Justice: Appel de l’inculpation d’un adolescent pour la mort d’une Palestinienne
Rechercher

Justice: Appel de l’inculpation d’un adolescent pour la mort d’une Palestinienne

Le jeune israélien qui aurait lancé la pierre sur le véhicule d'Aisha Rabi qui aurait causé sa mort avait été placé en résidence surveillée. Un médecin légiste contredit les faits

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'adolescent israélien (à gauche), soupçonné d'avoir tué Aisha Rabi, au tribunal de Rishon Lezion, le 23 janvier 2019. (Capture d'écran/ YouTube)
L'adolescent israélien (à gauche), soupçonné d'avoir tué Aisha Rabi, au tribunal de Rishon Lezion, le 23 janvier 2019. (Capture d'écran/ YouTube)

Le ministère public a annoncé qu’il fera appel de la décision d’un tribunal de placer en résidence surveillée l’adolescent accusé du meurtre d’une femme palestinienne.

L’annonce a eu lieu quelques heures après que le tribunal de district de Lod a rendu sa décision et donné à l’accusation jusqu’à mercredi pour faire appel.

Au cours de cette audience, la défense a présenté un avis juridique dans lequel le médecin légiste en chef du Centre national de médecine légale d’Abou Kabir a mis en doute la version de l’État des événements qui ont conduit à la mort d’Aisha Rabi en octobre, car il a soutenu que la pierre que le suspect est accusé d’avoir lancée sur sa voiture ne peut pas avoir causé son décès.

Un avis juridique soumis à un tribunal israélien dans l’affaire d’un adolescent accusé d’avoir tué Aisha Rabi, une femme palestinienne, semble semer le doute sur la version livrée par l’Etat des événements ayant entraîné sa mort au mois d’octobre dernier.

Cet avis de la défense, qui a été émis par le médecin-légiste en chef du centre national médico-légal d’Abu Kabir, semble fragiliser le dossier des procureurs contre le suspect âgé de 16 ans. Il affirme que la pierre qu’il est accusé d’avoir lancé sur la voiture de Rabi pourrait ne pas être à l’origine de la mort de cette dernière.

« En effectuant des recherches dans les archives de la profession, il n’y a pas eu d’antécédents de blessures si importantes [retrouvées sur une victime] qui auraient résulté de la frappe d’une seule pierre », écrit dans l’avis le docteur Hen Kugel qui affirme que les médecins légistes ont détecté au moins deux points d’impact sur le crâne de la défunte.

Kugel note toutefois qu’il n’a été que l’un des sept médecins d’Abu Kabir à avoir travaillé le dossier et que seulement deux autres avaient souscrit à sa conclusion. Deux autres médecins encore ont estimé que les aptitudes de la médecine-légale n’étaient pas suffisamment fortes pour se déterminer clairement sur cette question.

L’adolescent israélien (à gauche), soupçonné d’avoir tué Aisha Rabi, au tribunal de Rishon Lezion, le 23 janvier 2019. (Capture d’écran/ YouTube)

Seuls deux des sept experts ont trouvé les preuves suffisamment claires pour conclure que les blessures au crâne de Rabi avaient été causées par une seule pierre. Ils ont affirmé que la vitesse à laquelle circulait la voiture dans laquelle la jeune femme se trouvait aux côtés de son mari et la pierre qui avait traversé le pare-brise pouvaient avoir entraîné suffisamment de dégâts pour donner l’impression que plusieurs pierres l’avaient atteinte.

La cour de district de Lod a ordonné un report de vingt-quatre heures de l’assignation à résidence de l’adolescent israélien, initialement prévue mardi, afin de donner aux procureurs davantage de temps pour faire appel de la décision.

Ce jugement survient une semaine après que le même tribunal a ordonné aux agents responsables des libérations conditionnelles d’inspecter le domicile des grands-parents du suspect, dans la ville de Kfar Saba, au centre du pays, pour s’assurer que les lieux étaient adaptés dans un cadre d’assignation à résidence.

L’adolescent, qui ne peut être identifié en raison des lois de confidentialité qui protègent les mineurs, devra porter un bracelet électronique, rester sous la surveillance, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de deux tuteurs adultes et n’entretenir aucun contact avec des personnes qui n’appartiennent pas à sa famille.

Aisha et Yakoub Rabi et leurs filles (Autorisation)

Dans son jugement, la semaine dernière, le juge Haggai Tarsi avait déclaré qu’il reconnaissait la gravité du crime, soulignant que l’adolescent serait probablement condamné en raison de l’ADN retrouvé sur une pierre ayant frappé Rabi.

Il avait néanmoins dit que la cour devrait prendre en compte des alternatives à la détention en raison du jeune âge du suspect ainsi que des évaluations psychiatriques variées réalisées par les autorités de l’Etat au cours des derniers mois, qui avaient déterminé que l’adolescent était psychologiquement stable.

Le suspect, un étudiant de la yeshiva Pri Haaretz située à Rehelim, une implantation du nord de la Cisjordanie, avait été inculpé pour homicide involontaire, jet de pierre aggravé sur un véhicule en circulation et destruction intentionnelle d’un véhicule. Chacun de ces chefs d’accusation est lié au meurtre de Rabi, mère de huit enfants et, selon la cour, ils auraient été menés « dans le contexte d’un acte terroriste ».

S’il était condamné, le jeune homme pourrait écoper d’une peine considérable de prison : une condamnation pour homicide involontaire, à elle seule, peut aller jusqu’à 20 ans de détention. En raison des limites apparentes qui ont été imposées aux procureurs par le manque de preuves à disposition, le suspect a évité une inculpation pour meurtre qui lui aurait fait risquer une peine de prison à vie.

Selon l’acte d’inculpation, le suspect aurait quitté en compagnie de plusieurs autres étudiants la yeshiva Pri Haaretz dans la soirée du 12 octobre, un vendredi.

Le groupe serait arrivé au sommet d’une colline entre le carrefour de Rehelim et celui de Tapuah, surplombant la Route 60 – la principale artère nord-sud de Cisjordanie. Le suspect aurait alors lancé une pierre d’environ deux kilos sur un véhicule palestinien « motivé par une idéologie de racisme et d’hostilité à l’égard des Arabes, partout où ils se trouvent », avait précisé l’acte d’inculpation.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...