Kerry : comment le choix de l’envoyé de Trump a influencé le non veto à l’ONU
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Kerry : comment le choix de l’envoyé de Trump a influencé le non veto à l’ONU

Le secrétaire d'Etat d'Obama se penche sur ses liens avec Netanyahu qui avait, selon lui, semblé "plus vulnérable que jamais" pendant la guerre de 2014 contre le Hamas

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Rom,e le 27 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Rom,e le 27 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’ancien secrétaire d’Etat américain John Kerry décrit sa relation complexe avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de son mandat sous la présidence de Barack Obama dans ses mémoires intitulées « Every Day Is Extra », qui paraîtront le 4 septembre.

Dans des extraits du livre obtenus par le Jewish Insider, Kerry évoque la conduite de Netanyahu au cours de la guerre de 2014 contre le Hamas à Gaza.

Décrivant l’attitude du leader israélien, Kerry note que « c’est l’une des quelques fois où j’ai vu Bibi très effacé, n’affichant pas son énergie et sa bravade habituelles. Voir le leader d’Israël ainsi assiégé m’avait réellement ému… J’ai vu Bibi, à ce moment-là, plus vulnérable que cela n’avait jamais été le cas ».

Kerry prétend également qu’un projet de cessez-le-feu avec le Hamas – qui avait été lourdement critiqué par le cabinet israélien et avait entraîné la colère – avait fuité dans les médias grâce à Netanyahu qui, lui-même, y avait inclus des propositions.

« Nous étions au milieu de nos négociations, entamées sur la base de vos données et maintenant, je vois cela dans la presse ? C’est un scandale », se souvient avoir dit Kerry à Netanyahu.

« La trêve humanitaire était votre idée et vous laissez fuiter maintenant ce document pour faire en sorte qu’on ait l’impression que je tente de faire avancer les positions du Hamas ? », a-t-il alors ajouté.

Il écrit qu’un « élément de confiance personnelle a été brisé » après cet incident.

« Tout le monde ment en permanence dans la région »

Sur la question du processus de paix avec les Palestiniens en 2013-2014, Kerry affirme que cela a été la « volonté d’accepter de durs compromis » affichée par Netanyahu en faveur de la paix – qui mettait même en péril sa propre coalition – qui l’a aidé à persuader un président Obama « sceptique » sur la nécessité de reprendre les négociations de paix.

Kerry se rappelle d’une conversation avec Netanyahu suite à un discours prononcé par Obama en Israël en 2013.

« J’ai rencontré Bibi à l’hôtel King David », se souvient Kerry. « Il m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit : ‘John, je veux donner une chance à cette initiative mais il y a deux choses que vous devez savoir : La première, c’est que tout le monde dans la région ment en permanence et que vous, les Américains, vous avez du mal à comprendre cela. Ensuite, Abbas ne pourra accepter même le maximum de ce que je pourrais consentir' ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, à Jérusalem, le 15 septembre 2010. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

« L’attitude de Bibi, c’était : ‘Je suis ouvert à l’idée de résoudre ce problème si tous mes besoins sont pris en compte’. Ce qui comprenait ses besoins politiques au sein de la coalition », explique-t-il.

Kerry se souvient également de conversations avec la cheffe de l’opposition de l’époque, Tzipi Livni, qui soulignait qu’il était « impératif pour Israël de conclure une paix durable » avec les Palestiniens.

« Every Day is Extra », un livre écrit par John Kerry

Il évoque également l’approbation réticente donnée en 2013 par Netanyahu concernant la libération de prisonniers palestiniens et arabes israéliens détenus avant les Accords d’Oslo, en 2013 – une demande soumise par les Palestiniens, préalable à toute négociation.

« J’ai dit à Bibi dans des termes sans équivoque : ‘Si vous ne souhaitez pas les libérer, je comprends – mais ça ne marchera pas et ce sera fini pour moi’. Lorsqu’il a été confronté à cette date-butoir, il m’a dit : ‘OK, laissez-moi voir ce que je peux faire’. »

Kerry note que Netanyahu a rejeté un plan de sécurité nationale esquissé par le général américain John Allen qui aurait requis le retrait graduel des soldats israéliens de Cisjordanie. Le plan appelait les militaires américains à garder la frontière d’un futur état palestinien, les soldats israéliens restant prêts à reprendre le contrôle de la sécurité en Cisjordanie « en quelques heures ».

