La Barbade, un paradis juif centenaire – et un refuge
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La Barbade, un paradis juif centenaire – et un refuge

L’île caribéenne, qui célèbre son indépendance cette semaine, a une longue histoire juive, de l’inquisition à l’Holocauste

La communauté juive célèbre Hanoukka à la synagogue Shaare Tzedek de Bridgetown, La Barbade en décembre 2014. (Crédit : courtoisie)
La communauté juive célèbre Hanoukka à la synagogue Shaare Tzedek de Bridgetown, La Barbade en décembre 2014. (Crédit : courtoisie)

BRIDGETOWN, La Barbade – Les fêtes de fin d’année approchent rapidement dans l’hémisphère nord, beaucoup rêvant déjà d’un endroit chaud où aller. Pour les Américains et les Britanniques, les Caraïbes – de la Jamaïque à la République dominicaine – ont longtemps été populaires grâce à leurs plages de sable blanc et l’amusement au soleil.

Mais des gens sont venus dans cette région bien avant qu’il y ait des Club Med ou autres croisières luxueuses.

En fait, pour les réfugiés juifs fuyant les persécutions – d’abord durant l’Inquisition et ensuite, quelques centaines d’années plus tard, avant l’Holocauste – les îles ont longtemps été un refuge.

Dès le 17e siècle, un certain nombre d’implantations juives a émergé dans les Caraïbes, y compris dans les colonies néerlandaises de Surinam et Curaçao ainsi qu’en Jamaïque et à La Barbade, contrôlées par les Britanniques, et où les communautés juives remontent à 1628.

Pendant une récente visite à la nation insulaire, Mordehai Amihai-Bavis, l’ambassadeur d’Israël à La Barbade (oui, Israël a un ambassadeur à La Barbade et dans d’autres îles caribéennes, bien qu’il soit basé à la Mission israélienne à l’ONU à New York) a déclaré à la synagogue locale Shaare Tzedek : « J’ai visité beaucoup d’îles caribéennes, beaucoup d’entre elles ont de belles synagogues, mais malheureusement plus aucune communauté juive. Mais vous, les juifs de La Barbade, s’est-il exclamé, vous êtes toujours là ! »

Depuis l’indépendance en 1966, que La Barbade célèbre cette semaine, l’île a maintenu de bonnes relations avec Israël. Amihai-Bavis décrit les relations de l’état juif avec la nation « très amicales ».

Fondée au 17ème siècle, la communauté Kahal Kadosh Nidhe Israel de La Barbade survécut jusqu'en 1929 quand Joshua Baeza, le dernier juif, vendit la synagogue et mis fin à 300 ans de présence juive sépharade. Ici, le mikveh historique. (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)
Fondée au 17ème siècle, la communauté Kahal Kadosh Nidhe Israel de La Barbade survécut jusqu’en 1929 quand Joshua Baeza, le dernier juif, vendit la synagogue et mis fin à 300 ans de présence juive sépharade. Ici, le mikveh historique. (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)

Le président Reuven Rivlin a réaffirmé ce sentiment cette semaine dans une lettre au gouverneur général de La Barbade Elliot Belgrave pour marquer la fête de l’indépendance du pays : « au nom du peuple israélien, je vous souhaite chaleureusement et sincèrement un progrès continu et la prospérité pour votre pays et votre peuple ».

En effet, le premier Premier ministre du pays, Errol Barrow, peut retrouver l’origine juive de ses ancêtres jusqu’à la famille Baruch, notable de l’île.

En 1972, pendant une visite officielle en Israël, Golda Meir, alors Premier ministre, a interrogé Barrow sur ses origines juives. La légende raconte que Barrow a répondu à son homologue israélienne qu’il avait effectivement des racines juives et s’est exclamé « d’où croyez-vous que je tire mon cerveau ? » On raconte que Golda Meir a éclaté de rire.

La Barbade est connue pour avoir soutenu Israël quand il le fallait.

