Karim Khan, prochain procureur général à la CPI
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Karim Khan, prochain procureur général à la CPI

Cet avocat rompu aux dossier internationaux plaida auprès d'étudiants que, plus que le désir de poursuivre ou défendre, c'est celui de "faire oeuvre de justice" qui doit prévaloir

Le nouveau procureur de la CPI, Karim Khan, à Bagdad, le 27 juillet 2019. (Sabah Arar/AFP)
Le nouveau procureur de la CPI, Karim Khan, à Bagdad, le 27 juillet 2019. (Sabah Arar/AFP)

Elu prochain procureur général à la Cour pénale internationale (CPI), l’avocat britannique Karim Khan s’est forgé en 28 ans de barreau une solide réputation devant les juridictions internationales, en intervenant de tous les côtés du prétoire.

Agé de 50 ans, il succèdera le 16 juin à la Gambienne Fatou Bensouda, qui a mené des enquêtes controversées, notamment sur le conflit israélo-palestinien ou encore l’Afghanistan.

Avocat depuis 1992, il est intervenu du côté de la défense dans de nombreux procès devant la CPI, notamment pour le fils de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam.

Spécialiste des droits humains, Karim Khan est actuellement sous-secrétaire général des Nations Unies, où il a été chargé de diriger l’enquête spéciale de l’ONU sur les crimes du groupe terroriste jihadiste Etat islamique.

Lors de cette enquête il a appelé à des procès semblables à celui des dirigeants nazis à Nuremberg.

Le monde doit « démystifier » l’idéologie de l’EI, déclarait-il à l’AFP en juillet 2019, estimant que « l’Irak et l’Humanité ont besoin de leur Nuremberg ».

Des manifestants scandent des slogans pro-État islamique alors qu’ils agitent les drapeaux du groupe devant le siège du gouvernement provincial à Mossoul, en Irak, le 16 juin 2014. (Crédit : AP, File)

Dans son rapport évaluant les finalistes en novembre dernier, la commission de la CPI a mis en avant sa « vision claire » des changements dont l’institution a besoin et a décrit Karim Khan comme un « communiquant charismatique bien conscient de ce qu’il a accompli ».

Après avoir fait ses études dans un école privée anglaise puis au King’s College de Londres, il commence sa carrière comme représentant de l’accusation devant la justice britannique.

Karim Khan fait ses premières armes dans les juridictions internationales à partir de 1997, en tant que conseiller juridique au bureau des procureurs des tribunaux internationaux des Nations unies pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.

Puis de l’accusation il passe à la défense, où il a entre autres représenté le vice-président kényan William Ruto devant la CPI, contre lequel les poursuites ont finalement été abandonnées en 2016, sur fond de soupçons de subornation de témoins.

Aujourd’hui encore, des ONG lui reprochent son silence après la disparition d’un témoin clé de la défense dans cette affaire en 2014. En réponse, il a récemment dans une lettre ouverte assuré qu’il avait fait tout son possible pour que ce témoin soit protégé et que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

« En presque 30 ans de barreau, mon comportement professionnel et mon éthique n’ont jamais été mis en cause ou critiqué par aucun juge, dans aucun tribunal dans aucune juridiction », s’est-il défendu, dénonçant une attaque dans le processus de l’élection du chef des poursuites à la CPI.

Karim Khan est aussi intervenu du côté des parties civiles au Cambodge pour les victimes au procès du tortionnaire du régime khmer rouge « Douch », mais aussi dans des dossiers en Albanie ou au Kenya.

Rafic Hariri, ancien Premier ministre libanais assassiné par le Hezbollah en 2005. (Crédit : domaine public/Département de la Défense américain)

En défense, Karim Khan est intervenu au Tribunal spécial pour le Liban basé à La Haye, créé pour traduire en justice les assassins de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005 et pour l’ex-président libérien Charles Taylor devant un tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Lors de ce procès, quittant la salle d’audience alors que Charles Taylor refusait de comparaître car il s’estimait privé du droit à un procès équitable, en 2007, l’avocat se voit accusé par la présidente de « friser l’outrage à la Cour ».

Pour Carsten Stahn, professeur de droit pénal international de l’université néerlandaise de Leiden, Karim Khan est « l’un des avocats plus expérimentés et les plus performants, alliant courage et vision ».

« Le fait qu’il ait défendu à la fois des accusés de premier plan et des victimes, qu’il ait représenté l’accusation, lui offre une place unique pour relever les défis qui l’attendent », a ajouté l’enseignant, qui l’avait interviewé en 2015 devant les étudiants de l’université.

« Son approche stratégique, son expérience dans les prétoires » ne feront que « renforcer la qualité des enquêtes et des procédures », un enjeu crucial pour le succès de la CPI dans la décennie qui vient, souligne l’universitaire.

Lors de son intervention, Karim Khan avait plaidé devant les étudiants que, plus que le désir de poursuivre ou défendre, c’est celui de « faire oeuvre de justice » qui doit prévaloir.

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