La Berlinale récompense un film sur d’ex-détenus palestiniens
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La Berlinale récompense un film sur d’ex-détenus palestiniens

“Ghost Hunting” reconstitue dans un hangar de Ramallah un centre d'interrogatoire israélien, où d'anciens détenus vont revivre leur détention

La prison Shita, dans le nord d'Israël, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
La prison Shita, dans le nord d'Israël, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Le jury de la Berlinale a décerné dimanche le prix du meilleur documentaire, une nouveauté de cette 67e édition, à une expérience cinématographique en forme de thérapie collective sur le traumatisme d’anciens prisonniers palestiniens.

Présenté en avant-première au festival du film de Berlin, « Istiyad Ashbah » (« Ghost Hunting »), second long-métrage du cinéaste palestinien Raed Andoni, 49 ans, reconstitue dans un hangar de Ramallah un centre d’interrogatoire israélien.

A travers des jeux de rôle, d’anciens détenus vont revivre leur détention y compris les mauvais traitements.

« Je travaille avec des personnes qui vivent dans un lieu vraiment très sombre et que vous honorez grâce à toute cette lumière », a déclaré le cinéaste en recevant son prix.

Le réalisateur avait publié une annonce dans un journal pour trouver d’anciens prisonniers pour son film.

Le réalisateur palestinien Raed Andoni. (Crédit : autorisation de Raed Andoni)
Le réalisateur palestinien Raed Andoni. (Crédit : autorisation de Raed Andoni)

L’un des participants au film de Raed Andoni a été de nouveau emprisonné par les autorités israéliennes après le tournage, a confié le réalisateur palestinien à l’AFP pendant le festival.

Un autre, trop bouleversé par cette expérience de reconstitution qui pousse le réalisme jusqu’au choix de la couleur du carrelage ou l’installation d’une poulie pour suspendre les participants dans la salle d’interrogatoire, avait préféré abandonner le tournage.

« J’ai utilisé tous les dispositifs que j’ai trouvés pour les aider à creuser dans leur subconscient, pour retirer couche après couche les filtres du refoulement et je leur ai dit que si c’était trop dur ils étaient libres de partir […]. J’ai aussi fait venir des psychologues sur le plateau pour encadrer ce projet », a-t-il expliqué après la première de son film à la Berlinale.

Selon une critique du magazine Variety, qui décrit un « documentaire éthiquement problématique », le film utilise la notion dépassée de revivre son trauma comme moyen de catharsis. Andoni regardait ses acteurs s’insulter et se frapper les uns les autres. Le réalisateur de 45 ans a lui-même été incarcéré dans une célèbre prison israélienne souterraine située à Jérusalem, appelée par les Palestiniens « Al Moskobyia », quand il avait 18 ans.

Le documentaire mélange des images et des scènes filmées. Le précédent film de réalisateur était « Fix Me ».

Sous le régime de la « détention administrative », des milliers de Palestiniens qu’Israël considèrent comme dangereux pour la sécurité de l’Etat hébreu sont incarcérés.

Le festival du film de Berlin avait décidé cette année d’ajouter à son palmarès un Prix du meilleur documentaire, insistant sur l’importance de ce genre cinématographique dans un contexte politique mondial bouleversé.

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