En 1975, par exemple, le pays a voté contre la fameuse résolution « le sionisme est un racisme » des Nations unies. En tant que fier descendants de juifs, le Premier ministre d’alors Barrow a déclaré que sous son mandat, il ne pourrait pas autoriser son représentant à l’ONU à voter pour une résolution dont l’effet est de rendre illégitime le droit du peuple juif à l’auto-détermination.

Plus récemment, en 2012, La Barbade était l’un des trois seuls états caribéens à ne pas voter en faveur de la reconnaissance d’un état palestinien à l’ONU, mais s’est abstenu plutôt. L’historien de La Barbade Morris Greenidge est convaincu que l’actuel Premier ministre Freundel Stuart a ordonné à son envoyé à l’ONU de s’abstenir parce qu’il ne voulait pas voter contre Israël sur un sujet si important.

Amiram Magid, ambassadeur d’Israël à La Barbade au moment de ce vote, est d’accord. « Contrairement à beaucoup d’autres pays caribéens, La Barbade a souvent une politique étrangère différente et prend ses décisions sur des bases légales solides. Quand vient un vote crucial [sur Israël] à l’ONU, ils s’abstiennent. »

Magid a ajouté que Stuart est un historien avide qui lui a dit qu’il avait lu les biographies de tous les Premiers ministres et présidents d’Israël.

L’ambassadeur à la retraite a également déclaré que malgré la distance, il y avait une bonne coopération entre les deux pays ces dernières années dans les domaines de l’agriculture, de la sécurité côtière et de l’énergie solaire. L’année dernière, le ministre des Affaires Etrangères israélien a aussi proposé plusieurs cours d’entrepreneuriat sur place à La Barbade, mais aussi en Israël, pour les étudiants barbadiens.

Des offices ont lieu dans la Synagogue Nidhe Israel  pendant l'hiver quand un grand afflux de touristes juifs américains, canadiens et britanniques visitent l'île (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)
Des offices ont lieu dans la Synagogue Nidhe Israel pendant l’hiver quand un grand afflux de touristes juifs américains, canadiens et britanniques visitent l’île (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)

La communauté juive de La Barbade a une longue histoire de résilience, qui commence avec les juifs qui sont venus à La Barbade depuis Recife, au Brésil après avoir été expulsé quand les Portugais ont conquis le territoire des Hollandais, plus tolérants, dans les années 1600.

Fondée au 17e siècle, la communauté Kahal Kadosh Nidhe Israel de La Barbade a survécu jusqu’en 1929, quand Joshua Baeza, le dernier juif, a vendu la synagogue et mis fin à 300 ans de présence juive sépharade à cet endroit.

Mais, comme un sphinx renaissant de ses cendres, la communauté a connu une renaissance seulement deux ans plus tard en 1931, quand Moshé Altman, un colporteur de Lublin, en Pologne a décidé de faire de La Barbade son foyer après que son bateau a amarré sur place pendant un voyage commercial au Venezuela.

Son petit-fils, Paul Altman, a déclaré au Times of Israel, « la Pologne n’était pas un endroit où il voulait rester. Sa vie était incroyablement restreinte à vivre dans un shtetl [une petite ville commerciale juive d’Europe de l’est avant la seconde guerre mondiale] et il a trouvé que La Barbade avait une histoire juive et qu’il pouvait avoir un passeport britannique s’il venait ici. »

Moshé Altman a fait venir sa famille proche et a encouragé d’autres juifs polonais de Lublin à immigrer aussi. En 1941, 40 familles juives de Pologne s’étaient installées à La Barbade. Finalement, l’appel d’Altman aux juifs à venir s’installer dans l’île accueillante a permis de sauver 100-120 juifs de l’Holocauste.

Dans la synagogue historique de La Barbade, Nidhe Israel  (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)
Dans la synagogue historique de La Barbade, Nidhe Israel (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)

La communauté n’a jamais été grande et les nombres d’aujourd’hui oscillent entre 80 et 100 individus ; il n’y a pas de rabbin permanent.

La synagogue historique Nidhe Israel – qui date de 1654 et est considérée comme l’une des plus anciennes de l’hémisphère occidental – est fermée au service la plupart de l’année, mais est occupée durant la saison hivernale, pour accommoder le large afflux de touristes juifs américains, canadiens et britanniques qui viennent sur l’île en vacances. Sinon, les locaux vont à la synagogue Shaare Tzedek tout au long de l’année.

