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Nécrologie

Jerry Springer, fils de réfugiés juifs et animateur de talk-show, décède à 79 ans

Le porte-parole de la famille a déclaré que l’animateur du célèbre talk show éponyme, diffusée durant 27 ans, avait succombé à une « brève maladie » dans sa maison de Chicago

Sur cette photo prise le 11 octobre 2010, l’animateur de télévision Jerry Springer célèbre le 20e anniversaire du Jerry Springer Show sur Military Island, à Times Square, à New York. (Crédit : Michael loccisano / Getty Images North America / AFP)
Sur cette photo prise le 11 octobre 2010, l’animateur de télévision Jerry Springer célèbre le 20e anniversaire du Jerry Springer Show sur Military Island, à Times Square, à New York. (Crédit : Michael loccisano / Getty Images North America / AFP)

JTA – Fils de réfugiés juifs, Jerry Springer avait renoncé à une prometteuse carrière politique pour animer un talk-show à sensations fait de couples conflictuels, ex en colère et coups de poing.

Il est décédé, jeudi matin, à son domicile des environs de Chicago.

Un porte-parole de la famille a déclaré à TMZ que Springer, qui était âgé de 79 ans, avait lutté contre une « brève maladie ».

Tout au long des presque 5 000 épisodes diffusés entre 1991 et 2018, Springer a bousculé les conventions des programmes télévisés de milieu de journée avec une émission qui encourageait l’hostilité entre ses invités.

Là où ses rivaux – Oprah Winfrey ou Phil Donahue – interviewaient des célébrités et abordaient des problèmes sérieux, Springer faisait venir des gens ordinaires, qu’il montait les uns contre les autres dans des émissions consacrées à l’inceste, à l’adultère ou au polyamour.

Dans une interview accordée l’an dernier, il avait reconnu le bien-fondé des critiques – dont celles d’éminents rabbins britanniques – qui dénonçaient une forme de « télé poubelle », coupable d’avoir encouragé les divisions au sein de la société.

« Je m’excuse, tout simplement », avait-il déclaré.

« Je suis vraiment désolé. Qu’ai-je fait? J’ai porté un coup fatal à la culture. »

Rien ne destinait pourtant Springer à la télévision ou à la célébrité.

Né dans une station de métro londonienne en 1944 lors d’un bombardement allemand, il était le fils de Richard et Margot Springer, juifs allemands qui avaient fui l’Allemagne nazie par la Prusse (aujourd’hui la Pologne) et étaient arrivés en Grande-Bretagne en 1939, peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale.

Vingt-sept membres de la famille Springer trouveront la mort dans la Shoah.

La famille s’est installée aux États-Unis en 1949, dans le quartier de Kew Gardens, dans le Queens, à New York.

La première carrière de Springer, après avoir obtenu un diplôme en droit de l’Université Northwestern, a été en politique.

En 1968, il a participé à la campagne présidentielle de Robert F. Kennedy, qui s’est tragiquement terminée par l’assassinat de Kennedy, puis s’est présenté, sans succès, au Congrès, en 1970, avant de se faire élire au conseil municipal de Cincinnati en 1971.

En 1977, il a été élu maire de Cincinnati et, en vertu d’un accord de partage du pouvoir entre son parti – le Parti démocrate – et un autre, il n’a effectué qu’un mandat d’un an. De l’avis de la plupart des commentateurs, il s’est montré responsable et efficace.

Après avoir été maire, il a présenté les informations de la filiale de NBC à Cincinnati pendant 10 ans avant de rejoindre un chaine de télévision payante.

Jerry Springer salue le public avant le début d’un événement de campagne avec le président américain, Barack Obama, le 16 juillet 2012 à Cincinnati, dans l’Ohio. (Crédit : Jay LaPrete / Getty Images Amérique du Nord / Getty Images via AFP)

« The Jerry Springer Show » a commencé avec des intentions nobles, avant de verser dans le sensationnalisme pour relever les taux d’écoute.

L’émission, produite et diffusée par NBCUniversal et CW, a rapporté une fortune à Springer: en 2000, Broadcasting & Cable a fait savoir que le contrat de Springer avait été prolongé de cinq ans, pour un total de 30 millions de dollars, à raison de 6 millions de dollars par an.

