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Khodorkovsky, critique du Kremlin, appelle les Russes à saboter le régime de Poutine

Le milliardaire russe basé à Londres s'oppose aux "méthodes terroristes", mais affirment que d'autres moyens d'action sont envisageables pour entraver la guerre en Ukraine

Mikhaïl Khodorkovski s'exprime lors d'une interview par l'Associated Press à Londres, le 24 juillet 2018. (Crédit : Matt Dunham/AP)
Mikhaïl Khodorkovski s'exprime lors d'une interview par l'Associated Press à Londres, le 24 juillet 2018. (Crédit : Matt Dunham/AP)

Mikhaïl Khodorkovski, oligarque russe en exil et fervent critique de Vladimir Poutine, a encouragé lundi ceux qui vivent encore en Russie à mener une campagne de « sabotage » contre le régime afin de miner le gouvernement et son invasion de l’Ukraine.

Dans une interview accordée au Guardian, Khodorkovsky a cité différentes tactiques de lutte envisageables contre le régime de Poutine dont les graffitis anti-guerre dans des lieux publics, l’obstruction des lignes de ravitaillement pour la guerre ou l’incendie des bureaux de conscription, en fonction du goût du risque des militants.

« Nous devons expliquer aux gens ce qu’ils peuvent faire, les persuader qu’ils doivent le faire et les aider s’ils se retrouvent dans une situation dangereuse », a-t-il déclaré, ajoutant qu’une « résistance armée » pourrait être envisagée comme mode d’opposition.

Khodorkovsky a toutefois souligné son opposition aux « méthodes terroristes qui portent atteinte à des personnes non armées » et a critiqué l’assassinat de Darya Douguine, fille de l’idéologue nationaliste russe Alexandre Douguine, que certains ont qualifié de « cerveau de Poutine ».

Khodorkovsky, dont le père est juif, s’est vivement opposé à Poutine durant les premières années de son mandat, au début des années 2000. Il était président de la compagnie pétrolière russe Ioukos lorsqu’il a été arrêté en 2003, puis emprisonné pour fraude et détournement de fonds. Les critiques du Kremlin ont dénoncé ces accusations comme une tentative du président russe de faire taire l’un de ses ennemis.

Il a quitté la Russie immédiatement après avoir été libéré de prison en 2013 et réside actuellement à Londres, d’où il participe et finance diverses initiatives d’opposition au régime de Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine regarde pendant le défilé militaire du Jour de la Victoire marquant le 77e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, en Russie, le 9 mai 2022. (Crédit : Mikhail Metzel/Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Pour Khodorkovski, l’invasion de l’Ukraine par la Russie est un « moment fondamental », aux suites duquel il a radicalement changé son opinion sur la meilleure tactique pour s’opposer au Kremlin après le 24 février.

Tout en restant optimiste quant au remplacement du régime de Poutine par un système parlementaire plus démocratique, il prévient qu’il est « assez peu probable » qu’un tel processus se déroule sans violence.

Le magnat du pétrole a toutefois expliqué au cours de l’interview qu’il était contre la suspension des visas touristiques pour les Russes – proposée par plusieurs pays européens – estimant que cela ne servirait qu’à aliéner ceux qui pensent encore que « la Russie doit se développer sur le modèle européen ».

« Si Poutine reste en vie encore 10 ou 15 ans, le nombre de Russes tournés vers l’Europe diminuera vraiment, et je ne pense pas que ce soit bon pour qui que ce soit, sauf pour Poutine », a-t-il déclaré.

Le nouveau livre de Khodorkovsky, The Russia Conundrum, une analyse du règne de Poutine et de la querelle de la Russie avec l’Occident, sera en vente le 8 septembre.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les autorités russes ont réprimé toute dissidence à l’encontre du régime, interdisant de faire référence au conflit comme à une guerre et arrêtant ceux qui osent manifester publiquement contre les actions du gouvernement.

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