Avec des chiffres en baisse, la grande question est de savoir si la communauté peut survivre, particulièrement à cause de l’assimilation et de la jeune génération qui émigre à la recherche de meilleures perspectives d’emploi.

Vilma Sukhdeo, membre de la synagogue, est cependant plus optimiste : « pour je ne sais quelle raison, la communauté ne meurt jamais ».

Un certain nombre de noirs Bajans se sont convertis au judaïsme via le mouvement conservateur aux Etats-Unis et sont des membres actifs. Plus tôt cette année, l’histoire s’est construite quand Orial Springer est devenu la première personne de couleur à devenir secrétaire de Shaare Tzedek.

« La communauté sera toujours là dans 50 ans, a déclaré Springer, mais les gens sembleront différents et reflèteront la démographie ethnique de La Barbade. »

La synagogue historique de La Barbade, Nidhe Israel, à Bridgetown,  date de 1654, et est considérée comme l'une des plus anciennes de l'hémisphère occidental. (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)
La synagogue historique de La Barbade, Nidhe Israel, à Bridgetown, date de 1654, et est considérée comme l’une des plus anciennes de l’hémisphère occidental. (Crédit : Ze’ev Portner/The Times of Israel)

Oliver Cromwell, qui a régné sur La Barbade en tant que Seigneur protecteur du Commonwealth de 1653 à 1658, a officiellement autorisé les juifs à s’installer à La Barbade en 1655. Il pensait que cela serait un « mouvement d’affaires rusé » puisque les juifs avaient de l’expertise dans les marchés et le commerce, et qu’ils aideraient l’économie de l’île à croître. Il n’avait pas tort.

Les premier juifs de Recife, qui étaient experts dans la culture du sucre – une culture particulièrement adapté au climat et au sol de La Barbade – ont, en fait, aidé à régénérer l’économie de la colonie britannique.

Le moulin à vent moderne, crucial pour la production de cannes à sucre, par exemple, a été introduit par un juif sépharade, David De Mercardo, et en moins de 20 ans la « révolution du sucre » a transformé La Barbade pour toujours. Le sucre, en plus du tourisme, est toujours une part importante de l’économie aujourd’hui.

Mais tout le monde n’a pas bénéficié de cette aubaine économique. Pour la plupart des natifs – 80 % d’entre eux descendent d’esclaves africains – l’histoire de l’industrie de la canne à sucre provoque une émotion nerveuse brute, puisqu’elle a été construite sur le dos des esclaves travaillant dans les plantations de sucre. Il est estimé qu’entre 1627 et 1807, 387 000 Africains ont été envoyés sur l’île contre leur volonté.

Selon les enregistrements, certains juifs possédaient des esclaves, mais seulement deux dans l’histoire de l’esclavage à La Barbade ont possédé une plantation : Jacob Da Costa et Abraham Rodrigues Brandon au début du 19e siècle.

Jacob Hassid, président de la communauté juive de La Barbade. (Crédit : courtoisie)
Jacob Hassid, président de la communauté juive de La Barbade. (Crédit : courtoisie)

Les relations avec des femmes noires esclaves ou libres n’étaient pas rares et, en résultat, les descendants de ces liaisons peuvent facilement être identifiés à La Barbade aujourd’hui puisqu’ils ont des noms sépharades qui sont toujours d’usage courant sur l’île, comme Aboah, Valverde, De Mercardo, Lindo et Depeiza.

Natif de Tel Aviv et président de la communauté juive de La Barbade, Jacob Hassid a décrit sa première visite à La Barbade comme « un coup de foudre » grâce à la chaleur des gens, les paysages magnifiques et la tranquillité de l’île. Les juifs qui visitent La Barbade, a-t-il dit, recevront un accueil chaleureux de la communauté juive et plus largement de la société Bajan.

Comme dit le vieux proverbe Bajan, La Barbade est « longue de 21 miles et large d’un sourire ».

— Mark Schulman a contribué à ce reportage depuis Jerusalem.

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