Karoline Edtstadler : Renforcer la sécurité « partout où il y a de la vie juive »
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Interview

Karoline Edtstadler : Renforcer la sécurité « partout où il y a de la vie juive »

"Bruxelles n'a pas à dire aux Israéliens comment résoudre leur conflit avec les Palestiniens," a notamment déclaré la présidente du groupe sur l'antisémitisme du Parlement européen

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Karoline Edtstadler, députée au Parlement européen. (Gerd Pachauer/BMI)
Karoline Edtstadler, députée au Parlement européen. (Gerd Pachauer/BMI)

L’Europe doit faire beaucoup plus pour protéger sa communauté juive, en plaçant notamment des policiers devant chaque institution juive, selon la nouvelle directrice du groupe de travail sur l’antisémitisme au Parlement européen.

« Devant chaque synagogue, chaque école juive – partout où il y a de la vie juive – il devrait y avoir au moins la vigilance de la police, et selon l’évaluation des risques, la police doit être présente [pour] pouvoir agir si une attaque se produit », affirme Karoline Edtstadler.

« Malheureusement, il y a urgence. Nous pouvons nous demander si la présence de la police devant les synagogues est bonne ou mauvaise, mais c’est clairement une nécessité », a-t-elle ajouté.

Dans un long entretien accordé au Times of Israel, Edtstadler, ancienne vice-ministre autrichienne de l’Intérieur entrée au Parlement européen cet été, a également déclaré que Bruxelles devrait soutenir Israël comme seule démocratie au Moyen Orient et ne pas assumer le rôle d’une « autorité morale » supérieure pouvant imposer ses vues et positions sur Jérusalem, notamment sur le conflit avec les Palestiniens.

« Il existe trois types d’antisémitisme : l’antisémitisme du passé, le nouvel antisémitisme importé et l’anti-sionisme. Il a fallu beaucoup de temps avant que les gens n’osent parler de l’antisémitisme importé, mais c’est un fait », a dit Edtstadler, faisant allusion à la haine des Juifs dans les populations immigrées.

« L’anti-sionisme, qui vise Israël, est le plus difficile, parce qu’il faut être bien cultivé pour s’en rendre compte. Nous ne pourrons jamais cesser de lutter contre l’antisémitisme. Il existera pour toujours », a-t-elle ajouté.

L’attaque du 9 octobre contre une synagogue à Halle, en Allemagne, a été « alarmante », a déclaré Edtstadler, ajoutant qu’elle rappelle aux États membres de l’Union européenne de « rétablir la sécurité réellement et pas uniquement dans des résolutions ».

L’attaque, menée par un néo-nazi allemand, a eu lieu à Yom Kippour, le jour le plus saint du calendrier juif. Le tireur lourdement armé a tenté en vain d’entrer dans la synagogue et, irrité par son incapacité d’entrer dans la maison de prière, a tué deux passants non-juifs.

Un homme armé tire dans une rue de Halle, en Allemagne, après une fusillade devant une synagogue dans la même ville, faisant deux morts. (Crédit : capture d’écran / Andreas Splett / ATV-Studio Halle / AFP)

« En Autriche, la coopération entre la police et la communauté juive est vraiment bonne. La police est présente devant toutes les institutions concernées, comme les synagogues et les écoles, et chaque fois qu’il y a une évaluation des risques pertinente… J’ai été choquée, honnêtement, d’entendre que ce n’était pas le cas en Allemagne », a-t-elle dit.

Mme Edtstadler a ajouté qu’elle était très préoccupée par ce qu’elle a qualifié de manque de sensibilisation à l’antisémitisme en Europe, jurant d’aborder la question dans le groupe de travail parlementaire qu’elle dirige depuis juin.

« Il y a un problème de sécurité, et l’une des choses que notre groupe de travail veut faire est d’organiser une grande conférence pour rappeler aux Etats membres de s’occuper de la sécurité des communautés juives », a-t-elle ajouté.

« Nous devons également promouvoir l’éducation. Ce n’est pas que nous voulons blâmer les jeunes ou leur donner le sentiment qu’ils ont fait quelque chose de mal ou qu’ils sont coupables. Mais ils ont besoin d’apprendre l’histoire. »

Edtstadler, originaire de Salzbourg, a déclaré qu’elle aimerait voir toutes les écoles autrichiennes aller visiter le site du camp de concentration de Mauthausen. « Pour moi, chaque élève autrichien devrait visiter Mauthausen au moins une fois pendant ses études. Ce n’est pas la solution à tous les problèmes, mais c’est un premier pas », a-t-elle expliqué.

