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Jérusalem au cœur de la rencontre entre Erdogan et le pape

Le président turc a déclaré qu'en tant que chef d'1,7 milliard de musulmans, son pays joue un rôle décisif dans la région, et a mis en garde contre la reconnaissance de Jérusalem

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, le 1er juillet 2017. (Crédit : Adem Altan/AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, le 1er juillet 2017. (Crédit : Adem Altan/AFP)

Le pape François a longuement reçu lundi au Vatican le président turc Recep Tayyip Erdogan avant de lui offrir un médaillon avec « un ange étranglant le démon de la guerre », au moment même où l’armée turque bombarde des Kurdes en Syrie.

« Ceci est un ange de la paix, qui étrangle le démon de la guerre », a commenté le pape en offrant un médaillon en bronze d’une vingtaine de centimètres de diamètre. « C’est le symbole d’un monde basé sur la paix et la justice », a-t-il ajouté.

Le médaillon représente un ange rapprochant les hémisphères nord et sud, tout en combattant un dragon.

M. Erdogan a apporté au souverain pontife une grande représentation panoramique en céramique d’Istanbul, sur laquelle on pouvait distinguer la coupole de la basilique Saint-Sophie convertie par les Ottomans en mosquée au XVe siècle, ainsi que la célèbre mosquée bleue.

Le souverain pontife, qui n’a de cesse de marteler son horreur des guerres, n’a sans doute pas manqué d’aborder l’offensive menée depuis le 20 janvier par la Turquie en Syrie contre la région d’Afrine, au cours de sa rencontre privée de 50 minutes avec M. Erdogan.

Ces attaques visent officiellement à éloigner de la frontière turque la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), une organisation classée « terroriste » par Ankara mais alliée de Washington dans la lutte contre l’EI.

La voiture de M. Erdogan était arrivée lundi matin sur une place Saint-Pierre inaccessible et désertée, tandis qu’une très vaste zone du centre de Rome a été interdite aux manifestants.

Plusieurs dizaines de personnes se sont cependant rassemblées à la mi-journée non loin du Vatican, à l’initiative d’une association italienne de Kurdes. « A Afrine, un nouveau crime contre l’Humanité est en cours », a dénoncé cette dernière.

Deux manifestants ont été interpellés à la suite de brèves échauffourées, a annoncé la préfecture de police.

Au cours de discussions « cordiales », le pape et le président turc ont abordé « la situation au Moyen-Orient, avec une référence particulière au statut de Jérusalem, mettant en exergue le besoin de promouvoir la paix et la stabilité dans la région à travers le dialogue et la négociation, en respectant les droits de l’Homme et la loi internationale », précise le Vatican dans un communiqué.

Les droits de l’Homme mentionnés ne renvoient pas directement à la Turquie ou aux bombardements visant des Kurdes en Syrie.

M. Erdogan avait prévu de remercier le pape pour avoir contesté la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. « Nous sommes tous les deux pour la défense du statu quo et nous avons la volonté de le protéger », avait commenté le dirigeant turc dimanche dans le journal italien La Stampa. Il y défend, comme François Ier, « la solution à deux Etats ».

Le 6 décembre 2017, depuis la Maison Blanche, le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël.

Ce geste a été salué par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ensemble de l’échiquier politique israélien. Trump avait alors assuré qu’il ne s’agissait pas de redéfinir les frontières de la souveraineté israélienne, et avait appelé à conserver le statu quo de la ville sainte.

De son côté, Erdogan avait convoqué d’urgence une réunion de l’OCI à Istanbul. Il s’était également entretenu avec le pape par téléphone.

Dans sa déclaration finale, le sommet de l’OCI avait déclaré « Jérusalem Est comme capitale de l’état de Palestine », et invité « tous les pays à reconnaitre un état palestinien et sa capitale occupée ».

Ils avaient qualifié la déclaration de Trump de « nulle et non avenue » et ajoutaient qu’ils la considéraient comme « un effort délibéré pour saboter les efforts de paix ».

Ils avaient également fait écho aux propos du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, en disant que « l’annonce de l’administration américain signait son retrait de son rôle de médiateur au Moyen Orient ».

Depuis, les relations entre les États-Unis et les Palestiniens se encore sont dégradées, avec les coupes budgétaires à l’UNRWA.

La Syrie, la crise des migrants, l’islamophobie et le racisme seront également abordés par le pape et Erdogan.

Le président turc devrait également rencontrer son homologue italien ainsi que le Premier ministre.

L’AFP a contribué à cet article.

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