La chute d’Aube dorée en Grèce: le combat d’une mère endeuillée porté à l’écran
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"Pavlos, tu as réussi"

La chute d’Aube dorée en Grèce: le combat d’une mère endeuillée porté à l’écran

"Tu ne peux pas croire que ton pays en soit arrivé à ce que des nazis déferlent dans les rues et tuent en pleine journée", s'exclame Magda Fyssas

Magda Fyssa, la mère du défunt chanteur de rap grec Pavlos Fyssas, qui a été poignardé et tué par un partisan du parti d'extrême droite Aube dorée en 2013 déclenchant une répression contre le parti néo-nazi, réagit immédiatement après le prononcé du verdict d'une décision de justice en Athènes, mercredi 7 octobre 2020. (Crédit : AP/Petros Giannakouris)
Magda Fyssa, la mère du défunt chanteur de rap grec Pavlos Fyssas, qui a été poignardé et tué par un partisan du parti d'extrême droite Aube dorée en 2013 déclenchant une répression contre le parti néo-nazi, réagit immédiatement après le prononcé du verdict d'une décision de justice en Athènes, mercredi 7 octobre 2020. (Crédit : AP/Petros Giannakouris)

« Pavlos était mon enfant, notre enfant, il aimait la vie, il voulait être libre ». Magda Fyssas a perdu son fils rappeur antifasciste assassiné en 2013 par un cadre d’Aube dorée.

Son combat acharné, au centre d’un film-documentaire, fut déterminant dans la condamnation du parti néo-nazi grec.

Le visage marqué par le deuil, la mère de Pavlos Fyssas, petit bout de femme toujours vêtue de noir, est devenue la figure emblématique d’un procès historique de près de six ans, sans lequel le parti néo-nazi, alors troisième force politique au Parlement grec, continuerait à agir en toute impunité.

Ses larmes, ses cris de colère, ses poings serrés rythment le nouveau film de la journaliste réalisatrice Angélique Kourounis « Aube dorée : l’affaire de tous », primé début juillet au festival du documentaire de Thessalonique.

Car comment « imaginer que cela puisse arriver ? Tu ne peux pas croire que ton pays en soit arrivé à ce que des nazis déferlent dans les rues et tuent en pleine journée », s’exclame Magda Fyssas en préambule.

« Jamais je n’avais imaginé que je puisse perdre mon fils tué en 2013 par les nazis. Non, c’est un assassinat politique », confie-t-elle dans le film.

C’est ce credo qui l’a guidée dans sa bataille judiciaire, dès la mort de son fils, le 18 septembre 2013 à Keratsini près d’Athènes, poignardé à l’âge de 34 ans pour ses chansons engagées.

Et c’est cet assassinat qui a braqué les projecteurs sur les multiples violences du parti néo-nazi, et conduit à l’ouverture de poursuites contre le meurtrier Yorgos Roupakias, mais aussi contre plus d’une cinquantaine de dirigeants et anciens députés du parti néo-nazi.

Magda Fyssa, mère du chanteur de rap grec assassiné Pavlos Fyssas, serre dans ses bras une plaque dévoilée sur le site de sa mort il y a un an, à Keratsini à l’ouest d’Athènes, le jeudi 18 septembre 2014. (Crédit : AP/Kostas Tsironis)

La joie de Magda avait fait le tour du monde, poignante et sincère, quand la cour d’appel d’Athènes a qualifié Aube dorée d’ « organisation criminelle » le 7 octobre 2020 alors que la foule acclamait le verdict tombé sept ans après le meurtre du musicien.

« Pavlos, tu as réussi », avait-elle crié à la sortie du tribunal, les bras au ciel.

Le chef d’Aube dorée Nikos Michaloliakos et ses principaux accolytes dorment désormais en prison pour des peines de 10 à 13 ans de prison.

Dans son deuxième opus, après « Aube dorée : une affaire personnelle » en 2016, Angélique Kourounis retrace pendant près de deux heures le procès historique, la pression d’une mère qui mène la bataille aux côtés de ses avocats, sa patience aussi dans l’attente « de la vérité ».

Cinq ans et demi de procès défilent au gré des manifestations. D’un côté, les bottes qui claquent, les chemises noires et l’hymne paramilitaire d’Aube dorée. De l’autre, les manifestants qui défilent aux cris de « plus jamais le fascisme » et « Pavlos vit ».

Dans la salle du tribunal, l’infatigable Magda Fyssas tient tête aux activistes d’Aube dorée. En tête des cortèges, applaudie par des Grecs en larmes aux balcons, elle marche, lunettes noires, sous des banderoles à l’effigie du rappeur tué.

Nikolaos Michaloliakos (debout), le leader du parti néonazi grec Aube dorée pendant son procès, en 2014. (Crédit : AFP/Louisa Gouliamaki)

« Personne ne me doit rien à moi, nous avons tous une dette envers Pavlos », estime-t-elle.

En découvrant les images du documentaire, lors d’une projection privée cette semaine à Athènes, Magda s’effondre à la vue du corps ensanglanté de son fils.

« Pour moi c’est toujours aussi dur », confie-t-elle ensuite à l’AFP. « Je n’ai jamais perdu les émotions que j’ai eues toutes ces années. Je n’ai jamais oublié ».

« Mon combat personnel est bien rendu dans le film », résume-t-elle sobrement.

Un tournage sous haute tension, ponctué de violences à l’égard du journaliste preneur de son Thomas Jacobi, agressé par des militants d’Aube dorée pour avoir enquêté sur le parti néo-nazi.

Toute l’équipe du documentaire part en tournée en France début août, avant une projection en septembre à Keratsini pour le 8e anniversaire de la mort de Pavlos Fyssas.

Sur cette photo datée du 21 juin 2011, le rappeur grec anti-fasciste Pavlos Fyssas se produit sur scène. (Crédit : AP/John D. Carnessiotis)

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