Les taux d’écoute, élevés, et les critiques, catastrophiques, sont doublés d’appels au boycott de la part d’organisations familiales telles que le Parents Television Council ou l’American Family Association.

Tout ceci entache l’histoire, jusqu’ici discrète et tragique, de sa famille juive.

En 2008, Springer est revenu sur ses origines dans l’émission de BBC1 « Who Do You Think You Are? » et a fondu en larmes sur le quai de la gare d’où sa grand-mère maternelle a été envoyée à la mort, dans le camp d’extermination de Chelmno.

En 2015, il s’était rendu à Londres pour soutenir un projet de préservation des archives du Central British Fund for German Jewry, plus tard connu sous le nom de World Jewish Relief, qui avait agi au moment de la Shoah.

Cette organisation avait en effet permis à des dizaines de milliers de Juifs européens de fuir les Nazis et de rejoindre la Grande-Bretagne dans les années 1930 et 1940. Des milliers d’enfants, dans le cadre du Kindertransport, et les parents de Springer en auront bénéficié.

« Nous sommes immensément reconnaissants à Jerry Springer d’avoir donné de son temps pour soutenir ce projet concernant nos archives », déclarait à l’époque Linda Rosenblatt, vice-présidente de World Jewish Relief.

« J’ai été profondément touché quand j’ai reçu les dossiers d’immigration de mes parents », avait confié Springer.

« Ces papiers sont une partie de l’histoire de ma famille que je chérirai pour toujours. »

L’animateur américain Jerry Springer prend la parole à New York le 15 avril 2010. (Crédit : AP Photo/Richard Drew, dossier)

Lorsque que son talk-show a cessé d’être diffusé, en 2018, il a tenté de se reconvertir avec une émission de télé-réalité judiciaire, « Judge Jerry », qui a fait trois saisons.

Sa dernière apparition à la télévision a eu lieu lors de la dernière saison de « The Masked Singer » où, sous le nom de « The Beetle », il a interprété un morceau de Frank Sinatra.

En 2018, une version off-Broadway de la comédie musicale « Jerry Springer: The Opera », s’est donnée à New York.

Présentée à Londres 15 ans plus tôt, le spectacle comprenait des morceaux fidèles à l’éthique de Springer: « Fat people fighting / Open crotch sighting / Pimps in bad suits / Mothers who are prostitutes [NDLT : « Des obèses qui se battent / Des entrejambes / Des prostituées mal fagotées / Des mamans qui font le trottoir] ».

Un critique avait déclaré que la comédie musicale était « étonnamment exempte de cette cruauté parfois sauvage qui distinguait cette émission de ses concurrentes moins audacieuses ».

En 2009, Springer était au casting de la reprise, à Broadway, de la comédie musicale « Chicago », dans le rôle d’un avocat habile dont le client adultère était accusé d’un meurtre sordide.

Cela faisait écho à un célèbre incident qui avait émaillé son émission « Springer ». En 2002, un homme avait en effet été reconnu coupable du meurtre de son ex-femme, quelques heures après avoir participé, avec une autre femme, à l’émission de l’animateur consacrée aux triangles amoureux.

Dans une interview accordée en 2004 à l’émission de radio publique This American Life, Springer était revenu sur sa tumultueuse carrière.

« Nous avons sensiblement fait changer la télévision. Mais je ne suis pas certain que ce soit pour le mieux», avait-il déclaré à Alex Blumberg.

« J’essaie de ne pas trop y penser. La vie est ce qu’elle est. On prend ce qu’il y a et on fait tout ce qu’on peut pour réussir. Je ne perds pas trop de temps à penser à tout ça. Je fais mon émission. J’ai toujours dit que c’était une émission stupide. J’ai eu une vie merveilleuse grâce à elle, mais je n’ai jamais, ne serait-ce que l’espace d’une seconde, pensé que c’était quelque chose d’important. C’est futile. Une sorte de chewing-gum, j’en suis bien conscient. »

Selon The Hollywood Reporter, il laisse derrière lui sa femme, sa fille, son gendre, son petit-fils et sa sœur.

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