Kakhol lavan présente son programme : « pas de deuxième désengagement »
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Kakhol lavan présente son programme : « pas de deuxième désengagement »

Sur les questions diplomatiques et sécuritaires, le programme du parti centriste reprend beaucoup de positions de la droite

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

De gauche à droite : Les dirigeants du parti Kakhol lavan Moshe Yaalon, Benny Gantz, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi posent pour une photo après avoir annoncé leur nouvelle alliance électorale à Tel Aviv, le 21 février 2019. (Jack Guez/AFP)
De gauche à droite : Les dirigeants du parti Kakhol lavan Moshe Yaalon, Benny Gantz, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi posent pour une photo après avoir annoncé leur nouvelle alliance électorale à Tel Aviv, le 21 février 2019. (Jack Guez/AFP)

Mercredi, le parti centriste Kakhol lavan a publié son programme politique attendu depuis longtemps. Il y exprime, pour la première fois, ses positions sur des sujets majeurs dans un document détaillé, qui inclut les promesses de conserver un contrôle israélien sur les principaux blocs d’implantations et une série de propositions pour changer la donne sur la main mise actuelle des orthodoxes sur des questions religieuses et étatiques.

Le parti, qui devrait arriver en tête du scrutin du 9 avril, a expliqué que son programme expose sa « vision du monde sur les questions qui sont les plus importantes pour le public israélien ».

Selon son introduction, le programme politique de 45 pages « aborde toutes les questions essentielles auxquelles font face l’état d’Israël et le citoyens d’Israël… incarnant le droit des citoyens israéliens à vivre dans la dignité, la sécurité, la prospérité et la liberté ».

Kakhol lavan, qui a été formé le mois dernier par l’alliance du parti Hossen LeYisrael de l’ancien chef de l’armée Benny Gantz et du parti centriste Yesh Atid de Yair Lapid, ne s’était jusqu’à présent pas exprimé sur son programme politique. Alors que Yesh Atid avait déjà publié un programme de 200 pages avant l’annonce de la fusion le mois dernier, Hossen LeYisrael avait refusé de publier toute proposition politique claire sur des questions intérieures, de sécurité ou de diplomatie.

La programme de l’alliance comprend des propositions à la fois sur des questions intérieures et de sécurité mais aussi sur la politique étrangère, à des degrés différents. Un porte-parole du parti Kakhol lavan a déclaré au Times of Israël que le programme avait été finalisé par le député Ofer Shelah de Yesh Atid et les candidats Hili Trooper d’Hossen LeYisrael et Yoaz Hendel Telem, un parti dirigé par l’ancien ministre de la Défense Moseh Yaalon qui est aussi dans l’alliance politique.

Le programme diplomatique proposé soutient une Jérusalem « unie » comme capitale d’Israël, un contrôle israélien continu sur la vallée du Jourdain et le maintien des implantations juives en Cisjordanie, mais aussi une volonté de négocier avec les Palestiniens.

Dans une photo publiée par Tsahal le 14 février 2019, on voit des soldats lors d’un exercice militaire dans la vallée du Jourdain. (Tsahal)

« Il n’y aura pas de deuxième désengagement. Toute décision politique historique sera soumise à l’approbation du peuple par référendum ou approuvée à la Knesset par une majorité spéciale », peut-on lire dans le programme, dans un rejet des affirmations formulées par le Likud que Gantz chercherait à se retirer unilatéralement de la Cisjordanie.

Un tel programme serait probablement rejeté par l’Autorité palestinienne qui appelle à la formation d’un État palestinien selon les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Il est à noter que le programme adhère à certaines des positions de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, y compris l’absence de soutien à un État palestinien.

Le parti promet pourtant « d’initier une conférence régionale avec des pays arabes pour chercher la stabilité et renforcer le processus de séparation des Palestiniens, tout en maintenant les intérêts sécuritaires inflexibles de l’Etat d’Israël et la liberté de Tsahal d’agir n’importe où ».

