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Jack Lew, ex-secrétaire au Trésor et chef de cabinet d’Obama, nommé envoyé en Israël

Selon un fonctionnaire US, les Républicains pourraient utiliser le processus de confirmation comme un référendum pré-électoral sur les politiques israéliennes de Biden

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le secrétaire au Trésor américain Jack Lew s'exprimant lors de la réunion du groupe de développement économique conjoint (JEDG) entre les États-Unis et Israël, à l'hôtel David Citadel, à Jérusalem, le 18 juin 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le secrétaire au Trésor américain Jack Lew s'exprimant lors de la réunion du groupe de développement économique conjoint (JEDG) entre les États-Unis et Israël, à l'hôtel David Citadel, à Jérusalem, le 18 juin 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président américain Joe Biden a décidé de nommer l’ancien secrétaire au Trésor Jacob (Jack) Joseph Lew comme prochain ambassadeur en Israël, a déclaré mardi un porte-parole de la Maison Blanche au Times of Israel.

Ayant fait partie du cabinet de l’ancien président Barack Obama et ayant été son chef de cabinet à la Maison Blanche, Lew, âgé de 67 ans, serait la plus éminente personnalité politique à occuper ce poste sensible à Jérusalem.

La décision de Joe Biden de nommer quelqu’un, exposant ainsi son administration à un processus de confirmation au Sénat que les Républicains transformeront probablement en un référendum sur la politique israélienne du président, alors que la campagne présidentielle de 2024 se met en branle, démontre le sérieux avec lequel il prend les relations américano-israéliennes, a déclaré un haut responsable de l’administration, sous couvert d’anonymat.

La nomination de Lew survient à un moment particulièrement sensible entre les États-Unis et Israël. Le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche à faire avancer son projet – largement controversé – de refonte du système judiciaire malgré les appels répétés de Washington à ne faire avancer des projets de lois – si radicaux, si profonds – qu’avec le soutien d’un large consensus, ce qui fait cruellement défaut à la coalition radicale actuelle.

S’il est confirmé dans ses fonctions, Lew sera également chargé de freiner les efforts du gouvernement israélien visant à étendre les implantations en Cisjordanie, ainsi que sa politique de fermeté à l’égard des Palestiniens, qui a coïncidé avec l’année la plus meurtrière du conflit depuis la Seconde Intifada.

Parallèlement, l’Administration Biden s’efforce de négocier un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, en tenant compte des lourdes exigences de Ryad pour que l’accord aboutisse. Des fonctionnaires américains, tels que l’ancien ambassadeur Tom Nides, ont, à maintes reprises, averti Jérusalem que les politiques controversées encadrant les Palestiniens et la refonte judiciaire rendaient plus difficile l’obtention d’un accord de normalisation.

De gauche à droite : le secrétaire au Trésor Jack Lew, le vice-président Joe Biden, le président américain Barack Obama, la secrétaire au Commerce Penny Pritzker et le secrétaire au Travail Thomas E. Perez, dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche,à Washington, le 4 mars 2016. . (Crédit : Pablo Martinez Monsivais/AP Photo)

« À ce stade des relations entre les États-Unis et Israël, il est aussi important que depuis les années 1990 que nous ayons une personne de haut niveau [comme ambassadeur] qui soit un représentant direct du président et qui soit respectée à l’échelle internationale – et des deux côtés de l’allée ici à la maison », a déclaré le haut fonctionnaire de l’Administration Biden au Times of Israel, expliquant la décision de nommer Lew.

