Juifs et Arabes israéliens rejoignent l’essor de la Startup Nation
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Juifs et Arabes israéliens rejoignent l’essor de la Startup Nation

Quarante-cinq entrepreneurs se sont réunis au centre Peres pour la paix et l'innovation dans un programme visant à diversifier la scène high tech israélienne

Les 45 entrepreneurs du second cycle de Starting Up Togetherau centre Peres pour la paix et l'innovation, le 28 février 2019 (Crédit : Roei Hirsch)
Les 45 entrepreneurs du second cycle de Starting Up Togetherau centre Peres pour la paix et l'innovation, le 28 février 2019 (Crédit : Roei Hirsch)

Quarante-cinq personnes, tous des entrepreneurs – mais ayant finalement peu de choses en commun à l’exception de cette activité – se sont réunis la semaine dernière au centre Peres pour la paix et l’innovation à Jaffa pour participer à la deuxième phase d’un programme unique de pré-accélération judicieusement nommé « Starting Up Together ».

L’objectif de cette initiative est de renforcer la coopération multiculturelle et le soutien entrepreneurial pour les Israéliens originaires de différents milieux – dont un grand nombre viennent des périphéries géographique et économique de la nation – dont les résidents sont trop souvent à la marge de l’industrie de l’innovation du pays, actuellement en plein essor. Le programme Starting Up Together, cette année – c’est la deuxième édition après un premier lancement en 2018 – a choisi de se concentrer sur les municipalités de taille modeste. Le premier programme avait été consacré à des solutions créatives pour l’avenir.

Shimon Peres, feu le président israélien, avait fondé le centre Peres en 1996. Il avait été établi sur les principes qui avaient marqué la vie de ce lauréat du prix Nobel de la paix, qui s’intéressait à la promotion de la paix avec les Palestiniens et à l’innovation israélienne.

Le caractère unique du lancement de l’initiative, la semaine dernière, est qu’elle représente un programme adressé « aux Juifs comme aux Arabes », commente Rachel Hadari, directrice du département de la médecine, du commerce et de l’environnement au centre Peres. De plus, le programme a aussi été mis en place « pour les populations de la périphérie » qui n’auraient pas eu, le cas échéant, l’occasion de découvrir l’éco-système des start-ups.

Photo de groupe des 45 entrepreneurs choisis comme finalistes pour le second cycle du programme « Starting Up Together » au centre Peres pour la paix et l’innovation, le 28 février 2019 (Crédit : Roei Hirsch)

« Il y a des Bédouins, il y a des Druzes, il y a des Arabes, il y a des Juifs et ils viennent du Golan jusqu’au Negev », dit-elle au cours d’un entretien accordé dans son bureau, à l’étage situé au-dessus de la salle dans laquelle se sont mélangés les participants au programme.

Sur les 180 candidats qui s’étaient initialement présentés, 45 ont été acceptés. 53 % d’entre eux sont des Arabes israéliens et 47 % sont des Juifs, et hommes et femmes ont intégré le programme en toute parité.

Un autre élément qui ajoute au caractère unique de la session, dit Hadari, c’est que les participants sont encouragés à ne pas se présenter avec une initiative ou une start-up pré-établies.

« Je ne pense pas qu’il y ait un autre accélérateur qui se concentre véritablement sur leur intention de travailler les uns avec les autres depuis le tout début », ajoute-t-elle.

Ce qui n’a pas toujours été le cas, explique Danielle Aviran, l’une des gestionnaires de projet de Starting Up Together.

Lors de la première édition du programme, « nous avions recruté des participants venus de toutes les régions d’Israël et de tous les secteurs mais le problème avait été que les recrues étaient arrivées avec une petite start-up ou au moins déjà une idée », explique Aviran.

« Et ce qui est arrivé, c’est que certains participants se sont retrouvés à travailler sur l’idée de l’autre, et pas sur la leur. Ce qui a entraîné certaines difficultés dans la dynamique du groupe », précise-t-elle. Cette année, les organisateurs se sont assurés de ce que les participants viendraient sans initiative préalable. Ils ont alors été divisés en groupes de travail composés de 10 personnes et ils travailleront sur des projets à plus long-terme que les quatre mois passés au sein du programme.

