Italie/Anne Frank – L’émotion reste forte, le président de la Lazio sous pression
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Italie/Anne Frank – L’émotion reste forte, le président de la Lazio sous pression

Comme annoncé par la Fédération, les matchs ont été précédés d'une minute de réflexion sur la Shoah et de la lecture d'un extrait du Journal d'Anne Frank

Des autocollants d'Anne Frank habillée dans l'uniforme de l'équipe de foot de la Roma ont été placés dans le stade par les fans de la formation rivale de la Lazio en Italie (Capture d'écran/Youtube)
Des autocollants d'Anne Frank habillée dans l'uniforme de l'équipe de foot de la Roma ont été placés dans le stade par les fans de la formation rivale de la Lazio en Italie (Capture d'écran/Youtube)

L’émotion restait forte mercredi en Italie autour de l’affaire des photos détournées d’Anne Frank, après que la couronne de fleurs déposée à la synagogue de Rome en guise d’excuses a été jetée dans le Tibre et que la Lazio jouait mercredi soir à Bologne, sans ses supporters.

La gerbe de fleurs déposée mardi par le président de la Lazio, Claudio Lotito, devant la synagogue de Rome devait symboliser les excuses du club après la découverte au Stade Olympique d’autocollants représentant la jeune fille juive morte en déportation portant le maillot de la Roma, l’équipe rivale de la Lazio.

Mais les fleurs blanches et bleues, les couleurs du club, ont fini échouées sur une berge du Tibre, le fleuve qui traverse la capitale italienne, preuve que la colère est encore vive à Rome.

Selon le Corriere della Sera, « les auteurs du geste pourraient être des jeunes de la communauté juive qui se seraient sentis offensés par un billet sur lequel était écrit ‘tu as des frères juifs’ et signé Claudio, laissé sur la couronne ».

Lotito s’était rendu à la synagogue accompagné de deux joueurs de l’équipe pour déposer ces fleurs et annoncer que le club entendait désormais emmener 200 jeunes supporters chaque année au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.

La police récupère une gerbe de fleurs du club de football de la Lazio de Rome sur les rives du Tibre, après sa disparition du mur d'une synagogue de Rome pendant la nuit, le 25 octobre 2017. (Crédit : Alberto Pizzoli/AFP)
La police récupère une gerbe de fleurs du club de football de la Lazio de Rome sur les rives du Tibre, après sa disparition du mur d’une synagogue de Rome pendant la nuit, le 25 octobre 2017. (Crédit : Alberto Pizzoli/AFP)

’15 idiots’

Mais un enregistrement sonore rendu public mercredi par le site internet du quotidien Il Messagero laisse planer une ombre sur les intentions du président du club romain.

« Il y aura le vice-rabbin ? Il n’y a que le rabbin ? Ils ne valent rien ceux-là. Tu vois où on en est ? Le rabbin et le vice-rabbin à New York… Allez, on va faire ce sketch. Tu te rends compte », entend-on quelqu’un déclarer sur cet enregistrement.

Lotito a démenti avoir prononcé ces mots et a reçu le soutien du député du Parti Démocrate (centre-gauche) Dario Ginefra, présent à ses côtés au moment où il aurait passé ce coup de téléphone à un de ses collaborateurs à l’atterrissage après un vol Milan-Rome.

Interviewé dans la matinée par la Radio Capital, le président de la Lazio avait auparavant assuré qu’il ne s’attendait à « aucune sanction ».

« Le club n’a rien fait. Au contraire, il a mis en œuvre des mesures pour lutter contre le racisme » et l’antisémitisme, a-t-il dit. « Ces autocollants ? C’est le comportement de 15 idiots qui ne savent pas ce qu’ils font. »

Des joueurs de la Lazio de Rome avec leurs T-shirts à l'effigie d'Anne Frank, contre l'antisémitisme, à l'entraînement avant leur match contre Bologne, le 25 octobre 2017. (Crédit : Gianni Schicchi/AFP)
Des joueurs de la Lazio de Rome avec leurs T-shirts à l’effigie d’Anne Frank, contre l’antisémitisme, à l’entraînement avant leur match contre Bologne, le 25 octobre 2017. (Crédit : Gianni Schicchi/AFP)

Selon la presse italienne, les enquêteurs ont pour l’instant identifié 16 suspects sur les images des caméras de surveillance. Trois d’entre eux sont mineurs, dont l’un a seulement 13 ans.

En attendant les développements de l’enquête, la 10e journée de Serie A se poursuivait mercredi avec neuf matches au programme, dont celui de la Lazio à Bologne, qui jouait sans ses « Irriducibili », le principal groupe Ultra de l’équipe, qui avait annoncé renoncer à ce déplacement, « pour ne pas être complices du théâtre médiatique de ces dernières heures. »

Des supporters isolés de la Lazio se sont cependant fait remarquer. Selon la Gazzetta dello Sport, quelques dizaines d’entre eux ont ainsi entonné le chant fasciste « Me ne frego » (Je m’en fous, en italien) et ont effectué des saluts romains bras tendu avant d’entrer dans les tribunes du stade Dall’Ara.

Comme prévu, les joueurs romains portaient à l’échauffement un t-shirt avec la photo d’Anne Frank au-dessus de l’inscription « Non à l’antisémitisme ».

Lecture d'un extrait du Journal d'Anne Frank avant le match de Serie A italienne Gênes - Naples, au stade Luigi Ferraris de Gênes, le 25 octobre 2017. (Crédit : Vincenzo Pinto/AFP)
Lecture d’un extrait du Journal d’Anne Frank avant le match de Serie A italienne Gênes – Naples, au stade Luigi Ferraris de Gênes, le 25 octobre 2017. (Crédit : Vincenzo Pinto/AFP)

Et sur tous les terrains, les deux capitaines et l’arbitre ont remis à trois enfants un exemplaire de Si c’est un homme, témoignage de déportation de l’écrivain italien Primo Levi.

Les différents speakers ont également lu un extrait du Journal d’Anne Frank avant « une minute de réflexion sur la Shoah » demandée par la Fédération italienne, qui s’est souvent vite transformée en minute d’applaudissements.

Mais à Turin, où jouait la Juventus, certains supporters ont tourné le dos à la pelouse et ont chanté l’hymne italien pendant cette célébration, alors qu’à Rome, où l’AS Rome affrontait Crotone, quelques tifosi ont couvert la lecture avec des chants en faveur de leur équipe.

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