« En tant qu’ancien secrétaire au Trésor et chef de cabinet – sans parler de toutes les autres hautes qualifications que Lew apporte [avec lui] au Bureau – il n’y a personne de plus compétent », a poursuivi le responsable. « Lorsque chaque mot compte, que chaque réunion compte et qu’il est important pour le président de se faire entendre clairement à Jérusalem, il n’y a pas de meilleur fonctionnaire que Lew – qui soit plus crédible sur les questions et qui ait un meilleur bilan. »

« Lorsque Lew s’exprime, on sait qu’il parle au nom du président », a ajouté le fonctionnaire. « Personne n’aurait plus d’autorité pour gérer une situation politiquement compliquée en Israël en ce moment. Et cela montre à quel point le président accorde de l’importance à la relation États-Unis-Israël et à la réussite de ce dossier. »

Le responsable de l’administration a ensuite révélé qu’il y avait eu un débat au sein de la Maison Blanche sur la question de savoir s’il fallait ou non nommer quelqu’un, compte tenu de la dynamique politique en jeu à l’approche des élections de 2024.

« Beaucoup de gens pensaient que nous ne devrions peut-être procéder à aucune nomination, puisque nous avons [déjà] une chargée d’affaires très compétente à Jérusalem », a-t-il déclaré, faisant référence à Stephanie Hallet, qui dirige l’ambassade américaine depuis que Nides a démissionné en juillet (après près de 20 mois), afin de passer plus de temps avec sa famille.

« Mais le fait que le président ait sagement choisi de nommer quelqu’un et de passer par le processus de confirmation du Sénat – et le fait qu’il s’agisse de Lew – souligne l’importance que le président Biden accorde à cette relation – nos intérêts mutuels en termes de ce qui se passe au Moyen-Orient, mais aussi ce qui est dans le meilleur intérêt de l’Amérique », a ajouté le responsable de l’administration.

Le ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, a rapidement félicité Lew sur X – anciennement Twitter.

« Bienvenue à Jacob Lew, qui a été nommé ambassadeur des États-Unis en Israël, pays que vous connaissez si bien. Nous sommes impatients de travailler avec vous dans l’esprit de notre étroite coopération et de notre alliance. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu saluant le secrétaire au Trésor Jack Lew, dans son bureau, à Jérusalem, le 18 juin 2014. (Crédit : Matty Stern/US Embassy Tel Aviv)

Le CV de Jack Lew

Lew, qui n’a répondu à aucune demande de commentaire, a récemment occupé le poste d’associé-directeur de Lindsay Goldberg LLC et de professeur invité en affaires internationales et publiques à l’Université de Columbia.

Outre ses fonctions de secrétaire au Trésor et de secrétaire-général de la Maison Blanche, il a également servi l’Administration Obama en tant que secrétaire d’État adjoint chargé de la gestion et des ressources, succédant ainsi à Nides à ce poste. Sous le président Obama et l’ancien président Bill Clinton, Lew a occupé le poste de directeur de l’Office of Management and Budget (OMB).

En tant qu’assistant spécial du président Clinton, il a contribué à la mise en place du programme de service national Americorps.

Dans le secteur privé, il a occupé les postes de directeur-général et de PDG de deux unités commerciales de Citigroup.

Lew a été vice-président exécutif et directeur des opérations de l’Université de New York et professeur d’administration publique à la Wagner Graduate School of Public Service de l’Université de New York.

Il préside actuellement le conseil d’administration du comité national des relations États-Unis-Chine, est co-président du conseil d’administration de la National Library of Israel USA et est membre du Council on Foreign Relations.

Lew a obtenu une licence à Harvard et un doctorat en droit à l’Université de Georgetown.

L’ambassadeur américain en Israël Thomas R. Nides, à droite, s’exprimant lors de la mission nationale annuelle de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, à Jérusalem, le 19 février 2023. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP/Dossier)

Lew serait le troisième Juif orthodoxe à occuper le poste d’ambassadeur en Israël après David Friedman et Daniel Kurtzer, qui ont servi respectivement pendant les Administrations Trump et Bush.

Bien que Lew ait été généralement impliqué dans les questions liées à Israël en tant que chef de cabinet de Barack Obama, son expertise se situe dans le domaine des finances et du budget.

Toutefois, les relations étroites qu’il entretient avec les principaux membres de l’Administration Biden, grâce aux fonctions de direction qu’il a occupées, feraient de lui le successeur naturel de l’ancien ambassadeur, Nides.

