La Baronne dit avoir été ‘piégée’ lors d’une interview sur Israël
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La Baronne dit avoir été ‘piégée’ lors d’une interview sur Israël

Accusée de frôler les limites de l’antisémitisme, l’ancien membre du parti libéral démocrate britannique Jenny Tonge a rejeté ses déclarations controversées lors d’un entretien télévisé diffusé sur J-TV qui tenait également du match de tennis

Lady Jenny Tonge dans une interview télévisuelle avec le docteur Alan Mendoza. (Capture d'écran : Youtube )
Lady Jenny Tonge dans une interview télévisuelle avec le docteur Alan Mendoza. (Capture d'écran : Youtube )

LONDRES — La baronne Jenny Tonge, l’une des plus ferventes critiques d’Israël au Royaume Uni, a affirmé sur Facebook qu’elle avait été « interrogée » par la chaîne consacrée aux affaires contemporaines juives, J-TV. Elle a ajouté qu’elle avait été « piégée » lors de cet entretien par une « très désagréable personnalité » déterminée à « ternir mon nom et à m’empêcher de dire quoi que ce soit de significatif ».

En fait, dans cette conversation inédite qui a duré presque une heure, le docteur Alan Mendoza a permis la politicienne britannique, membre de la Chambre des Lords, d’exprimer ses points de vue avec beaucoup de liberté.

Tonge, qui avait été suspendue avant de démissionner du parti des Libéraux démocrate du Royaume Uni en octobre 2016 après des années de déclarations controversées sur Israël, a reconnu qu’en évoquant une « main-mise financière » du lobby pro-israélien, elle « pouvait être allée trop loin » et que ses commentaires avaient été « un peu exagérés ».

Toutefois, dans ce qui est apparu être une réponse presque intentionnelle, Tonge a répété à de multiples reprises qu’il tenait aux Israéliens de démontrer que ses allégations à leur encontre étaient mensongères.

Elle a également déclaré que ses propos étaient constamment déformés ou sortis de leur contexte, ajoutant que lorsqu’elle avait exprimé sa sympathie envers les kamikazes, elle avait également noté l’horreur de leurs actions, mais que cette dernière observation avait été ignorée.

Elle se référait là à la controverse suscitée par des commentaires auxquels elle s’était livrée en 2004 lorsqu’elle avait été saquée en tant que porte-parole chargée des questions de l’enfance au sein de son parti. Elle avait alors suggéré qu’elle pourrait elle-même devenir une kamikaze.

Lors d’une réunion pro-palestinienne à Westminster, elle y avait expliqué que « si elle avait été mère et grand-mère en Palestine, vivant depuis des décennies dans cette situation, je ne sais pas… Je pourrais bien avoir commis moi-même un attentat suicide ». Le leader de la formation, Charles Kennedy, avait cessé de la soutenir.

Elle avait été également écartée en 2010 de son poste de porte-parole des Libéraux démocrates dans le secteur de la santé à la Chambre des Lords après des déclarations qui avaient suivi la publication dans des médias palestiniens que des membres des forces israéliennes avaient récolté des parties de cadavres après le tremblement de terre survenu en Haïti.

Tonge avait dans la foulée indiqué à Jewish Chronicle que « pour éviter des affirmations telles que celles-là – qui ont d’ores et déjà été postées sur YouTube – l’armée israélienne et l’Association médicale israélienne doivent créer un comité d’enquête indépendant pour innocenter les noms de l’équipe en Haïti ».

Au vu de ses commentaires à Mendoza, il apparaît que le modus operandi adopté par la baronne est de tenir des propos controversés sur Israël puis d’inviter ses critiques à donner des preuves du contraire.

‘Vous allez me dire que je n’ai pas lu les bon ouvrages, n’est-ce pas ?’

Tonge, qui aura 76 ans au mois de février, est l’ancienne parlementaire issue du parti libéral démocrate pour la circonscription électorale de Richmond, située au sud-ouest de Londres.

De nombreux téléspectateurs de l’interview sur J-TV ont pu être surpris en apprenant que l’ancienne femme médecin (qui a rencontré son époux alors qu’ils effectuaient une autopsie commune) n’a fait son premier séjour en Israël et à Gaza qu’en 2003, sous les auspices de Christian Aid, une organisation humanitaire chrétienne.

La baronne Jenny Tonge (Crédit : Capture d'écran YouTube)
La baronne Jenny Tonge (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Elle a expliqué à Mendoza que jusqu’à cette première visite, elle avait été une partisane d’Israël typique, appartenant à l’Eglise d’Angleterre, qui déplorait les horreurs de l’Holocauste.

Mais, a-t-elle ajouté, elle a été « horrifiée » par ce qu’elle a vu lors de son séjour, ramenant avec elle au Royaume Uni le sentiment d' »humiliation » qu’elle avait observé quotidiennement chez les Palestiniens.

La conversation entre Tonge et Mendoza s’est d’abord déroulée sur un ton amical lorsqu’elle a évoqué sa carrière de médecin et son entrée en politique en tant que parlementaire entre 1997 et 2005.

Mais lorsque Mendoza l’a interrogée sur ce que signifiait exactement pour elle l’expression de ‘lobby pro-israélien’, elle lui a demandé s’il avait jamais entendu parler de l’AIPAC et suggéré qu’il y avait des financements inacceptables de la cause israélienne.

Elle a également évoqué des émissions récentes diffusées par al-Jazeera au Royaume Uni.

‘C’est au lobby de laver les soupçons qui pèsent sur lui’

Lorsque Mendoza, lui posant une autre question, lui a demandé si elle pensait vraiment que des financements secrets étaient utilisés par les pro-Israéliens pour rémunérer des politiciens britanniques, elle a répondu que « cela pourrait bien être le cas », ajoutant que « je fais cette affirmation et je demande qu’on me prouve le contraire ».

C’est « au lobby de laver les soupçons qui pèsent sur lui », a-t-elle déclaré. « Ce n’est pas à moi ».

Mendoza a réfuté cette allégation de culpabilité en demandant : « Si je disais que Jenny Tonge est une meurtrière, ce n’est manifestement pas vrai. Un certain nombre de gens vont reprendre mes propos, cela n’en fait pas une vérité pour autant… Ce ne serait pas à vous d’innocenter votre nom dans ce contexte, n’est-ce pas ? »

« Non, je pense que ce serait à moi de le faire », a-t-elle rétorqué.

“Alors vous ne croyez pas à la présomption d’innocence, vous croyez en la culpabilité jusqu’à ce que la preuve du contraire soit apportée, ce qui n’est pas la base de votre système législatif dans ce pays ?” a interrogé Mendoza.
La Baronne Tonge a réfléchi.

« C’est vrai », a-t-elle indiqué.

Puis, reprenant les codes des matchs de tennis dans la conversation, elle a ajouté : « 30:15 ».

Pour découvrir l’interview inédite en entier, les lecteurs peuvent cliquer ici.

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