« Cette année, nous avons recruté des gens qui sont déjà dans le monde de l’entrepreneuriat ou qui s’intéressent à l’innovation et qui désireraient s’y impliquer mais qui n’ont pas leur propre start-up », ajoute-t-elle.

Le programme, poursuit Aviran, combine deux idées qui étaient chères à Shimon Peres : la paix et l’innovation. « Et nous sommes vraiment heureux d’avoir l’opportunité d’être à la tête d’une telle initiative ».

Les thèmes se mélangent entre eux dans le programme. Par exemple, dans la première phase, il y a une session de dialogue entre Arabes et Juifs, au cours de laquelle ils parlent de l’endroit d’où ils viennent et, ultérieurement, lorsqu’ils seront divisés en groupes, ils participeront à un hackathon d’une journée sur le thème de la ville intelligente – ils devront relever le défi de trouver une solution pour un problème se posant réellement dans une municipalité locale.

Il y aura aussi des classes dirigées par MassChallenge, une ONG à but non-lucratif internationale qui a aidé à accélérer la création de plus de 1 900 start-ups. Les participants y apprendront comment créer des modèles économiques, comment déterminer les tendances du marché et apprendront à présenter leurs idées à des investisseurs potentiels.

Au-delà de la formation technique, l’opportunité de réseautage offerte via les connexions du centre Peres sera un outil précieux mis à disposition des participants qui sont dans leur grande majorité souvent absents de l’éco-système israélien de l’innovation, dit Aviran.

Le profil typique de l’entrepreneur au sein de la start-up nation est habituellement « un homme blanc, ashkénaze (d’origine européenne), d’un certain âge, diplômé d’une certaine unité de l’armée dans cette industrie », note-t-elle.

« Les femmes, les Arabes – tous ceux qui n’ont pas l’opportunité d’être dans ces unités militaires spéciales – n’ont pas les mêmes options ou le même réseau. C’est donc un programme qui vise à leur offrir des opportunités réelles », indique-t-elle.

Hassan Mitwalli, travailleur en TI âgé de 47 ans originaire de Jérusalem-Est, est l’un des finalistes choisis pour le programme Starting Up Together au centre Peres pour la paix et l’innovation, le 28 février 2019 (Crédit : Johanna Chisholm)

Hassan Mitwalli, un employé travaillant dans les technologies de l’information et originaire de Jérusalem-Est, âgé de 47 ans, est très excité à l’idée de découvrir les possibilités qui s’ouvriront pour lui et pour son entreprise à l’issue de ce programme.

« Le réseau est essentiel, pas seulement du côté commercial mais aussi du côté personnel », s’exclame Mitwalli, qui ajoute penser que cette opportunité unique l’aidera dans ses projets car il travaille également comme développeur logiciel avec une équipe de Ramallah. Il espère que les connexions qui naîtront de ce programme renforceront davantage les liens entre les communautés arabe et juive, avec laquelle il travaille fréquemment.

« Je tente de venir avec zéro attente, je pense que c’est plus sain », explique-t-il, faisant les cent pas avec un peu d’anxiété alors que les participants terminent leur café et vont prendre des sièges pour assister à l’allocution qui ouvre la session, le matin. Il ajoute que même s’il vient avec l’esprit ouvert, il espère que le programme servira de rampe de lancement pour quelque chose de nouveau et d’excitant.

« L’idée, c’est également d’obtenir des éclairages de la part de ceux qui sont autour de vous », dit-il. « Et de mieux se développer en tant que personne – mais aussi en tant qu’entreprise ».

Le second cycle de Starting Up Together a été financé par le biais de la fondation Edmond de Rothschild Foundation, Cityzone (laboratoire de technologie pour les villes intelligentes pour Tel Aviv), et par TAU Ventures, qui est le fonds de capital-risque de l’université de Tel Aviv.

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