« Je n’ai pas pris de décision », affirme Beny Steinmetz lors de son procès
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« Je n’ai pas pris de décision », affirme Beny Steinmetz lors de son procès

Beny Steinmetz est accusé d'avoir mis en place un montage financier complexe afin de pouvoir verser des pots-de-vin pour que son groupe obtienne des permis miniers en Guinée

Le diamantaire Beny Steinmetz (à gauche) arrive avec ses avocats à son procès pour corruption présumée liée à des accords miniers en Guinée, le 11 janvier 2021, à Genève. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)
Le diamantaire Beny Steinmetz (à gauche) arrive avec ses avocats à son procès pour corruption présumée liée à des accords miniers en Guinée, le 11 janvier 2021, à Genève. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)

Le magnat des mines franco-israélien Beny Steinmetz, jugé à Genève pour corruption dans une affaire de licences minières en Guinée, a cherché mardi lors de son audience à minimiser son rôle, assurant n’être qu’un « conseiller ».

Beny Steinmetz, 64 ans, est accusé par le parquet genevois d’avoir mis en place un montage financier complexe grâce à un système de sociétés-écran afin de pouvoir verser des pots-de-vin, dont une partie aurait transité par des comptes suisses, pour que le groupe Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) obtienne des permis miniers dans ce pays pauvre d’Afrique.

Interrogé sur les relations et transactions douteuses entre Pentler, société qui était détenue par une filiale de BSGR gérée à Genève, et le groupe, l’homme d’affaires a assuré à plusieurs occasions pendant son audition n’avoir qu’un rôle de « conseiller » au sein de BSGR peu au fait des détails financiers.

« Je ne ne suis pas BSGR, je ne suis pas Pentler », a-t-il répondu laconiquement à la présidente du tribunal.

« Moi je ne prends pas de décision, c’est BSGR », a-t-il insisté, assurant à plusieurs reprises ne pas avoir eu connaissance des transactions et multiples accords financiers mentionnés par la juge.

M. Steinmetz résidait et travaillait à Genève lorsque les faits qui lui sont reprochés se sont déroulés.

Au terme d’une instruction qui a duré six ans, le parquet genevois a retenu, en août 2019, les infractions de « corruption d’agents publics étrangers et de faux dans les titres dans le contexte de l’attribution de licences minières » en Guinée.

Le parquet genevois lui reproche, ainsi qu’à deux autres prévenus, « d’avoir promis dès 2005, puis versé ou fait verser, des pots-de-vin » à l’une des épouses de l’ancien président guinéen Lansana Conté (décédé en 2008), Mamadie Touré, « en vue de faire évincer un concurrent (Rio Tinto, NDLR) puis de faire octroyer au Beny Steinmetz Group Resources des droits miniers dans la région de Simandou ».

Selon l’acte d’accusation, les pots-de-vin versés s’élèveraient à environ dix millions de dollars (8,2 millions d’euros). Ce montant inclut des sommes non documentées qui auraient été reçues en cash de 2006 à 2010, selon Mamadie Touré.

La défense clame que Beny Steinmetz « n’a jamais versé un centime à Mme Mamadie Touré », et assure que cette dernière n’était pas l’épouse du président Conté, mais une maîtresse n’exerçant aucune influence.

Et l’homme d’affaire a assuré mardi à la présidente du tribunal : « La Guinée était pour moi une ‘closed box’ jusqu’à fin 2007 (…), c’est à ce moment que l’on m’a demandé de regarder. »

Mamadie Touré reste le personnage clé de cette affaire : elle a elle-même reconnu avoir reçu des versements et dispose du statut de témoin protégé aux Etats-Unis. Elle doit être entendue mercredi comme témoin par le tribunal correctionnel de Genève, mais beaucoup doutent de sa venue.

Prenant les devants, Beny Steinmetz, qui s’est exprimé en français, a assuré mardi qu' »elle a raconté beaucoup de mensonges ».

« S’agissant des versements qu’elle a reçus, je n’en sais rien, je n’étais qu’un consultant », a-t-il ajouté, interrogé par la présidente du tribunal sur les propos de Mme Touré.

« Tous les gens qui mentionnent mon nom en lien avec Mme Touré disent des choses fausses, je n’ai rien à voir avec Mamadie Touré », a-t-il martelé.

La veille, la défense avait réclamé – en vain – le retrait du témoignage de Mamadie Touré, arguant que son statut aux Etats-Unis de « témoin de la Couronne » (accord de non renonciation aux poursuites) n’est pas valable en Suisse.

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