Journalistes agressés : l’armée israélienne suspend un officier
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Journalistes agressés : l’armée israélienne suspend un officier

Tsahal considère l'incident de Cisjordanie comme « grave » et « en violation du code de déontologie et des normes professionnelles »

Des images tournées en Cisjordanie le 25 septembre 2015, montrant apparemment un soldat de Tsahal jetant au sol une caméra appartenant à des journalistes de l'AFP (Capture d'écran: YouTube)
Des images tournées en Cisjordanie le 25 septembre 2015, montrant apparemment un soldat de Tsahal jetant au sol une caméra appartenant à des journalistes de l'AFP (Capture d'écran: YouTube)

L’armée israélienne a suspendu l’officier chargé des opérations au cours desquelles deux journalistes de l’AFP ont été agressés par des soldats et leur équipement emporté et détruit vendredi en Cisjordanie, a indiqué son porte-parole à l’AFP samedi soir.

« L’officier chargé des opérations sur le terrain a été suspendu de service opérationnel jusqu’à nouvel ordre », a dit le colonel Peter Lerner à l’AFP en précisant qu’il s’agissait d’une première mesure « immédiate » dans l’attente d’autres « mesures disciplinaires » contre l’officier en question ou d’autres soldats.

Les investigations sont toujours en cours pour établir les responsabilités, a-t-il ajouté.

L’armée israélienne considère les faits survenus vendredi comme « graves » et « exceptionnels », a-t-il dit, assurant que l’armée israélienne en tirerait les leçons dans ses relations avec les médias.

Les deux journalistes de l’AFP, le vidéaste italien Andrea Bernardi et le photographe palestinien Abbas Momani, couvraient des heurts entre Palestiniens et soldats israéliens à Beit Furik près de Naplouse vendredi après des funérailles quand ils ont été pris à partie par les soldats.

Les soldats les auraient menacés de leurs armes, frappés et bousculés. Andrea Bernardi a été jeté à terre, y a été maintenu un genou sur la poitrine et un pistolet sur le visage, jusqu’à ce qu’il parvienne à extirper une carte de presse.

Les journalistes étaient identifiables comme membres de la presse, non seulement par leur équipement mais par leurs gilets siglés « presse ». Ils avaient été autorisés préalablement à approcher les lieux.

Les soldats ont brisé une caméra et un appareil photo, qu’ils ont emportés ainsi qu’un autre appareil photo et un téléphone portable.

La scène a été filmée et mise en ligne par une société de production locale.

Dès vendredi soir, l’armée a indiqué à l’AFP qu’elle avait identifié les hommes impliqués et que des mesures disciplinaires seraient prises. Elle a aussi dit avoir récupéré du matériel. Celui-ci, sévèrement endommagé, a été restitué samedi à l’AFP, sans, notamment, les cartes mémoires des appareils.

L’AFP ainsi que l’Association représentant les journalistes étrangers en Israël et dans les Territoires palestiniens ont protesté contre l’agression des deux journalistes.

L’Association de la presse étrangère (Foreign Press Association – FPA), qui travaille avec des journalistes étrangers basés en Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza, a déclaré que tout en se félicitant de l’enquête de Tsahal, « notre préoccupation est que si cela n’avait pas été filmé par une caméra, rien n’aurait été fait. »

Dans son communiqué, l’association a affirmé que l’agression avait causé des dommages d’un montant de plusieurs milliers de dollars.

« Les unités de l’armée israélienne agissent trop souvent en toute impunité et apparemment en contradiction directe avec leurs ordres et avec l’idéal de haute moralité que l’armée israélienne affirme respecter. L’Association de la presse étrangère a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations auprès de Tsahal, mais aucun changement perceptible n’a été constaté ».

« Il est temps pour la commandement de Tsahal d’agir et de montrer qu’il respecte la liberté de la presse et qu’il a le contrôle sur le comportement des soldats sur le terrain », a-t-elle ajouté.

Les affrontements de vendredi à Beit Furik entre Palestiniens et les soldats sont survenus après les funérailles d’Ahmed Khatatbeh, 26 ans, qui a succombé à ses blessures après que des soldats l’aient atteint par balles près de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie. L’armée dit que lui et un autre homme avaient jeté une bombe incendiaire sur un véhicule se rendant vers l’implantation d’Itamar.

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