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La coalition, entre défiance et réconciliation après l’adoption de la première loi

Certains membres du bloc au pouvoir soulignent la nécessité d'un accord général, d'autres disent que le gouvernement doit faire avancer le reste du paquet ; l'opposition s'emporte

Les députés de la coalition lors du vote sur la loi duc"aractère raisonnable" au plénum de la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés de la coalition lors du vote sur la loi duc"aractère raisonnable" au plénum de la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres de la coalition radicale du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont salué l’adoption du premier texte de loi de son remaniement judiciaire lundi, mais les réactions ont également révélé une division interne entre ceux qui ont appelé avec défi à l’adoption des autres projets de loi du paquet de réformes dans les mois à venir et ceux qui ont adopté un ton plus conciliant et appelé à trouver des compromis avec l’opposition afin de guérir les fractures sociétales croissantes.

Alors que les réactions au vote (64-0) interdisant au pouvoir judiciaire d’utiliser le critère juridique du « caractère raisonnable » pour invalider les décisions du gouvernement affluaient, un groupe a annoncé qu’il avait déposé un recours auprès de la Haute Cour de justice en vue de révoquer la loi, ce qui laisse présager un affrontement majeur entre les branches du pouvoir dans les mois à venir.

Pendant ce temps, des manifestants anti-refonte ont bloqué la Route Begin devant la Knesset à Jérusalem, entraînant des affrontements intenses avec la police qui cherchait à dégager l’une des artistes principales de la capitale.

Le ministre de la Justice, Yariv Levin, l’un des principaux architectes de la réforme, est monté à la tribune de la plénière peu après l’adoption de la loi du « caractère raisonnable ».

« Nous entamons maintenant une longue pause. Je l’entame en sachant que nous avons adopté une loi importante, mais sans joie et avec un réel désir de rassembler tous les secteurs de la société, » a-t-il assuré alors qu’il n’aurait pas souhaité conclure un accord de compromis de dernière minute avec l’opposition.

« Il s’agit d’une responsabilité commune qui nous incombe à nous [la coalition] et aux membres de l’opposition », a poursuivi Levin. « Profitons de la pause pour parvenir à un accord. Ce n’est peut-être pas dans l’intérêt politique de chacun, mais c’est certainement l’intérêt national qui doit nous guider. »

Quelques heures plus tôt, Levin avait été vu en train de se disputer avec le ministre de la Défense Yoav Gallant, alors que ce dernier cherchait à convaincre Netanyahu d’approuver une version adoucie du projet de loi sur le « caractère raisonnable » ou de retarder le vote afin de laisser plus de temps pour des négociations avec l’opposition – des possibilités auxquelles Levin s’opposait de manière virulente.

Dans leurs réponses respectives à l’adoption de la loi de refonte, une poignée de députés du Likud ont insisté sur le fait que ce n’était que le début et qu’ils ne seraient pas dissuadés de présenter d’autres projets de loi de refonte, malgré les protestations massives et les mises en garde des alliés d’Israël à l’étranger. D’autres ont souligné que le dialogue avec les opposants au projet de loi était désormais nécessaire.

« Nous passons à autre chose – à la commission de sélection des juges », a déclaré le député Moshe Saada (Likud), faisant référence au prochain texte de loi que la coalition espère adopter et qui lui conférerait le contrôle de la nomination de presque tous les juges du pays.

« Nous avons commencé les réparations », a tweeté son collègue du Likud, Ariel Kallner. « Pour l’État d’Israël et pour tout le peuple d’Israël, y compris ceux qui s’opposent à nous. »

« Lorsque la poussière – soulevée par les pieds des manifestants – sera retombée, il sera clair pour nous tous que la démocratie en Israël est plus forte que jamais », a tweeté le ministre des Communication, Shlomo Karhi (Likud).

« Nous avons stoppé la dangereuse détérioration vers l’abîme d’un régime militaire dans un pays démocratique », a-t-il déclaré, faisant référence à la décision de la coalition de ne pas tenir compte des menaces de milliers de réservistes actifs qui ont averti qu’ils cesseraient de se présenter pour le service volontaire si la refonte était avancée.

« Nous réparons [le système judiciaire] avec responsabilité et détermination. Notre porte est ouverte, comme d’habitude, pour des discussions, mais sans intimidation et sans menaces. Nous sommes des frères », a ajouté Karhi.

Des manifestants brandissant un grand drapeau israélien lors d’une manifestation contre le gouvernement devant la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Un groupe important de législateurs de la coalition a pris un selfie après l’adoption de la loi, mais le député Boaz Bismuth (Likud) a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une célébration, compte tenu de la douleur ressentie par les membres de l’opposition.

« Aujourd’hui, les gens prennent un selfie pour tout. C’est comme dire bonjour. Il n’y a pas eu d’applaudissements après l’adoption de la loi », a-t-il déclaré à la chaîne publique israélienne Kan.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui dirige le parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, a salué ce qu’il a appelé « le début de la réparation du système judiciaire et le rétablissement de l’équilibre entre les autorités ».

