La chute des ayatollahs en Iran, une justice douce-amère pour le 7-Octobre
Il y a 27 mois, le Hamas a tenté de détruire Israël, avec le soutien indispensable de la République islamique. Aujourd'hui, ce régime est au bord de l'effondrement, massacrant ses propres citoyens. Comment et quand Trump tiendra-t-il sa promesse de venir en aide ?
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

En Iran, l’actuel mouvement de protestation contre le régime est considéré comme le plus important depuis 2009, quand une foule avait pris d’assaut les rues de la République islamique pour dénoncer la réélection truquée du président Mahmoud Ahmadinejad au détriment de son adversaire, l’ancien Premier ministre Mir-Hossain Mousavi – l’homme était ce qu’on appelle un réformateur qui, encore aujourd’hui, est assigné à résidence. Ces manifestations sont également réprimées avec une brutalité qui n’a pas eu de précédent depuis la prise du pouvoir par les ayatollahs en 1979 – avec entre 2 500, 5 000 et 12 000 personnes qui ont été abattues par les forces du régime et des dizaines de milliers de blessés, selon les sources disponibles.
Initialement alimentées par une situation économique pour le moins désastreuse, les manifestations ont pris de l’ampleur en devenant une menace pour le pouvoir. Faisant tout son possible pour dissimuler les horreurs qu’il commet actuellement, notamment en coupant l’accès à internet, il s’est lancé dans le massacre impitoyable de ses propres citoyens.
Comme cela avait déjà été le cas en 2009, les manifestants se sont tournés vers la communauté internationale en quête d’un soutien – en particulier celui des États-Unis. En juin 2009, le président de l’époque, Barack Obama, avait déclaré solennellement : « Quand je vois des violences qui visent des manifestants pacifiques, quand je vois la répression de dissidents pacifiques… cela m’inquiète et cela inquiète le peuple américain ». Il n’avait toutefois fourni aucune aide concrète.
Pour sa part, le président Donald Trump a lancé de nombreuses mises en garde, ces derniers jours, avertissant le régime que s’il devait commencer à ouvrir le feu sur ses citoyens, « nous commencerons à tirer ». Et mardi, il a menacé de prendre des « mesures très sévères » si le régime devait se lancer dans des exécutions de civils. Et au moment même où j’écris ces lignes, les ayatollahs et leurs forces de sécurité font très exactement ce que le président leur a interdit de faire, ignorant allègrement les menaces – mais Trump n’a toujours pas réagi.
Il est indubitable qu’en Iran, le régime meurtrier doit prendre fin. Il se distingue par sa voracité à la fois idéologique et territoriale au nom d’une version mortifère de l’islam radical.
Il incite et il finance le terrorisme à travers le monde entier. Il a créé le Hezbollah pour tenter de détruire Israël depuis le nord du pays. Il a armé et financé le Hamas avec le même objectif d’anéantir Israël depuis sa frontière sud cette fois. Et il a presque atteint son but : se doter de l’arme nucléaire. Son arsenal de missiles balistiques était une menace existentielle pour Israël avant que la guerre de 12 jours n’éloigne quelque peu le danger, cet été – mais la république islamique a rapidement repris sa production par la suite. Elle a constamment cherché à étendre la portée de ses missiles afin de mettre l’Europe et, espère-t-elle, l’Amérique du Nord – à plus long-terme – à sa portée. Le régime est la principale force d’instabilité dans le monde. Et actuellement, il a retourné ses armes contre son propre peuple opprimé, appauvri et captif.
Le même régime n’a pourtant peut-être jamais été aussi vulnérable qu’aujourd’hui, dans un Moyen-Orient qui a connu des changements immenses, accélérés et soudains depuis la prise d’assaut, par le Hamas, du sud d’Israël, il y a 27 mois. L’État juif, pris au dépourvu le 7 octobre 2023, vit toujours dans une nouvelle réalité humiliante et traumatisante, même si le pays se relève et même s’il fait preuve d’une résilience tenace ; le Hezbollah a été radicalement affaibli d’une manière, au final, qui a été étonnamment simple ; Bachar al-Assad a été renversé quasiment du jour au lendemain… Mais se débarrasser des ayatollahs, même dans cette région en proie à des troubles, avec des Iraniens qui risquent littéralement leur vie pour défier leurs dirigeants, ce n’est pas chose facile, et ce n’est sûrement pas garanti.
Alors qu’il s’est montré particulièrement optimiste dans son dernier discours prononcé mardi soir à Detroit, Trump n’a consacré que quelques phrases, dans une très longue allocution, au sort de l’Iran et à sa capacité à l’influencer.
Passant en revue une liste d’interventions militaires à l’étranger, il a souligné que chacune d’entre elles s’était déroulée exactement comme prévu :
« Nous avons éliminé [le chef de l’État islamique Abu Bakr] al-Baghdadi [qui s’est suicidé lors d’un raid américain en 2019] : Parfait.
Nous avons éliminé [le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne Al-Quds, Qasam] Soleimani [tué lors d’une frappe américaine par drone en 2020] : Parfait.
