Jonathan Pollard : les Juifs « afficheront toujours une double loyauté »
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Jonathan Pollard : les Juifs « afficheront toujours une double loyauté »

L'ex espion, condamné aux Etats-Unis, regrette que les Juifs américains se sentent plus américains que juifs

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Esther et Jonathan Pollard surplombent Jérusalem au mois de mars 2021. (Capture d'écran : Israel Hayom)
Esther et Jonathan Pollard surplombent Jérusalem au mois de mars 2021. (Capture d'écran : Israel Hayom)

Jonathan Pollard, un espion israélien condamné aux Etats-Unis à trente ans de réclusion et qui s’est installé en Israël au mois de décembre 2020 suite à sa libération conditionnelle, a déclaré dans une interview publiée jeudi que les Juifs feraient preuve d’une « double loyauté ».

Dans son interview accordée au journal Israël Hayom, Pollard a déclaré que « la communauté juive américaine a un problème majeur : elle se considère davantage américaine que juive ».

Invité à s’exprimer sur les propos de certains Juifs américains quant à sa double loyauté personnelle à l’égard d’Israël, Pollard n’a pas démenti et a déclaré sans détour : « Si vous [les Juifs] n’appréciez pas l’accusation de ‘double loyauté’, alors rentrez chez vous putain ! ».

« Ce n’est pas si compliqué. Si vous vivez dans un pays où l’on vous accuse systématiquement de cela, alors vous n’appartenez pas à ce pays. Il faut rentrer chez soi. Il faut que vous rentriez à la maison. Si vous êtes hors d’Israël, vous vivez dans une société dans laquelle vous êtes fondamentalement considéré comme quelqu’un de pas fiable. Le fond de l’accusation de ‘double loyauté’ est de dire que nous sommes juifs. Je suis désolé, mais quand on est Juif, on aura toujours une double loyauté ! », estime-t-il.

A la question de savoir ce qu’il dirait à un Juif travaillant dans l’appareil de sécurité américain lui demandant conseil, il a répondu sans hésitation, qu’il lui conseillerait de faire de l’espionnage pour Israël.

« Je lui dirais que ne rien faire serait inacceptable. Que rentrer en Israël ne l’est pas non plus, que faire l’alyah n’est pas suffisant. », a déclaré Pollard. « La question que vous devriez vous poser est la suivante : votre sympathie pour Israël, votre loyauté envers Israël, votre loyauté envers vos compatriotes juifs sont-elles plus importantes que votre propre vie ? Si dans votre cas vous ne faites rien, que vous tournez le dos à cela, que vous vous contentez de faire l’alyah, alors je vous dis que vous ne valez pas moins que les Juifs, qui au moment de la destruction du Temple se contentèrent de dire ‘Cela ne relève pas de ma responsabilité' ».

Pollard, aujourd’hui âgé de 66 ans, a vendu des secrets militaires américains à Israël alors qu’il travaillait dans les années 1980 comme analyste du renseignement civil pour la Marine américaine. Il fut arrêté en 1985 après avoir tenté en vain d’obtenir l’asile à l’ambassade israélienne de Washington. Une fois arrêté, Pollard a plaidé coupable. L’affaire Pollard eut de néfastes conséquences dans les relations bilatérales entre Israël et les Etats-Unis.

Jonathan Pollard en prison (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Pollard fut condamné à la perpétuité. Des responsables américains de la défense et du renseignement plaidèrent pour son incarcération affirmant que les secrets qu’il avait vendus à Israël causèrent de très graves dégâts pour la sécurité intérieure et extérieure des Etats-Unis d’Amérique. Mais après avoir été incarcéré pendant 30 ans dans une prison fédérale, il a finalement été libéré en 2015 et placé en liberté conditionnelle pour cinq ans. En décembre 2020, Pollard est arrivé en Israël où il a été accueilli en véritable héros national par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Pollard a confié à Israël Hayom que lors de son interrogatoire, le FBI lui avait montré une liste de personnalités considérées par la Police fédérale comme étant des personnalités « pro-juifs » et que les Fédéraux lui avaient demandé de leur indiquer, qui parmi ses personnalités, étaient éventuellement en contact avec les services de renseignements israéliens.

« Cette liste m’a rappelé celle des nazis dans laquelle ils avaient recensé toutes les personnalités juives britanniques ou ‘pro-juives’ avant leur projet d’invasion », déclare Pollard. « Les Fédéraux m’ont dit : ‘Vous n’aurez pas à témoigner devant le tribunal, rien, ne vous inquiétez pas. La seule chose que l’on vous demande c’est de mettre une croix à côté de leur nom », poursuit-il. « Je n’y ai pas touché », se souvient Pollard.

L’ex-espion se souvient aussi d’avoir été considéré avec mépris par les dirigeants américains de confession juive.

« Leur attitude à mon égard se résuma à : ‘Foutez nous le camp, on sait dans quel camp vous êtes à présent’ « , se souvient Pollard.

Après coup, les dirigeants américains de confession juive ont mis de l’eau dans leur vin. Certains d’entre eux déclarèrent même publiquement, que la condamnation de Pollard à la perpétuité était excessive.

L’ex-espion a également déclaré dans son interview que si les Juifs se croyaient vraiment chez eux aux Etats-Unis, ils faisaient une erreur monumentale.

« Je n’ai jamais été d’accord avec ces gens. Je leur ai toujours dit qu’en tant que Juif, ma loyauté allait au peuple juif et à l’Etat juif. Et ils me répondirent : ‘Bien, dans ce cas, vous n’avez pas votre place aux Etats-Unis’. Ce à quoi je répondais : ‘Barour [évidemment]. Ma place n’est pas ici, et je dis que la vôtre non plus. Vous feriez mieux de rentrer à la maison’. Ce, au final, à quoi il me répondait : ‘Ici, nous sommes chez nous. Ce n’est pas l’Exode, ce sont les Etats-Unis d’Amérique’.  »

Israël Hayom est le journal fondé par le regretté milliardaire propriétaire de casinos Sheldon Adelson. C’est d’ailleurs ce dernier qui a affrété un avion privé pour permettre à Pollard et à sa femme de venir en Israël au mois de décembre 2020.

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