En outre, Kakhol lavan a déclaré que le plateau du Golan est une partie « inséparable » d’Israël. Le parti centriste a dit qu’il rejetterait comme « non négociable » toute idée de restituer le territoire annexé à la Syrie après la guerre de 1967.

Sur les questions sociales, le parti se distingue clairement du gouvernement, en soutenant des initiatives bloquées par les ultra-orthodoxes, comme le fonctionnement des transports publics à Shabbat ou l’annulation de la « loi mini-marché [makolet] » interdisant certains commerces le samedi.

Dans son introduction à la partie traitant des questions religieuses, le parti a déclaré qu’il « préservera l’identité juive de l’État en respectant le droit de chaque personne et communauté à construire son style de vie avec liberté et tolérance ».

Abordant d’autres questions qui ont provoqué la colère des parlementaires ultra-orthodoxes, le programme promet de faire passer une loi autorisant les unions civiles pour les couples du même sexe et le recours à des mères porteuses pour les couples homosexuels.

Vue sur le petit espace de prière égalitaire au mur Occidental à l’Arche de Robinson, avril 2018. (Amanda Borschel-Dan/ToI)

En outre, le programme comprend un engagement à mettre en place un accord actuellement gelé pour élargir l’espace de prière pluraliste au mur Occidental et établir un organisme unique en son genre de responsables religieux juifs non orthodoxes pour superviser le site.

Le plan original, auquel s’est engagé Kakhol lavan, comprend trois dispositions principales : une entrée commune pour l’espace principal du mur Occidental et pour l’espace de prière égalitaire ; un nouvel espace élargissant celui actuel très restreint, qui sert de lieu pour la prière pluraliste depuis 2000 ; et, ce qui est peut-être l’élément le plus polémique, un conseil commun composé de représentants du gouvernement et des courants libéraux du judaïsme de qui seraient en charge de superviser le site.

Concernant la loi polémique de l’état-nation, le parti a dit qu’il « s’assurerait que la valeur d’égalité soit ancrée dans la Loi fondamentale », mais Kakhol lavan n’a pas précisé s’il voulait modifier la loi originale.

Dans ses premiers commentaires formulés avant d’entrer en politique, Gantz a déclaré qu’il « arrangerait » la loi, même s’il a ensuite modifié ses remarques dans un entretien avec le quotidien Yedioth Ahronoth.

La loi de l’Etat nation ancre Israël comme « le foyer national du peuple juif » et affirme que « le droit du peuple juif à exercer son auto-détermination nationale dans l’Etat d’Israël est unique au peuple juif ». Des critiques de la loi, aussi bien dans le pays qu’à l’étranger, ont déclaré qu’elle discréditait l’engagement d’Israël pour l’égalité de tous ses citoyens. Elle a entraîné un tollé particulier de la part de la communauté druze d’Israël, dont les membres – beaucoup servant dans Tsahal – ont affirmé que des dispositions de la loi faisaient d’eux des citoyens de seconde zone.

Le programme comprend plusieurs réformes de plusieurs services publics, comme un programme pour les hôpitaux surchargés d’Israël, promettant d’allouer 12,5 milliards de shekels supplémentaires au système de santé sur les cinq prochaines années.

Alors que les élections israéliennes se focalisent généralement sur les questions sécuritaires, un sondage mené par le Times of Israël la semaine dernière montrait que la question a moins d’importance dans cette élection que lors des précédents scrutins.

De fait, pour les personnes interrogées soumis à une liste de cinq sujets comme devant être prioritaires pour le gouvernement, la sécurité (21 %) se trouve loin derrière les questions économiques (47 %). La démocratie, l’État de droit et la corruption arrivent en troisième position avec 17 %, suivi des relations avec les Palestiniens, la diplomatie et le processus de paix (11 %) et la religion et l’État (5 %).

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