Nous avons mené l’attaque à l’encontre de l’Iran (en bombardant trois installations nucléaires iraniennes, le 22 juin 2025, au dernier jour de la guerre entre Israël et l’Iran), et nous avons anéanti les capacités nucléaires, des capacités qui auraient été très néfastes. Il n’y aurait, de surcroît, pas eu de paix au Moyen-Orient : Parfait.
« Nous avons tout fait : parfait », a-t-il répété, avant d’ajouter : « Et je veux que ça continue ainsi ».
Et c’est là que réside le défi.
Au moment où j’écris ces lignes, Trump n’a pas indiqué comment il comptait apporter l’aide qu’il a promise à plusieurs reprises aux manifestants – une aide qui est « en route », a-t-il précisé. Il semble avoir mis de côté ses premières déclarations en faveur de la diplomatie, reconnaissant apparemment que même la volonté affichée par le régime de renoncer à sa demande de conserver son droit à enrichir de l’uranium n’était qu’un moyen de gagner du temps.
Est-il sur le point de déclarer la guerre au CGRI et aux Basij, qui comptent des centaines de milliers de membres ? Par définition, cela ne pourrait pas être « parfait ».
Va-t-il prendre pour cible les symboles du régime pour souligner son impuissance ? Va-t-il chercher à éliminer les hauts-responsables ? Va-t-il choisir de bombarder les infrastructures énergétiques, ce qui ne changera probablement pas la donne ? Va-t-il se concentrer sur le nouveau programme de missiles, même si cela pourrait ne pas suffire à dissuader le régime de poursuivre ses massacres ?
Comment trouvera-t-il un équilibre entre une intervention et la crainte que cette dernière ne déclenche un conflit long, un conflit qui serait susceptible d’impliquer Israël, qui se prépare actuellement à une attaque iranienne potentielle, même si elle est peu probable ?
Peut-on imaginer faire davantage pour contrer le black-out internet qui a été imposé par les ayatollahs et pour faire connaître plus clairement au public, dans le monde entier, la terrible réalité de ce que les tueurs envoyés par l’ayatollah Ali Khamenei sont en train de faire subir au peuple iranien ? La relative rareté des images du massacre contribue à l’indifférence, là aussi relative, d’une grande partie de la communauté internationale à son égard et, par extension, à l’indifférence des dirigeants politiques de la planète.
Une indifférence qui est bien sûr amplifiée par le fait qu’il s’agit de musulmans qui tuent des musulmans, sans colonialisme apparent, sans oppresseurs juifs présumés. Ainsi, un régime cruel qui massacre son propre peuple ne va pas entraîner de vastes mouvements de protestation sur les campus, seulement des manifestations mineures dans les centres-villes. Il n’y a pas d’appels passionnés de la part des acteurs hollywoodiens, peu d’urgence à l’ONU et, bien entendu, aucune reconnaissance, même tardive, du fait que l’Iran et ses proxies, qui s’efforcent d’anéantir Israël, pourraient bien être du mauvais côté de l’Histoire et de l’Humanité.
Ce n’est pas la guerre d’Israël – mais son issue sera d’un intérêt existentiel pour l’État juif. Ce dernier souhaite également ardemment établir des relations avec un Iran différent, dont une grande partie de la population n’a peut-être pas succombé à l’endoctrinement anti-israélien auquel se livre le régime depuis des décennies.
Ce régime iranien, ses proxies militaires et son corps de diabolisation sur le deuxième front – celui de la communication – ont œuvré sans relâche, dans toute leur ingéniosité perverse, à détruire Israël, à mobiliser l’opinion mondiale contre notre légitimité, à déformer les événements survenus le 7 octobre 2023 et leurs conséquences, et à nier le droit d’Israël à se défendre. Ils ont œuvré à prendre les Juifs pour cible ; à redéfinir le sionisme – non pas en tant que mouvement visant à faire revivre et à conserver vivante la patrie historique de la nation juive mais en tant que cause illégitime et terroriste.
Il s’agirait d’une justice poétique au goût doux-amer si le cycle des événements déclenché par la prise d’assaut du sud d’Israël ourdie par Yahya Sinwar, le 7 octobre 2023 – le pire massacre de notre peuple dans toute notre Histoire moderne, un massacre acclamé et rendu possible en grande partie par les ayatollahs et leurs alliés – ne devait pas se terminer par l’élimination anticipée d’Israël, mais bien par l’effondrement d’une république islamique ô combien malveillante. Amer, bien sûr, en raison de toutes les vies qui ont été perdues et détruites, de toute la douleur et de tout le chagrin ressentis, de l’immense dévastation.
Le peuple iranien mène, une fois de plus, un combat en faveur de sa libération d’un cauchemar qui dure depuis des décennies. Le président américain s’est ouvertement engagé en faveur de cette liberté et il leur a promis son aide. Et le monde attend, sachant que la dernière chose que souhaiterait Trump serait d’être perçu, comme cela avait été le cas d’Obama, comme un président qui aura manqué l’occasion d’aider à libérer l’Iran.
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