Jérusalem-Est: Des bâtiments seraient détruits dans la zone contrôlée par l’AP
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Jérusalem-Est: Des bâtiments seraient détruits dans la zone contrôlée par l’AP

L'armée serait arrivée dans le quartier Sur Baher pour raser des structures et expulser leurs résidents palestiniens. Les militaires n'ont pas confirmé l'information

Les forces de sécurité israéliennes démolissant les bâtiments palestiniens encore en construction qui ont fait l'objet d'avis de démolition dans la zone de Wadi al-Hummus adjacente au village palestinien de Sur Baher à Jérusalem-Est, 22 juillet 2019. (Ahmad GHARABLI / AFP)
Les forces de sécurité israéliennes démolissant les bâtiments palestiniens encore en construction qui ont fait l'objet d'avis de démolition dans la zone de Wadi al-Hummus adjacente au village palestinien de Sur Baher à Jérusalem-Est, 22 juillet 2019. (Ahmad GHARABLI / AFP)

L’armée israélienne aurait commencé à démolir plusieurs bâtiments situés à Jérusalem-Est qui avaient été érigés à proximité de la barrière de sécurité, ont fait savoir les activistes.

Les militaires n’ont pas confirmé cette information.

La démolition de structures dont la construction n’avait pas été au préalable autorisée et appartenant à des Palestiniens n’est pas inhabituelle à Jérusalem-Est. Toutefois, les bâtiments promis à la démolition – et qui sont encore en cours de construction pour certains – sont situés dans la zone A de Cisjordanie, placée sous le contrôle de l’Autorité palestinienne.

Israël explique que les 10 structures menacées de destruction, dans le quartier de Sur Baher, se trouvent dans un secteur où la construction est interdite en raison d’une trop grande proximité avec la barrière de sécurité. Selon le radiodiffuseur Kan, ces bâtiments contiennent 72 logements.

Les Palestiniens affirment que ces inquiétudes sécuritaires sont un prétexte visant à les expulser du secteur de Jérusalem, ajoutant qu’il est presque impossible d’obtenir un permis de construire de la part des autorités israéliennes, ce qui entraîne une pénurie de logements dans les quartiers arabes de la ville.

Un jugement de la Haute-cour de justice a rejeté, le mois dernier, la plainte déposée par des résidents palestiniens qui exigeaient l’annulation d’une ordonnance militaire interdisant les constructions dans la zone.

Le rejet de cette plainte par le tribunal a mis un terme à une bataille judiciaire qui aura duré sept ans contre l’ordonnance qui avait mis fin aux travaux entrepris sur des immeubles d’appartements.

Même si les permis avaient été émis par le ministère de la planification de l’AP, il y a presque une décennie, l’Etat juif avait ordonné, en 2012, la fin des travaux de constructions dans le secteur connu sous le nom de Wadi al-Hummus, citant son étroite proximité avec la barrière de sécurité.

Le 18 juin, les résidents palestiniens avaient reçu un avis d’échéance à 30 jours de la part des autorités israéliennes qui les informait de l’intention de démolir les maisons. L’échéance a touché à sa fin jeudi dernier.

Lundi, aux environs de 3 heures du matin, les activistes du groupe du Collectif anti-occupation ont fait savoir que les soldats israéliens étaient entrés dans le quartier en amont des démolitions.

Les forces israéliennes de sécurité se préparent à démolir des immeubles en construction palestiniens promis à la destruction dans le quartier Wadi al-Hummus, adjacent au village palestinien de Sur Baher, à Jérusalem-Est, le 22 juillet 2019 (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« L’armée a commencé à mettre en place des équipements pour commencer les démolitions, et notamment à couper la barrière de séparation pour permettre d’approcher une habitation dans laquelle se trouvent des résidents et qui est promise à la démolition. Les témoins présents sur les lieux font état d’une présence militaire lourde ainsi que d’importants matériels de construction », a fait savoir l’organisation dans une déclaration.

« Les résidents restent dans leurs habitations pour résister aux démolitions aux côtés de 40 activistes internationaux et israéliens présents pour témoigner de ce qu’il se passe et pour afficher leur solidarité », a continué la déclaration.