Il a remercié les différents membres de la coalition qui ont mené cet effort et s’est engagé à « poursuivre la réparation de manière responsable ».

Un autre ministre d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, qui dirige le parti Otzma Yehudit, a célébré l’adoption de la loi comme une « bonne nouvelle pour Israël ».

« La loi que nous avons adoptée aujourd’hui est importante pour la démocratie, mais ce n’est qu’un début. Pour un État d’Israël plus juif et plus démocratique, nous devons adopter le reste du paquet de réformes, y compris la modification de la composition de la commission de sélection des juges et la modification des pouvoirs des conseillers juridiques », a-t-il ajouté, faisant référence à un projet de loi qui permettrait aux ministres de nommer – et de révoquer – leurs propres conseillers juridiques.

Au cours d’une interview accordée à Kan, Michal Woldiger (HaTzionout HaDatit), a appelé l’opposition à profiter des congés de la Knesset – qui commenceront le 30 juillet – pour parvenir à un compromis. « Discutons et résolvons ce problème ensemble », a-t-elle déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, assistant à une session au milieu d’une vague de protestations qui dure depuis des mois contre la refonte judiciaire prévue par le gouvernement, à la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)

Un autre membre de la faction, le député Zvi Sokot, a également insisté dans une interview à Kan sur le fait que la coalition ne célébrait pas les résultats du vote car « il y a ceux qui souffrent ». Toutefois, il a également affirmé que l’opposition était contrôlée par le mouvement de protestation et qu’elle refusait tout compromis.

Pendant ce temps, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a critiqué la coalition pour avoir prétendument abusé de ses pouvoirs dans un discours prononcé depuis la Knesset quelques minutes après l’adoption de la loi. L’ensemble de l’opposition a choisi de boycotter le vote en plénière en signe de protestation.

« Il s’agit d’une violation totale des règles du jeu », a déclaré Lapid. « Le gouvernement et la coalition sont autorisés à décider de la direction que prend le pays, mais ils ne peuvent pas annuler la nature du pays. »

Le chef de l’opposition a insisté sur le fait qu’il soutenait le mouvement de protestation contre la refonte, mais qu’il encourageait les réservistes militaires à attendre avant de mettre à exécution leur menace de ne pas se présenter au service.

« Ne cessez pas de servir, ne portez pas atteinte à l’état de préparation de Tsahal tant que nous ne savons pas quelle sera la décision », a déclaré Lapid en faisant référence à un recours auprès de la Haute Cour contre la loi du « caractère raisonnable », qu’il a dit vouloir déposer.

Lapid a également attaqué Netanyahu en le qualifiant de « faible », ajoutant qu’il était « devenu une marionnette contrôlée par des extrémistes et des messianistes ».

Des militants anti-refonte se heurtant à la police près de la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Alors que les membres de la coalition se réunissaient pour prendre un selfie de félicitations au moment du décompte des voix, il leur a demandé : « Qu’est-ce que vous célébrez ? »

« C’est un jour triste, un jour de destruction de notre maison, de haine inutile, et regardez la coalition qui fait la fête. Et je vous demande ce que vous célébrez. Le démantèlement de notre État juif ? Que des gens qui ont servi ensemble dans la réserve pendant 30 ans annulent leur service parce qu’ils savent que cela finira mal ? », a déclaré Lapid.

La cheffe du parti Avoda, Merav Michaeli, a déclaré dans un communiqué : « Voilà à quoi ressemble une victoire qui n’est qu’une défaite. Une défaite retentissante. »

« Netanyahu sait qu’il est désormais un paria aux yeux de l’ensemble du monde occidental, un paria aux yeux non seulement des manifestants, mais aussi de beaucoup de ceux qui ont voté pour lui », a-t-elle poursuivi. « Netanyahu et ses partenaires ont perdu aujourd’hui. Il leur faudra encore du temps pour atterrir, mais c’est le début de leur chute. Le combat ne sera pas de courte durée, et nous aurons besoin de beaucoup de patience, de détermination et de foi en nous-mêmes et en notre vérité, et nous gagnerons. »

Dans son recours déposé auprès de la Haute Cour, l’ONG Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël (MQG) a fait valoir que la loi adoptée lundi « est inconstitutionnelle parce qu’elle modifie fondamentalement la structure de base de la démocratie parlementaire israélienne et la nature du régime, tout en abolissant de facto le pouvoir judiciaire et en endommageant gravement le tissu délicat de la séparation des pouvoirs et le système des freins et contrepoids dans l’État d’Israël ».

MQG a également affirmé que le processus législatif était défectueux car la commission parlementaire contrôlée par la coalition n’a pas disposé de suffisamment de temps pour se prononcer correctement sur le texte de loi.

Les forces de police extirpant un manifestant qui bloque l’entrée de la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2023. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

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