Mais après la rencontre entre Kerry, Allen et les leaders israéliens, Netanyahu avait rejeté ce plan, insistant sur le fait que l’Etat juif devait conserver une présence militaire à long terme en Cisjordanie.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain (au centre), la négociatrice israélienne Tzipi Livni (à gauche) et le négociateur palestinien Saeb Erekat, à Washington, en juillet 2013. (Crédit : département d’Etat)

« Il apparaît dorénavant clairement à chacun d’entre nous que Netanyahu ne s’intéressait guère à s’attaquer réellement aux questions sécuritaires d’une manière susceptible de permettre l’éventuel retrait des soldats israéliens », poursuit Kerry. « J’en ai conclu qu’il ne s’agissait pas de sécurité ».

« Je lui ai dit qu’il créait un obstacle insurmontable en n’acceptant pas les meilleurs conseils provenant des esprits militaires les plus brillants d’un allié. Il a souri et il m’a dit que la discussion était finie pour le moment ».

L’ancien haut-diplomate écrit également que l’administration Obama a réfléchi à libérer Jonathan Pollard en 2014 pour tenter de sauver le processus de paix dans l’impasse. Il note qu’Obama ne croyait pas que Netanyahu permettrait jamais la création d’un Etat palestinien, mais qu’il a souhaité réfléchir à faire ce geste pour Israël.

Jonathan Pollard quitte un tribunal new-yorkais après sa libération de prison, le 30 novembre 2015. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Kerry écrit qu’il a vivement recommandé au responsable israélien de présenter une offre qui permettrait la continuation des pourparlers et qu’Obama, en échange, pèserait en faveur de la libération de Pollard.

« J’ai dit à Netanyahu de but en blanc : ‘Vous ne faites pas ça pour Abbas. Vous le faites pour nous amener à vous donner ce que vous désirez’. »

Kerry écrit que cela a été finalement la décision prise par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de rejoindre plusieurs organisations internationales en violation de l’accord qui avaient finalement torpillé les efforts de paix des Américains, offrant à Netanyahu des « cartouches » pour attribuer aux Palestiniens l’échec de ce processus de paix avorté.

« La bonne chose à faire »

La relation tendue entre Netanyahu et Obama s’est finalement exacerbée aux derniers jours de l’administration américaine après que les Etats-Unis ont pris la décision de ne pas mettre leur veto à la résolution 2334, donnant le feu vert à la première résolution émanant du Conseil de sécurité condamnant les implantations depuis 1979.

Le gouvernement israélien a réagi avec férocité, rappelant ses ambassadeurs stationnés dans les pays qui avaient parrainé la résolution et menaçant de représailles. Netanyahu a par la suite accusé l’administration Obama d’avoir secrètement formulé cette « résolution méprisable anti-israélienne » avec les Palestiniens.

« Nous avons tous compris l’ouragan politique que nous devrions affronter si nous n’opposions pas notre veto à cette résolution », écrit Kerry .

« Certains disaient qu’il fallait laisser passer parce que le prix politique était trop élevé. Le président Obama ne voulait pas prendre une décision qui, pensait-il, allait à l’encontre des intérêts américains pour une simple question de politique ».

Le Conseil de sécurité des Nations unies, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran ONU)

Kerry affirme que l’annonce faite par Donald Trump, alors président élu, de la nomination de David Friedman au poste d’ambassadeur en Israël a influencé la décision de ne pas opposer le veto américain à la résolution, comme cela a également été le cas de l’avancement d’un projet de loi israélien qui autorisait l’Etat à légaliser les avants-postes en Cisjordanie.

« Le président élu Trump a annoncé qu’il allait nommer un ambassadeur en Israël qui était un partisan de la ligne dure des implantations ainsi qu’un opposant fervent à la solution à deux Etats », écrit l’ancien secrétaire.

« Au même moment, les Israéliens avaient montré leur dédain face à notre politique en lançant un processus de légalisation officielle des avants-postes… Nous ne pouvions pas défendre les actions israéliennes devant l’ONU qui s’apparentaient à une accélération massive et sans précédent de l’entreprise d’implantations ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des Etats-Unis, à Washington, le 3 mars 2015. (Crédit : Amos Ben Gershom/Flash90/GPO)

Kerry note qu’il était conscient qu’il allait perdre des amis Juifs suite à cette décision mais qu’il avait estimé que c’était « la bonne chose à faire ».

Concernant la décision de Netanyahu controversée de s’exprimer devant le Congrès contre le souhait de la Maison Blanche, de s’opposer à l’accord sur le nucléaire iranien dont Kerry avait été au centre des négociations, ce dernier écrit qu’il a été « déçu par Netanyahu… Nous pensions valoir davantage que des mots qui ont frappé au dessous de la ceinture ».

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