La coalition secouée par la décision prise par Liberman contre les ‘haredim
Rechercher
Analyse

La coalition secouée par la décision prise par Liberman contre les ‘haredim

Les coupures dans les allocations versées pour garde d'enfants ont indigné les ultra-orthodoxes et leurs partis jurent de se venger

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le chef du parti YIsrael Beytenu,   Avigdor Liberman, lors d'une conférence de la Treizième chaîne à Jérusalem, le 3 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti YIsrael Beytenu, Avigdor Liberman, lors d'une conférence de la Treizième chaîne à Jérusalem, le 3 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’initiative prise par le ministre de la Défense Avigdor Liberman de couper les allocations versées aux ultra-orthodoxes pour les frais de garde des enfants préoccupe certains de ses partenaires de coalition – qui s’inquiètent de ce que cette décision ne vienne torpiller tous les progrès effectués par l’alliance disparate au pouvoir.

La décision prise par Liberman de prendre pour cible les ‘haredim et de les toucher là où c’est le plus douloureux pour eux, trois semaines seulement après la formation du gouvernement et alors que ce dernier doit affronter des tensions continues concernant l’adoption de législations, a contrarié de nombreux membres de la coalition.

Un éminent ministre a ainsi indiqué jeudi à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israël : « Je ne comprends pas Liberman. Nous avions promis de ne pas nous en prendre aux ultra-orthodoxes. Bennett et Lapid l’avaient déclaré de manière répétée. Mais que fait-il donc ? Il détruit tout, même la possibilité que les ‘haredim puissent intégrer un jour la coalition ».

« Aujourd’hui, ça paraît loin », a ajouté le ministre, « mais si le budget passe et si le gouvernement se stabilise, alors il sera possible de parler un jour aux ultra-orthodoxes. »

La coalition actuelle rassemble huit partis de droite, de gauche, du centre et une formation islamiste qui ne détiennent qu’une majorité étroite au parlement israélien.

Un grand nombre de membres de l’alliance avaient espéré que les partis ultra-orthodoxes, qui s’appuient sur les importantes allocations versées à leurs communautés, pourraient être tentées de rejoindre la coalition pour garantir leur accès aux fonds publics.

Mais, mercredi, Liberman a annoncé qu’à partir de la prochaine rentrée scolaire, les étudiants en yeshiva qui ne travaillent pas ne seront plus éligibles aux allocations octroyées pour faire garder les enfants en bas âge, jusqu’à l’âge de trois ans. Cette décision a entraîné une vive indignation et la colère dans la communauté ultra-orthodoxe – une colère toute dirigée vers le chef du parti laïc Yisrael Beytenu.

La décision prise par Liberman frappera de plein fouet 20 000 familles ultra-orthodoxes. Les ultra-orthodoxes affirment que cette initiative coûtera finalement plus cher à l’État.

Photo d’illustration : des étudiants dans une yeshiva de Jérusalem, le 16 août 2018. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Si les femmes ‘haredi qui travaillent à la place de leurs époux – lorsque ces derniers étudient dans les yeshivot – sont dorénavant obligées de rester chez elles et de s’occuper des petits enfants, l’État devra soutenir ces familles en leur versant des indemnités chômage plus élevées que ne le sont les allocations, affirment-ils.

Les proches de Liberman, de leur côté, disent qu’il se bat contre l’économie résultant du marché noir et qu’un grand-nombre d’ultra-orthodoxes travaillent dans les faits, mais sans néanmoins être déclarés, et qu’il n’étudient pas à plein-temps dans les yeshivas. De plus, notent-il, les hommes peuvent aussi apporter leur aide à la garde des enfants.

Mais les réactions ont été brutales.

« Le gouvernement de Bennett et de Liberman affame les enfants d’Israël », peut-on lire sur des prospectus qui ont été distribués par le parti Shas. Le journal orthodoxe Hamodia, proche de Yaakov Litzman, député de Yahadout HaTorah, a qualifié Liberman, en première page, de « ministre des Finances du gouvernement de la malice et de la destruction ».

En Une du journal Hamashber du législateur de Yahadout HaTorah Meir Porush, un gros titre en rouge qui dit que « la campagne menée par le ministre des Finances contre le public ultra-orthodoxe continue ». Un autre journal ‘haredi, Shaharit, évoque les décrets « haineux » de Liberman.

Certaines caricatures sont encore plus provocantes. Dans l’une d’elles, parue dans le journal Yated Neeman , Liberman apparaît emmenant des nouveaux-nés ultra-orthodoxes dans une brouette vers une décharge – une référence à des propos tenus dans le passé par le chef de Yisrael Beytenu – tandis que Bennett le regarde, disant « je protégerai le gouvernement de toute nuisance contre les ultra-orthodoxes ».

Sur un autre dessin, Liberman apparaît ôtant une tranche de pain de la bouche d’un enfant ultra-orthodoxe affamé et un article déclare : « Agresseur d’enfant, le moldave Liberman récidive ». Liberman a été condamné, dans le passé, pour s’en être pris violemment à un enfant de 12 ans qui avait frappé son fils, en 1999.

Les ultra-orthodoxes vont dorénavant chercher à se venger – et notamment en prenant pour cible les alliés de Liberman.

Jeudi, Porush, Litzman et le leader de Yahaout HaTorah, Moshe Gafni, ont promis de faire en sorte que le maire de Jérusalem, Moshe Lion, ne sera pas réélu à la fin de son mandat, dans deux ans et demi – l’homme étant un proche de Liberman. Lion n’aurait jamais été élu sans le soutien des ‘haredim qui, aujourd’hui, ont juré de le remplacer par un nouveau candidat.

Liberman, pour sa part, travaille pour lui. Ses électeurs soutiennent cette dernière initiative ; cela fait longtemps qu’il fait campagne pour une distribution plus équitable de la charge en Israël et il a juré de tenter d’obtenir des ultra-orthodoxes qu’ils paient des impôts et qu’ils fassent leur service militaire dans l’armée.

Mais le gouvernement et la coalition vont en payer le prix. Les ultra-orthodoxes se sont révélés être, au cours des dernières semaines, la force d’opposition la plus déterminée à la Knesset et Liberman leur donne aujourd’hui plus d’énergie alors que des batailles politiques vont prochainement devoir être menées au parlement.

Selon des sources politiques, l’annonce faite par Liberman n’a pas réjoui le Premier ministre Naftali Bennett et il est difficile de dire si l’initiative prise par le ministre des Finances a été coordonnée entre les deux hommes. La cheffe de la coalition Idit Silman, députée de Yamina, a condamné la décision. Les proches de Liberman disent que ce dernier ne fait que suivre un plan qui a été mis en place par les instances du ministère des Finances, et que Bennett le savait.

Le Premier ministre Naftali Bennett dirige la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 4 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les critiques sont aussi venues de l’aile gauche de la coalition. Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz (Meretz) et Emily Moati et Naama Lazimi (parti Travailliste) ainsi que Gaby Lasky (Meretz) ont attaqué la décision prise par Liberman.

Le député du Meretz, Mossi Ratz, a déclaré à Zman Yisraël que « Liberman encourage les ultra-orthodoxes à aller travailler et c’est une bonne chose – mais vous ne pouvez pas couper tous les soutiens qui leur sont apportés de cette manière et toucher ainsi les enfants ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...