Recommandations policières : Kahlon et Bennett n’abandonneront pas Netanyahu
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Recommandations policières : Kahlon et Bennett n’abandonneront pas Netanyahu

Le ministre des Finances a expliqué que seul le procureur-général était en mesure d'inculper le Premier ministre ; Celui de l'Éducation attend la décision de Mandeblit

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Moshe Kahlon en réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem le 11 janvier, 2018 (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Moshe Kahlon en réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem le 11 janvier, 2018 (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL/Flash90)

Un allié politique de poids du Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué mardi qu’il n’y avait pas d’urgence à dissoudre la coalition au pouvoir après que la police a recommandé l’inculpation du Premier ministre pour corruption, rappelant que « seul le procureur-général » peut décider d’éventuellement traduire le Premier ministre en justice.

« La loi établit que seul le procureur-général est en mesure de prendre des décisions sur une éventuelle inculpation », a écrit le ministre des Finances Moshe Kahlon, leader du parti Koulanou, sur sa page Facebook.

Evoquant les réponses enflammées sur l’enquête qui ont émané de l’ensemble du spectre politique, Kahlon a appelé « tout le monde – à gauche et à droite – à cesser d’attaquer la police et le système judiciaire » qui doivent être en capacité de travailler « de manière ordonnée, professionnelle et réfléchie ».

« Accepter sur une période prolongée des cadeaux représentant de grosses sommes, ce n’est pas être à la hauteur des standards » d’une personnalité censée donner l’exemple, a dit dans un discours à Tel Aviv le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi, l’un des piliers de la coalition gouvernementale.

Mais « nous sommes dans un Etat de droit, et le Premier ministre reste présumé innocent. C’est pourquoi j’ai décidé d’attendre », a-t-il ajouté.

Le principal parti de l’opposition, l’Union sioniste, a déclaré mardi que Netanyahu devait immédiatement présenter sa démission ou être contraint par ses partenaires de la coalition à quitter son poste.

« Les recommandations émises par la police sont claires, dures et décisives », a indiqué la formation dans une déclaration. « Après neuf années de Netanyahu, le public mérite un nouveau leadership et un Premier ministre honnête, qui a les mains propres ».

Le leader de l’Union sioniste Avi Gabbay a prédit que « l’ère Netanyahu est terminée ».

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay, lors d’une réunion de faction au Parlement israélien le 12 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Ilan Gilon, du parti du Meretz de gauche, a tweeté que les recommandations jetaient une « ombre lourde » sur Netanyahu et sur sa capacité à continuer son travail à son poste et à prendre des décisions, tandis que Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, a estimé que Netanyahu était un « Premier ministre corrompu et dangereux » et qu’il devait « rentrer chez lui ».

Mais de hauts-responsables du Likud ont riposté en affirmant, comme Netanyahu, que ces accusations entraient dans le cadre d’une tentative de putsch visant à le renverser ainsi que son gouvernement.

Le chef de la coalition David Amsalem a indiqué dans une déclaration que la police avait trouvé une « cible » et qu’elle faisait dorénavant tout ce qui était en son pouvoir pour la « frapper », utilisant un « procédé illégitime ».

Le ministre du Tourisme Yariv Levin a qualifié les recommandations « d’initiative méprisable de lancer un coup d’état contre la volonté des électeurs ».

Pour sa part, la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev a expliqué qu’elle n’avait pas été surprise par les recommandations, « qui n’ont pas de validité légale ».

Netanyahu lui-même a dénoncé les recommandations policières, disant qu’elles étaient diffamatoires, « non-fondées » et « scandaleuses ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu réagit à la recommandation de la police israélienne qu’il soit inculpé de corruption lors d’une enquête criminelle le 13 février 2018. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Les recommandations comprennent des demandes d’inculpation dans les Affaires 1 000 et 2 000 – telles qu’elles ont été surnommées. La décision ultime de traduire devant la justice le Premier ministre – une décision qui pourrait prendre des mois – se trouve dorénavant entre les mains du bureau du procureur-général.

La police a fait savoir que dans l’affaire 1 000, « il existe suffisamment de preuves contre le Premier ministre pour l’inculper pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance dans le cadre de ses liens avec l’hommes d’affaires Arnon Milchan et pour fraude et abus de confiance en connexion avec l’homme d’affaires australien James Packer.”

Dans l’Affaire 1 000, Netanyahu et son épouse Sara sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des cigares et du champagne pour un montant de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part du producteur de Hollywood Arnon Milchan, né en Israël, et de Packer, qui a fait fortune dans l’industrie du loisir.

Dans l’Affaire 2 000, la police a recommandé de poursuivre Netanyahu pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance en raison d’un un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

En plus de recommander l’inculpation de Netanyahu, la police a également prôné celle de Milchan et Mozes, affirmant qu’il « y a suffisamment de preuves que des pots-de-vins ont eu lieu » entre les trois hommes.

Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, prend la parole lors d’une réunion à la Knesset le 25 décembre 2017. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Alors que les recommandations et les accusations détaillées ont été publiées, de nouvelles informations ont fait l’effet d’une bombe, affirmant que le témoin déterminant contre le Premier ministre dans l’un des deux dossiers était également son rival politique, l’ancien ministre des Finances Yair Lapid.

Lapid aurait fourni des preuves attestant du fait que le Premier ministre avait exercé des pressions pour élargir une loi qui aurait offert à ses bienfaiteurs des millions de dollars de réductions d’impôt.

Les recommandations policières vont être maintenant remises au procureur-général Avichai Mandelblit, qui prendra la décision finale d’une éventuelle inculpation de Netanyahu.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors de la conférence du forum Kohelet au Centre de l’héritage de Menahem Begin, à Jérusalem, le 24 octobre 2017 (Hadas Parush / Flash90)

Ce processus pourrait durer des mois. La Dixième chaîne a spéculé pour sa part qu’il pourrait falloir jusqu’à un an avant qu’une initiative soit prise par Mandelblit : Les recommandations seront dans un premier temps examinées par les équipes du procureur de l’Etat puis par le procureur de l’Etat lui-même, Shai Nitzan, avant d’être étudiées par Mandelblit, le dernier maillon – une procédure qui pourrait durer aux alentours de sept mois.

Si Mandelblit devait pencher en faveur d’une inculpation du Premier ministre, Netanyahu aura encore le droit à une audience avant la prise de décision finale, ce qui pourrait prolonger le processus d’encore cinq mois.

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