La conquête planétaire d’Homo sapiens : une affaire de climat
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La conquête planétaire d’Homo sapiens : une affaire de climat

Pour comprendre les migrations qui ont conduit l'Homo Sapiens hors d'Afrique, des scientifiques ont reconstitué l'histoire des variations paléoclimatiques sur 300.000 ans

Photo d'illustration : Des homo sapiens (Capture d'écran : YouTube)
Photo d'illustration : Des homo sapiens (Capture d'écran : YouTube)

Avant sa grande expansion mondiale hors d’Afrique, il y a environ 65.000 ans, Homo sapiens s’est aventuré à plusieurs reprises en Eurasie, guidé principalement par les variations climatiques qu’une étude parue mardi permet de retracer.

La théorie « Out of Africa », selon laquelle nos premiers ancêtres humains modernes sont apparus en Afrique il y a 300.000 ans, et l’ont quittée pour coloniser les continents voisins, fait globalement consensus.

La grande majorité des données archéologiques et génétiques plaident en faveur d’une migration massive il y a entre 70.000 et 60.000 ans, initiant l’expansion d’Homo sapiens à travers la planète, d’où les autres espèces d’humains, comme Néandertal, ont fini par disparaître.

Des traces bien plus anciennes de ces premiers humains en dehors d’Afrique ont néanmoins été découvertes : en Arabie Saoudite (datant de 85.000 ans), en Israël (au moins 100.000 ans) ou en Grèce (210.000 ans), rappelle l’étude publiée dans Nature Communications.

Simulations climatiques

Ces indices suggèrent une dispersion d’Homo sapiens hors d’Afrique non pas lors d’un unique périple, mais par vagues successives, sur quelques centaines de milliers d’années. C’est durant ces excursions que les gènes de notre espèce se sont croisés avec d’autres, notamment les Néandertaliens peuplant alors l’Europe.

Mais difficile de savoir quand ces anciennes vagues de migrations ont eu lieu, pourquoi et par quelles routes, tant le registre fossile et les traces d’ADN sont ténus.

Pour combler ce manque, des scientifiques ont reconstitué l’histoire des variations paléoclimatiques sur une échelle de 300.000 ans, à l’aide des derniers modèles de simulation climatique haute résolution.

Jusqu’à récemment, ces modèles ne remontaient que jusqu’à 125.000 ans, selon l’étude menée par Andrea Manica (département de zoologie de l’Université de Cambridge) et Robert Meyer (Institut de recherche sur le climat de Potsdam).

Ils ont combiné ces données avec des estimations de la quantité minimale de pluie requise par ces hommes, des chasseurs-cueilleurs, pour survivre à des changements climatiques extrêmes : un seuil de 90 millimètres de précipitations par an, en dessous duquel aucune trace humaine n’a été enregistrée, et qui est proche de celui des zones désertiques.

Leurs résultats permettent d’évaluer les fenêtres d’expansion, où Homo sapiens a mis à profit des conditions météorologiques clémentes pour quitter son berceau africain, à des dizaines de milliers d’années intervalles.

Des fragments de crâne et de mâchoire, que les scientifiques de l’Université de Tel Aviv ont identifié comme le « type Nesher Ramla Homo… un nouveau type d’homme préhistorique ». (Crédit : Ariel Pokhojaev, Faculté de médecine Sackler, Université de Tel Aviv via AP)

Deux chemins s’offraient à lui pour gagner la péninsule arabique : par le nord de la mer Rouge (via l’Égypte actuelle puis le Sinaï), ou par le sud, via le détroit de Bal el-Mandeb séparant aujourd’hui Djibouti et le Yémen.

La voie du nord s’est ouverte par intermittence, notamment avant la première période interglaciaire, entre -246.000 et -200.000 ans. Les conditions climatiques l’ont rendue ensuite trop aride pour une occupation humaine durable. Elle s’est rouverte de -130.000 ans à -96.000 ans, avant de se refermer à nouveau…

Les opportunités de traverser la mer Rouge par le sud auraient été plus nombreuses – mais en partant du postulat qu’une traversée maritime était faisable. L’étude décrit notamment trois longues périodes combinant climat suffisamment humide et niveau de la mer relativement bas, dont la première se situe entre 275.000 et 242.000 ans. A contrario, de -135.000 à -115.000 ans, le niveau des mers était particulièrement élevé, rendant peu probable une traversée… tandis que par l’Égypte, une fenêtre s’ouvrait à nouveau.

Ces scénarios, soulignent les chercheurs, sont « entièrement compatibles » avec les données archéologiques existantes, de même qu’avec « les datations du croisement génétique entre Sapiens et Néandertal, entre -250.000 et -130.000 ans ».

Ils concluent que les incursions trop intermittentes d’humains d’Afrique, et la concurrence possible avec d’autres groupes d’hominidés, ont peut-être empêché Homo sapiens de s’installer définitivement en Eurasie à l’époque.

En revanche, la période située entre -65.000 ans et -30.000 ans a bénéficié de conditions climatiques particulièrement favorables, avec un détroit de Bal el-Mandeb alors large de seulement 4 km. Un terrain idéal pour qu’Homo sapiens s’aventure pour de bon hors de l’Afrique et colonise la planète.

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