Aux environs de 6 heures du matin, selon le groupe, des centaines de soldats israéliens ont commencé à faire sortir les résidents palestiniens des bâtiments ainsi qu’à faire partir les activistes.

Les militaires avaient auparavant dispersé des douzaines de Palestiniens qui protestaient contre les destructions prévues.

Un véhicule de la police israélienne passe devant des constructions palestiniennes promises à la démolition à Sur Baher, vues ici depuis Beit Sahur, en Cisjordanie, le 11 juillet 2019 (Crédit Hazem Bader/AFP)

Les résidents craignent qu’une centaine d’immeubles dans la zone, qui se trouvent dans une situation similaire, puissent être détruits dans un avenir proche.

La semaine dernière, les responsables de l’Autorité palestinienne ont emmené les diplomates d’une vingtaine de pays majoritairement européens dans le secteur, leur recommandant vivement d’exercer des pressions sur Israël pour que l’Etat juif renonce à ces démolitions.

« Quand la maison sera détruite, on va se retrouver à la rue », a dit aux diplomates, pendant cette visite, Ismail Abadiyeh, 42 ans, qui vit dans l’un de ces immeubles menacés aux côtés de sa famille et notamment de ses quatre enfants.

Pierre Cochard, consul-général de France à Jérusalem, a indiqué aux journalistes ne pas penser que l’explication sécuritaire fournie par l’Etat juif suffisait à justifier les démolitions à venir.

Les forces israéliennes de sécurité se préparent à démolir des immeubles en construction palestiniens promis à la destruction dans le quartier Wadi al-Hummus, adjacent au village palestinien de Sur Baher, à Jérusalem-Est, le 22 juillet 2019 (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« Je pense qu’il est important de souligner que nous ne pouvons nier leurs droits », a commenté Cochard, se référant aux familles vivant dans les habitations. « Ils se trouvent ici sur le territoire palestinien ».

Le gouverneur de Jérusalem de l’AP Adnan Gheith a pour sa part dit aux envoyés que « nous voulons que vos gouvernements entreprennent des actions sérieuses pour mettre un terme à ces crimes continus ».

Les Nations unies ont rejoint le concert de condamnations en amont de la destruction prévue des bâtiments, la semaine dernière.

« Les démolitions et les expulsions forcées sont certaines des multiples pressions qui entraînent un transfert sous la contrainte pour de nombreux Palestiniens en Cisjordanie », a noté un communiqué de l’ONU. « Les résidents de Jérusalem-Est et des secteurs adjacents ont été particulièrement touchés avec une hausse significative des démolitions, là-bas, en 2019 ».

Le courrier avertit que « les déplacements, particulièrement pour les plus vulnérables, sont traumatiques et ils entraînent des conséquences durables. Nous rejoignons les autres acteurs, dans la communauté internationale, en appelant Israël à mettre un terme à ses plans de destruction de ces structures et en l’appelant également à appliquer des politiques de planification équitables qui permettront aux résidents palestiniens de Cisjordanie, notamment à Jérusalem-Est, de répondre à leurs besoins en termes de logement et de développement, conformément à ses obligations en tant que puissance occupante ».

Les résidents affirment que Wadi al-Hummus est la seule direction dans laquelle Sur Baher peut s’agrandir, la barrière et le nombre de constructions israéliennes en augmentation dans la capitale ayant bloqué le quartier.

La majorité de la banlieue de Sur Baher se trouve sur le territoire israélien mais Wadi al-Hummus est situé au-delà des frontières municipales, ce qui place le quartier, dans les faits, en Cisjordanie. Même si Wadi al-Hummus est du côté israélien de la clôture de sécurité, c’est l’AP qui a la responsabilité de ses résidents.

Israël a pris le contrôle de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est pendant la guerre des Six jours de 1967. L’Etat juif a ultérieurement annexé Jérusalem-Est, une initiative qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Israël affirme que la barrière de sécurité est nécessaire pour empêcher les terroristes palestiniens d’entrer dans le pays depuis la Cisjordanie pour y commettre des attentats.

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