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Juifs expulsés d’un vol Lufthansa ; la compagnie réfute l’accusation d’antisémitisme

Selon la compagnie aérienne allemande, l'incident au cours duquel 100 personnes n'ont pu embarquer à bord d'un vol de correspondance relève d'un manque de communication et de tact

Des avions de Lufthansa sont garés sur le terrain d'aviation de l'aéroport Franz-Josef-Strauss à Munich, dans le sud de l'Allemagne, photo d'archive prise le 29 novembre 2016. (Crédit : Christof Stache/AFP)
Des avions de Lufthansa sont garés sur le terrain d'aviation de l'aéroport Franz-Josef-Strauss à Munich, dans le sud de l'Allemagne, photo d'archive prise le 29 novembre 2016. (Crédit : Christof Stache/AFP)

JTA – La compagnie aérienne Lufthansa a créé un poste de cadre supérieur dédié à la prévention de la discrimination et de l’antisémitisme, deux mois après avoir interdit à un grand groupe de passagers Juifs orthodoxes d’embarquer sur un vol.

Cependant, une enquête indépendante commandée par la compagnie aérienne a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve avérée d’antisémitisme institutionnel derrière cet incident, que le PDG de la compagnie a jugé « catégoriquement inapproprié ».

Dans une lettre adressée à la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, le PDG de Lufthansa Airlines, Jens Ritter, a déclaré que la compagnie avait mis en place un groupe de travail interne pour enquêter sur l’incident du 4 mai, au cours duquel plus de 100 passagers hassidiques ont été refusés à l’embarquement d’un vol de correspondance à Francfort, en Allemagne entre New York et Budapest parce qu’un groupe de passagers avait refusé de se conformer à l’obligation du port du masque décidée par le transporteur allemand lors de la première partie du voyage.

L’incident avait scandalisé les Juifs des États-Unis et d’Europe, certains d’entre eux affirmant que l’équipage avait fait preuve de discrimination envers tous les passagers juifs identifiables, même ceux qui avaient respecté les règles.

La Conférence des présidents a été l’un des nombreux groupes juifs à critiquer la Lufthansa à la suite de l’incident et à demander un compte rendu complet de l’incident.

La plupart des passagers se rendaient à un pèlerinage et ne se connaissaient pas. Dans une vidéo filmée par un passager, un employé de la Lufhtansa déclare que « tout le monde doit payer », ajoutant que « ce sont des Juifs qui arrivent de JFK. Ce sont des Juifs qui ont mis la pagaille, ce sont eux qui ont créé des problèmes. »

L’incident a également attiré l’attention de Deborah Lipstadt, l’envoyée spéciale du département d’État américain en charge de surveiller et combattre l’antisémitisme, qui a déclaré cette semaine qu’elle allait rencontrer le chef mondial du groupe Lufthansa, ainsi que le chef de la compagnie aérienne en Amérique du Nord, pour discuter des allégations d’antisémitisme contre la compagnie aérienne.

« C’est difficile à croire, mais cela relève souvent d’une ignorance ancrée dans certaines perceptions, et d’une ignorance qui découle d’une nature antisémite », a-t-elle déclaré lors d’un séminaire en ligne organisé par l’Anti-Defamation League (ADL), spéculant sur les motifs de l’équipage de la Lufthansa pour mettre à la porte tous les passagers hassidiques.

Dans la lettre de Lufthansa, datée du 22 juillet et révélée pour la première fois par la Jewish Telegraphic Agency, le groupe de travail de la compagnie aérienne reconnaît que certains membres de l’équipage ont été « insensibles et non professionnels » dans leurs relations avec les passagers. Mais l’enquête concluait : « L’enquête approfondie n’a pas révélé de sentiments d’antisémitisme, de préjugés ou de comportement prémédité de la part des représentants de Lufthansa. »

Ritter a également imputé le résultat final à « un enchaînement malheureux de communications inexactes, de mauvaises interprétations et de mauvais jugements involontaires », tout en soulignant que les « quelques passagers juifs orthodoxes » qui n’avaient pas respecté le règlement avaient « créé une situation délicate » et suscité « plusieurs annonces » de la part du commandant de bord.

Le PDG a promis que la compagnie aérienne allemande prendrait d’autres mesures, notamment la création d’un rôle de direction « pour la prévention de la discrimination et de l’antisémitisme », la création d’une nouvelle formation du personnel sur les questions d’antisémitisme et l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah).

L’enquête à également été soumise à Felix Klein, le commissaire allemand pour la vie juive en Allemagne et la lutte contre l’antisémitisme.

« Lufthansa regrette profondément le refus d’embarquement et l’impact que cela a eu sur nos passagers », a déclaré Ritter.

La compagnie aérienne avait auparavant présenté ses excuses aux passagers pour ne pas avoir limité son refus d’embarquement aux « voyageurs non conformes ».

Mercredi, Lufthansa a annulé la quasi-totalité des vols au départ de Francfort et de Munich, bloquant ainsi 130 000 personnes, après que des milliers d’employés ont organisé un débrayage pour réclamer de meilleurs salaires.

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