Jérusalem : l’ONU se dit « très inquiète des risques d’une escalade violente »
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Jérusalem : l’ONU se dit « très inquiète des risques d’une escalade violente »

"Le changement est compliqué, mais quand nous faisons face à la vérité, la paix peut survenir," a déclaré Nikki Haley

Nickolay Mladenov (Crédit : CC BY-SA 4.0)
Nickolay Mladenov (Crédit : CC BY-SA 4.0)

L’ONU est « particulièrement inquiète des risques d’une escalade violente » après la décision de Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël, a affirmé vendredi au Conseil de sécurité Nicholay Mladenov, coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient.

« Du 6 au 8 décembre » sont annoncés « trois jours de rage », a-t-il ajouté lors d’une liaison vidéo de Jérusalem organisée à l’occasion d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité convoquée à la demande de huit de ses membres après la décision américaine.

Nicholay Mladenov a mis en garde contre le risque que cette décision provoque « un radicalisme religieux ».

« Jérusalem est la question la plus complexe » à résoudre dans le conflit israélo-palestinien, a-t-il aussi déclaré, en évoquant le « symbole de la foi chrétienne, juive et musulmane » que cette ville représente. Seule une « négociation entre les deux parties » peut décider de son avenir, a insisté le responsable.

Nicholay Mladenov a appelé les dirigeants du monde entier « à montrer de la sagesse » pour ramener le calme dans la région.

La réunion en urgence du Conseil de sécurité, composé de 15 membres, a été demandée par la Suède, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, la Bolivie, l’Uruguay, l’Egypte et le Sénégal.

Plusieurs de ces Etats considèrent que la décision américaine viole des résolutions de l’ONU. Il s’agit d’une « violation de la légitimité internationale », a souligné l’ambassadeur égyptien, Amr Aboulatta, en évoquant une « ville sous occupation ».

Les Etats-Unis « restent engagés dans le processus de paix » au Proche-Orient après la décision du président Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, a affirmé vendredi au Conseil de sécurité l’ambassadrice américaine Nikki Haley, rejetant « les sermons et les leçons ».

« C’est un simple bon sens que l’ambassade américaine soit située » à Jérusalem, a déclaré Nikki Haley, représentante des Etats-Unis aux Nations unies.

Les États-Unis « ont pris cette mesure en sachant que cela soulèverait certaines questions ».

« Le changement est compliqué, mais nous ne devrions jamais douter de ce que la vérité peut apporter… Quand nous affrontons la vérité, la paix peut survenir. »

Elle affirme que quiconque se sert des actions de Washington comme prétexte à la violence « montre simplement » qu’il ne s’agit pas d’un partenaire pour la paix.

Son homologue suédois, Olof Skoog, a rappelé la résolution 2334, adoptée le 23 décembre 2016, qui souligne que le Conseil de sécurité « ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations ». Cette résolution avait été approuvée par 14 pays, les Etats-Unis dirigés alors par le démocrate Barack Obama ayant choisi l’abstention, ce qui avait permis l’adoption du texte.

« Le moment est venu d’avancer vers un accord de paix détaillé », a aussi réclamé le diplomate suédois.

La décision de Donald Trump, qui ne se concrétisera pas avant plusieurs années, a provoqué la fureur du monde arabe et suscité une réprobation générale des partenaires de Washington.

Interrogé avant la réunion sur ce qu’il fallait attendre de cette réunion en urgence du Conseil de sécurité, un diplomate a répondu : « Rien ». Selon un autre, la réunion devait montrer « l’isolement » des Etats-Unis sur ce dossier.

L’ambassadeur d’Israël à l’ONU Danny Danon au Conseil de sécurité de l’ONU le 25 juillet 2017 (Crédit : l’ONU / Manuel Elias via la mission d’Israël à l’ONU)

De son côté, à la veille de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, Danny Danon, représentant permanent d’Israël auprès de l’institution, a déclaré que la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël par les Etats-Unis constituait un « jalon » pour la paix.

Il a déclaré que l’annonce avait « révélé la triste vérité de ceux qui prétendent peut-être vouloir la paix mais qui menacent aujourd’hui de déclencher une vague de violence ».

Il a affirmé que le Conseil devait « transmettre le message qu’il n’y a aucune excuse pour la violence ».

Il a appelé toutes les nations « à se joindre à notre ami, les Etats-Unis, à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et à y déplacer leurs ambassades ».

Prière musulmane devant la Maison Blanche

Plusieurs centaines de fidèles musulmans ont assisté à la prière du vendredi devant la Maison Blanche pour protester contre la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

A l’appel d’organisations de musulmans américains, les fidèles ont installé leurs tapis de prière à Lafayette Square, un petit parc devant la résidence présidentielle.

Coiffés du keffieh palestinien ou portant des écharpes aux couleurs de la Palestine, les manifestants portaient des pancartes dénonçant la colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Tournant le dos à des décennies de diplomatie américaine et internationale, M. Trump a unilatéralement reconnu mercredi Jérusalem comme la capitale d’Israël et annoncé le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

M. Trump « ne possède pas un seul gramme de terre de Jérusalem ou de la Palestine, il possède les Trump Towers qu’il peut donner aux Israéliens », a affirmé Nihad Awad, le directeur général du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR).

Le président américain « renforce l’extrémisme chrétien religieux aux Etats-Unis (et) les évangéliques qui croient à tort que Dieu réclame l’injustice en reconnaissant l’occupation israélienne en Palestine », a-t-il ajouté.

S’exprimant aux côtés d’autres dignitaires de la communauté musulmane aux Etats-Unis, il a demandé au locataire de la Maison Blanche de « mettre les intérêts américains d’abord, pas ceux d’une puissance étrangère et de ses lobbies ».

L’annonce de Donald Trump « n’est pas en faveur de la paix, cela va créer plus de chaos, il a juste détruit tout ce qui peut apporter la paix », a estimé Zaïd al-Harasheh, un manifestant.

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