Jennifer Mnookin, l’ex-rectrice juive de l’université du Wisconsin, présidente de Columbia
Quatrième femme nommée à ce poste depuis le pogrom du 7-Octobre, la nouvelle présidente est connue pour encourager la liberté de recherche et académique tout en protégeant la paix
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JTA — Ce sont trois femmes différentes qui se sont succédé à la présidence de l’université Columbia, dans un contexte de troubles persistants liés à la prise en charge des manifestations pro-palestiniennes organisées sur le campus new-yorkais. Aujourd’hui, Columbia en invite une quatrième, qui est également la première à être juive, à tenter sa chance à la tête de cette prestigieuse institution.
Jennifer Mnookin, rectrice de l’université du Wisconsin, a été choisie pour devenir la prochaine présidente de Columbia, ont annoncé dimanche les coprésidents du conseil d’administration de l’université. Mnookin sera la première dirigeante juive de l’université depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle des terroristes dirigés par le Hamas ont lancé une invasion sanglante dans le sud d’Israël, déclenchant une guerre à Gaza et un mouvement de protestation étudiant, dont Columbia était l’épicentre, aux Etats-Unis.
Mnookin, juriste de formation, a été doyenne de la faculté de droit de l’université de Californie à Los Angeles avant de rejoindre le Wisconsin en 2022. Au moins deux autres candidats auraient décliné l’offre de Columbia avant sa sélection.
Mnookin entre en poste alors que Columbia traverse un moment délicat, continuant de subir les conséquences des manifestations étudiantes, avec notamment les sanctions imposées par l’administration Trump, les changements rapides à la tête de l’université et avec une crainte et une anxiété persistantes qui continuent à régner parmi de nombreux étudiants juifs.
« Je suis honorée et ravie de rejoindre l’université Columbia à ce moment important », a déclaré Mnookin dans un communiqué publié par l’université. « Columbia se distingue par son enseignement rigoureux, par son engagement profond en faveur de la liberté de recherche, des soins médicaux de qualité et par un lien indissoluble et durable avec New York, la plus grande ville du monde. »
Mnookin succède à trois autres femmes, qui ont dû faire face à cette période de turbulences. La présidente qui était en fonction le 7-Octobre, Nemat Minouche Shafik, a évoqué la « période de troubles » qui a suivi sa démission en 2024. Elle avait en effet été critiquée par des membres du Congrès ainsi que par la communauté de Columbia pour sa gestion du campement étudiant anti-israélien qui s’était établi cette année-là.
Sa remplaçante temporaire, Katrina Armstrong, a démissionné en mars 2025, alors que l’école subissait les pressions exercées par l’administration Trump suite à des accusations d’antisémitisme. La successeure d’Armstrong, l’actuelle présidente par intérim, Claire Shipman, a pour sa part conclu un accord de 221 millions de dollars avec Trump pour régler les plaintes. Elle a également présenté ses excuses, peu après son entrée en fonction, pour avoir suggéré le renvoi d’un membre juif du conseil d’administration de la faculté.
Mnookin sera désormais chargée de gérer les relations de Columbia avec les autorités fédérales, d’évaluer et de mettre en œuvre les recommandations de son groupe de travail sur l’antisémitisme, ainsi que d’apaiser les tensions au sein d’un campus en proie aux divisions et fermé aux étrangers depuis un certain temps.
« Ces dernières années ont été indéniablement difficiles pour les communautés juives et israéliennes du campus. Si des défis subsistent encore, une communauté juive dynamique, joyeuse et fière existe néanmoins à Columbia », a déclaré Brian Cohen, directeur exécutif de Columbia/Barnard Hillel, dans un communiqué. « J’ai bon espoir que la présidente élue Mnookin apportera la réputation, l’expérience et la compréhension dont nous avons besoin pour bâtir sur ces fondations solides. »
Ce sera la première fois que Mnookin travaillera dans une université privée. Dans le Wisconsin, elle a d’abord envoyé les forces de l’ordre pour qu’elles démantèlent un campement étudiant, puis elle a entamé des négociations avec les contestataires après qu’ils en ont établi un deuxième. Aux termes de l’accord, Students for Justice in Palestine devait se conformer aux règles de l’université en matière de manifestation, en échange du droit de présenter leurs demandes de désinvestissement aux « décideurs » – qui ne les ont pas acceptées.
Mnookin a également fustigé les manifestants néonazis qui ont défilé sur le campus du Wisconsin en novembre 2023, les décrivant comme « absolument répugnants ». À travers tous ces agissements, elle s’est forgé une réputation de promotrice de la liberté de recherche et de la liberté académique, alors même que l’université du Wisconsin, comme des dizaines d’autres, était visée par une enquête fédérale pour des allégations d’antisémitisme.
« Les universités, à mon sens, devraient être des espaces dans lesquels les idées, et les idées différentes, incarnées par des personnes venues d’horizons divers, se rencontrent, dans lesquels de telles rencontres pourront s’avérer inconfortables, mais dans lesquels nous apprendrons et progresserons, grâce à cet engagement », a-t-elle affirmé lors d’une table ronde réunissant des présidents d’université, publiée dans le New York Times en novembre. (Les autres présidents présents étaient également juifs : Sian Bellock du Dartmouth College et Michael Roth de la Wesleyan University, qui s’est imposé comme l’un des rares dirigeants de l’enseignement supérieur prêts à s’opposer à l’administration Trump).
Mnookin a été élevée dans une famille juive réformée de la région de la baie de San Francisco. Son engagement juif s’est renforcé lorsqu’elle a demandé à célébrer sa bat mitzvah, selon son père, Robert. Spécialiste de la négociation des conflits, il a décrit cette évolution dans son livre publié en 2015, « The Jewish American Paradox: Embracing Choice in a Changing World », qu’il a confié avoir écrit pour, notamment, explorer son propre attachement tardif au judaïsme.
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