Dans cette photo non datée, des prisonniers émaciés sont assis à l’extérieur de la caserne de l’hôpital du camp de concentration nazi de Mauthausen, en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale. (AP Photo/Kurt Zalud, file)

Edtstadler s’est rendue en Israël la semaine dernière à la tête d’une délégation de législateurs européens qui a été amenée ici par Elnet, une association à but non lucratif qui cherche à favoriser de meilleurs liens entre Israël et l’Europe. C’était sa deuxième visite dans le pays.

« Nous devrions mieux connaître Israël », a-t-elle dit. « Je pense que les relations doivent être meilleures. Israël et l’UE doivent se rapprocher l’un de l’autre. C’est très important d’être ici, de voir la situation sur le terrain et de faire un rapport. »

Interrogée sur son point de vue sur le conflit israélo-palestinien, Edtstadler a déclaré qu’une solution à deux États – qui, selon Bruxelles, est le seul moyen réaliste et réalisable d’instaurer la paix – « semble bonne et pourrait être une solution ».

« Mais d’un autre côté, a-t-elle souligné, ce sont seulement les Israéliens et les Palestiniens qui, en fin de compte, doivent décider si c’est possible ou non ».

Ce n’est pas aux Européens de décider comment les Israéliens et les Palestiniens doivent faire la paix, a-t-elle dit.

« Je n’habite pas ici, ce n’est pas à moi de déterminer ce qui est le mieux pour les gens d’ici », a expliqué Edtstadler. « Les Israéliens et les Palestiniens savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux ; mieux que nous ne pourrions jamais le savoir. Quand vous ne vivez pas ici, vous ne pouvez pas comprendre à quoi ressemble le conflit, et vous ne pouvez pas prétendre détenir la meilleure solution. »

L’ancienne vice-ministre autrichienne de l’Intérieur Karoline Edtstadler, (à gauche), dépose une couronne au camp de concentration de Mauthausen aux côtés du chancelier autrichien Sebastian Kurz. (LPD Oberösterreich).

« D’une manière générale », a-t-elle poursuivi, « je voudrais recommander à l’UE de ne pas essayer d’être l’autorité morale supérieure capable de résoudre tous les problèmes ici. Parce que ces problèmes doivent être résolus sur le terrain. »

Je n’exclus aucun parti pour une coalition.

Passant à la situation politique intérieure dans son pays natal, l’Autriche, Edtstadler a défendu la coalition de son ancien parti avec le Parti de la liberté [FPÖ] d’extrême droite.

« Nous avons eu une coopération très fructueuse avec le FPÖ au sein du dernier gouvernement en ce qui concerne les réformes qui rendront l’Autriche prête pour l’avenir », a-t-elle déclaré, faisant référence au Parti de la liberté par son acronyme allemand. « L’entente de coalition que nous avons conclue stipule clairement que nous sommes résolument opposés à l’antisémitisme. Nous avons travaillé ensemble sur cette base. »

La communauté juive autrichienne ainsi que l’État d’Israël ont refusé de coopérer avec le parti, invoquant son incapacité à prendre pleinement ses distances par rapport à son passé néo-nazi tout en affirmant qu’il n’avait pas combattu énergiquement des personnes ayant dans ses rangs des tendances antisémites et xénophobes.

Des militants brandissent des drapeaux autrichiens lors de la dernière campagne électorale du Parti de la liberté pour les élections européennes à Vienne, Autriche, le 24 mai 2019. (AP Photo/Ronald Zak)

« Oui, il y a eu plusieurs incidents isolés [de membres du FPÖ faisant des commentaires racistes ou antisémites], ils ont nui à notre réputation à l’échelle internationale », a déclaré Edtstadler.

« Mais vous devez aussi tenir compte de l’aile du parti d’où ça venait. Cela ne vient certainement pas du vice-chancelier [ancien chef du FPÖ Heinz-Christian Strache]. Je ne suis pas l’avocate du FPÖ, mais chaque cas qui s’est produit a été clairement condamné [par la direction du parti] et a eu des conséquences [pour ceux qui ont tenu ces propos]. »

Sebastian Kurz, et son Parti populaire dont fait partie Edtstadler, a remporté les élections nationales du 29 septembre et mène actuellement des négociations de coalition avec différents partis, mais pas avec le FPÖ. Toutefois, il est possible que, si les pourparlers actuels échouent, Kurz n’aura d’autre choix que de s’associer une fois de plus avec le Parti de la liberté.

« Je n’exclus aucun parti pour une coalition », a dit Edtstadler. « Mais je ne peux pas nier qu’il y a eu des problèmes avec le FPÖ, et ça ne nous a pas plu. »

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