2019. (Crédit : OZAN KOSE / AFP)
Le candidat de l'opposition turque aux élections municipales d'Istanbul Ekrem Imamoglu, en campagne, le 22 mai 2019. (Crédit : OZAN KOSE / AFP)

Une chaîne turque a essuyé un déluge de critiques mardi pour avoir écourté la veille une interview du candidat de l’opposition à la mairie d’Istanbul lorsqu’il a évoqué les dépenses « extravagantes » sous le maire sortant, issu du parti au pouvoir.

Un présentateur-vedette de la chaîne privée CNN-Türk, Ahmet Hakan, a mis fin lundi soir une demi-heure plus tôt que prévu à son entretien avec Ekrem Imamoglu, dont l’élection le 31 mars à la mairie d’Istanbul a été annulée par les autorités. Un nouveau scrutin est prévu le 23 juin.

Les critiques sur les réseaux sociaux visant la chaîne et le présentateur fusent depuis lundi soir. Un utilisateur de Twitter, @muratagirel, a par exemple proposé que l’émission, appelée « zone impartiale » (« tarafsiz bölge » en turc), soit renommée « zone partiale ».

CNN-Türk a rejeté dans un message posté sur Twitter tout parti pris en faveur de l’un des candidats à l’élection municipale.

La chaîne a affirmé que M. Imamoglu a bénéficié d’une heure et 25 minutes de temps d’antenne, soit sept minutes de plus que le candidat du parti au pouvoir, Binali Yildirim, lors de son passage dans la même émission le 13 mai.

L’interruption du programme a eu lieu au moment où M. Imamoglu évoquait les dépenses « extravagantes » de son prédécesseur, qu’il dit avoir mises au jour lors des 18 jours pendant lesquels il a siégé à la mairie avant l’invalidation de son mandat.

Ekrem Imamoglu avait battu M. Yildirim, un ex-Premier ministre, avec moins de 13 000 voix d’avance. Une marge minime à l’échelle d’une ville de plus de 15 millions d’habitants, contrôlée par les islamo-conservateurs depuis 25 ans.

Après des recours de l’AKP, qui dénonçait des « irrégularités massives », le Haut-comité électoral avait annulé les résultats et convoqué un nouveau scrutin pour le 23 juin.

M. Imamoglu a brandi pendant l’interview une pancarte montrant ce qu’il a présenté comme du « gâchis », par exemple le nombre très élevé de voitures de fonction. Il promettait de transformer ces dépenses en « économies » pour servir la mégapole.

Le présentateur l’a rapidement interrompu, prétextant d’abord d’une page de publicité, avant de mettre finalement fin à l’émission lorsque le candidat a insisté pour parler des finances de la mairie.

M. Imamoglu protestait pourtant qu’il avait été prévenu que l’émission durerait une demi-heure de plus.

La municipalité d’Istanbul a réagi lundi soir, démentant les allégations de M. Imamoglu et dénonçant une « distorsion intentionnelle » visant à manipuler l’opinion publique.

Logo de CNN Türk.

CNN-Türk avait déjà fait l’objet de critiques sévères lorsqu’elle avait préféré diffuser un documentaire sur les pingouins plutôt que de retransmettre en direct des heurts qui avaient émaillé en 2013 les manifestations contre le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

La chaîne est une joint-venture entre la maison-mère de CNN International, Turner Broadcasting System International, et le groupe privé turc Demirören, proche du pouvoir.

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