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Jordanie : l’arrêt de la location des terres n’affecte pas le traité de paix

Le ministre des Affaires étrangères jordanien a précisé qu'Amman n'avait jamais eu l'intention d'accorder un accès éternel à ces terres

Un drapeau jordanien pendu sur un pont menant d'Israël à la Jordanie, sur le site de Naharayim, ou Baqura en arabe, dans la vallée du Jourdain, le 22 octobre 2018 (Crédit :  AP Photo/Ariel Schalit)
Un drapeau jordanien pendu sur un pont menant d'Israël à la Jordanie, sur le site de Naharayim, ou Baqura en arabe, dans la vallée du Jourdain, le 22 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

La Jordanie a annoncé jeudi que sa décision de mettre un terme à la location de deux terres à Israël n’aura aucun impact sur l’accord de paix passé il y a des décennies entre les deux pays, cherchant ainsi à apaiser les craintes à Jérusalem.

Le roi Abdallah II a annoncé dimanche qu’Amman ne renouvellerait pas un accord de location portant sur deux parcelles de terres situées à la frontière avec Israël pour un usage agricole – deux locations enterinées il y a vingt-quatre ans par le biais d’une annexe figurant dans le traité de paix historique entre les deux nations qui a été signé en 1994.

Les responsables israéliens ont exprimé la crainte que cette initiative ne signale le désir de la Jordanie de réduire ses liens diplomatiques avec l’Etat juif. De nombreux observateurs l’ont considéré comme le reflet des pressions intenses exercées par la population jordanienne qui considère encore largement Israël comme un ennemi.

Le ministre des Affaires étrangères Ayman Safadi a déclaré jeudi à Reuters qu’Amman n’avait jamais eu l’intention de prolonger indéfiniment ces locations.

Ayman Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, le 25 juillet 2017 (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

« C’est bien pour cela qu’il y avait une date limite qui avait été déterminée… Nous agissons dans le cadre des dispositions figurant dans le traité de paix, et c’est une indication de notre attachement à ce dernier. Il n’y a jamais eu de question à se poser sur notre attachement solide au traité », a commenté Safadi.

Selon l’annexe contenue dans l’accord de paix, les deux pays reconnaissent la souveraineté jordanienne sur ces deux parcelles – à Naharayim, au sud du lac de Galilée, et à Tzofar, au sud de la mer Morte – mais ont inséré des clauses de location permettant aux agriculteurs israéliens exploitant ces terres de pouvoir continuer à y accéder.

Avec cette annonce, les deux parties ont dorénavant un an pour négocier la fin de ces locations. Tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué qu’il ferait pression sur Amman pour que la Jordanie revienne sur sa décision, Safadi a indiqué au début de la semaine que la seule question à régler dorénavant porte sur le mécanisme d’annulation de l’accord.

Yarmouk Bridge, Naharayim Isle of Peace (Crédit: Shmuel Bar-Am)
Le pont Yarmouk, Naharayim, île de la paix (Crédit : Shmuel Bar-Am)

« Nous remplirons nos obligations de façon à ce que tous les droits d’Israël soient reconnus, particulièrement les droits à la propriété. Nous respecterons ces droits conformément aux lois jordaniennes qui respectent la propriété privée des non-Jordaniens », a dit Safadi à Reuters.

Un poste-frontière proche de Naharayim, où sept fillettes ont été assassinées en 1997 par un soldat jordanien alors qu’elles visitaient la région. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

Les relations entre l’Etat juif et la Jordanie se limitent très largement à des liens sécuritaires en coulisses, et à une coopération dans le secteur de l’environnement. Les locations, dont l’une se situe aux abords d’un site appelé l’île de la paix, que les citoyens des deux pays peuvent visiter sans visa, était considéré comme le symbole de la paix entre les deux pays.

Netanyahu a expliqué, suite à l’annonce faite par la Jordanie, que « l’accord dans son ensemble est important », qualifiant les accords de paix passés avec la Jordanie et l’Egypte « d’ancrage de la sécurité régionale ».

Le président américain Bill Clinton, au fond, applaudit alors que les soldats de l’armée jordanienne, à gauche, et ceux de l’armée israélienne se saluent à la fin de la cérémonie de signature du traité de paix Israël/ Jordanie au poste frontalier de Wadi Araba, près d’Eilat, le 26 octobre 2014 (Crédit : AP/Marcy Nighswander)

Abdallah II n’a pas justifié sa décision, mais il a dû affronter une pression nationale croissante en faveur de l’annulation des locations et du retour de ces territoires sous le contrôle jordanien. La semaine dernière, des manifestants réclamant la fin de ces locations ont défilé dans la capitale Amman.

Safadi a déclaré à Reuters qu’Amman réfléchissait à cette initiative depuis longtemps.

Les tensions entre Israël et la Jordanie ont augmenté ces derniers mois sur différentes questions telles que le statut controversé de Jérusalem et des lieux saints, les négociations de paix dans l’impasse ainsi que la mort, l’année dernière, de deux citoyens jordaniens, tués par un garde de sécurité israélien qui avait utilisé son arme à feu. Cette fusillade avait entraîné une crise diplomatique.

Les relations se sont dégelées l’été dernier après qu’Israël a remplacé son ambassadeur à Amman et suite à une rencontre, cet été, entre Netanyahu et le Abdallah II, qui a été l’occasion de souligner l’importance de la coopération économique et sécuritaire entre les deux pays.

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