Ce dernier n’avait pas non plus une grande expérience de la politique israélienne lors de son entrée en fonction, mais il était également considéré comme un poids lourd politique qui s’exprimait au nom du président et qui était respecté en conséquence par les responsables israéliens.

« Jack est un choix spectaculaire. Il n’est pas seulement attaché aux intérêts américains, mais c’est aussi un incroyable ami de l’État d’Israël et du peuple juif », a déclaré Nides au Times of Israel.

Partisan de l’accord avec l’Iran et d’une solution à deux États

Bien que l’histoire de l’engagement de Lew sur les questions liées à Israël l’ait vu exprimer un soutien constant à l’État juif, il a également été critique à l’égard de Netanyahu.

Lors d’une interview à l’Université de Columbia en 2017, rapportée par Jewish Insider, il avait reconnu que la relation d’Obama avec Netanyahu « n’était pas aussi bonne qu’on aurait pu l’espérer ». « Et ce dans les deux sens. »

« Je veux dire que j’ai vu tant de provocations de la part du Premier ministre (…). J’ai vu plus de provocations entrer que je n’en aies vu sortir », avait déclaré Lew, faisant référence à la décision de Netanyahu en 2015 de prononcer, dans le dos d’Obama, un discours devant une session conjointe du Congrès contre l’accord sur le nucléaire iranien que le président s’efforçait de finaliser.

« Je pense que c’était une énorme erreur pour Israël. D’une part, cela n’allait pas fonctionner. Et d’autre part, cela a contribué à une tendance d’identification d’Israël sur une base partisane alors que pendant la majeure partie des 70 années [d’existence], il n’y avait aucun doute que les deux partis pouvaient être pro-Israël », avait déclaré Lew.

Il avait défendu l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien – connu sous l’acronyme JCPOA – affirmant qu’il rendait Israël plus sûr.

Lew avait également semblé défendre la décision, prise par Obama en 2016, de ne pas opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant les implantions israéliennes. « Je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour Israël d’avoir toujours uniquement les États-Unis entre lui et la condamnation. » « Lorsqu’il s’agit in fine de savoir si vous pensez ou non que les implantations sont appropriées et légales, alors que vous avez dit pendant sept ans et 11 mois que vous ne pensiez pas qu’elles l’étaient, il vous sera difficile d’opposer votre veto sur cette question. Cela ne signifie pas que vous n’êtes pas un ami d’Israël », avait déclaré Lew.

Le secrétaire américain à l’Énergie Ernest Moniz, au centre, accompagné du secrétaire d’État John Kerry, à droite, et du secrétaire au Trésor Jack Lew, à gauche, témoignant lors d’une audition de la commission sénatoriale des relations étrangères pour examiner l’accord sur le nucléaire iranien, au Capitole, à Washington, le 23 juillet 2015. (Crédit : Andrew Harnik/AP Photo)

Lors de cette apparition en 2017, Lew avait également exprimé des réserves sur la décision envisagée par l’ancien président Trump de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. L’ancien conseiller de Clinton et de Obama avait reconnu que Jérusalem est la capitale d’Israël, mais avait également fait remarquer que les présidents successifs des deux partis s’étaient abstenus de la reconnaître officiellement comme telle, arguant que cela « préservait la possibilité d’avoir un accord négocié qui aboutirait un jour à une paix juste et durable avec deux États, ce qui est la valeur la plus importante ».

Il avait exprimé l’espoir qu’une telle décision de la part de Trump ne causerait pas de « perturbation majeure », avant d’ajouter : « Si vous vous souciez, comme moi, d’avoir une sécurité permanente pour l’État démocratique d’Israël, il n’y a pas d’autre voie que la solution à deux États ».

« Plus on entend parler de la solution d’un seul État, plus cela signifie qu’il ne s’agit pas d’un État démocratique. Ce n’est pas l’Israël que je veux que mes petits-enfants aiment », avait déclaré Lew à l’époque.

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