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La Chine, carburant majeur du Venezuela de l’ère Maduro

Caracas reste encore redevable d'environ 10 Mds de $ sur les prêts chinois, pour un total d'environ 60 Mds de $ accordés jusqu'en 2023, selon le Center on Global Energy Policy

Barils de pétrole. (Crédit : CC-BY-SA, par Trevor MacInnis, Wikimedia Commons)
Barils de pétrole. (Crédit : CC-BY-SA, par Trevor MacInnis, Wikimedia Commons)

Principale cliente du pétrole vénézuélien sous le régime de Nicolas Maduro, la Chine avait fait de l’or noir le pilier d’un partenariat commercial mutuellement bénéfique, offrant une bouée de sauvetage économique à Caracas et un levier d’influence régionale à Pékin.

Mais après l’arrestation de Maduro par les États-Unis et les déclarations de Donald Trump, qui a indiqué vouloir prendre le contrôle des installations pétrolières vénézuéliennes, l’avenir de ces relations paraît incertain.

Voici les principales questions :

Combien de pétrole la Chine achetait-elle ?

Elle a importé environ 400 000 barils par jour de pétrole vénézuélien l’an dernier, d’après des données de la plateforme d’informations commerciales Kpler.

C’est plus de la moitié des exportations de brut du Venezuela, selon les estimations.

Le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, arrêté, arrivant à l’héliport du centre-ville de Manhattan, pour se rendre au tribunal fédéral Daniel Patrick Moynihan pour une première comparution afin de répondre à des accusations des États-Unis, à New York, le 5 janvier 2026. (Crédit : Eduardo Munoz/Reuters)

Une partie importante du pétrole vénézuélien destiné à la Chine est transbordée de navire à navire au large de la Malaisie, selon des chercheurs de l’Université Columbia. Cette méthode permettrait de dissimuler l’origine du brut, qui est visé par des sanctions américaines.

Ces ventes de pétrole étaient vitales pour le gouvernement Maduro. Elles ont permis de maintenir l’appareil d’État à flot, face aux pressions américaines et à l’agitation sociale au Venezuela.

Comment est-il utilisé ?

Le brut vénézuélien a une forte teneur en soufre et nécessite donc un raffinage complexe.

En Chine, ce travail est principalement assuré par de petites raffineries (dites « théières »), qui fonctionnent indépendamment des compagnies pétrolières d’État, selon des chercheurs de Columbia.

Selon la même source, ces « théières » sont, prises collectivement, les principaux acheteurs de pétrole sous sanction et vendu à prix réduit, notamment celui en provenance du Venezuela et de l’Iran.

Le brut vénézuélien est également utilisé en Chine pour produire du bitume, utilisé pour le revêtement des routes et la toiture des bâtiments.

Qu’y gagnait Pékin ? 

Le président chinois Xi Jinping levant son verre et proposant un toast lors du banquet de bienvenue pour les dirigeants en visite participant au Forum de la Route de la Soie au Palais de l’Assemblée du peuple, à Pékin, le 26 avril 2019. (Crédit : Nicolas Asfouri/Pool Photo via AP)

La Chine s’appuie en effet sur un portefeuille diversifié de fournisseurs pour assurer sa sécurité énergétique.

Le Venezuela ne représente qu’une faible part de ce portefeuille. Selon les estimations, il ne représentait que 4 à 5 % des importations chinoises de brut l’an dernier.

De nombreuses cargaisons ont servi à rembourser les importants investissements consentis par Pékin au cours des dernières décennies pour financer des projets de développement au Venezuela.

Caracas reste encore redevable d’environ 10 milliards de dollars sur les prêts chinois, pour un total d’environ 60 milliards de dollars accordés jusqu’en 2023, selon le Center on Global Energy Policy de l’Université Columbia.

« La Chine nourrit l’espoir que l’Amérique latine, dont le Venezuela, devienne un maillon important de son initiative des Nouvelles Routes de la soie », déclare à l’AFP Dan Wang, directrice Chine du cabinet Eurasia Group. Elle fait référence au grand programme d’investissements chinois dans les infrastructures à l’étranger, initié par le président Xi Jinping.

Pékin cherche également à « unir le Sud global », ajoute Wang, qui note les « progrès importants » à cet égard réalisés avec « quelques pays amis » dans la région.

La Chine peut-elle continuer à acheter ?

À court terme, l’attaque militaire américaine devrait étouffer les flux pétroliers.

Cependant, Trump a affirmé que les entreprises américaines vendraient à terme de « grandes quantités » de pétrole aux acheteurs internationaux, y compris à « beaucoup » de ceux qui « l’utilisent actuellement », une fois l’industrie vénézuélienne remise sur pied.

Dans l’intervalle, la Chine pourrait « facilement s’approvisionner en pétrole auprès d’autres fournisseurs », souligne Dan Wang.

Les importations chinoises de pétrole russe et saoudien ont ainsi largement dépassé celles en provenance du Venezuela en 2025.

Cependant, le Venezuela dispose des plus grandes réserves prouvées au monde, avec 303,2 milliards de barils, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) — devant l’Arabie saoudite et l’Iran.

À long terme, la Chine continuera d’acheter du pétrole vénézuélien, estime Wang.

Quelle conséquence pour la relation Pékin-Washington ?

Le ministère chinois des Affaires étrangères a fermement condamné l’action militaire américaine contre Maduro, qu’il considère comme une « violation flagrante » des « principes fondamentaux des relations internationales ».

Mais l’équilibre de la relation bilatérale devrait rester inchangé.

Xi Jinping se prépare à accueillir Trump pour une visite d’État en Chine en avril. Ce rendez-vous diplomatique très attendu permettra de consolider la fragile trêve commerciale conclue par les deux pays à la fin de l’année dernière.

« Les deux parties ont fait suffisamment d’efforts pour que cette rencontre ait lieu », souligne Dan Wang. Elle estime que les récents événements au Venezuela n’affecteront pas les perspectives de cette visite.

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