La controverse entre Trump et l’Ukraine expliquée
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Analyse

La controverse entre Trump et l’Ukraine expliquée

Alors qu'une procédure de destitution a été émise, voici les accusations, les acteurs juifs et les enjeux des dernières allégations à l'encontre du président américain

Ron Kampeas
Le président américain Donald Trump va prendre la parole devant la 74e session de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU, le 24 septembre 2019. (AP Photo/Mary Altaffer)
Le président américain Donald Trump va prendre la parole devant la 74e session de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU, le 24 septembre 2019. (AP Photo/Mary Altaffer)

JTA – Il y a une semaine, la destitution n’était pas à l’ordre du jour.

L’intérêt pour le rapport spécial de Robert Mueller sur l’ingérence de la Russie dans les élections s’est dissipé, et le témoignage de M. Mueller devant le Congrès en juillet n’a pas vraiment fait progresser cette histoire.

Le président américain Donald Trump semble être sorti indemne de la controverse.

Puis, au cours de la semaine dernière, des informations ont fait état d’un appel téléphonique du président, d’un lanceur d’alerte de la communauté du renseignement et d’une allégation selon laquelle Trump aurait extorqué un allié américain pour des gains politiques. L’accusation a relancé les appels des démocrates à la destitution du chef de l’État américain.

Même la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui hésitait jusqu’à présent à initier une telle procédure, a averti que le nouveau scandale avait conduit à « un nouveau chapitre grave d’anarchie qui nous mènera à une toute nouvelle étape d’enquête ».

Voici un aperçu des accusations, des protagonistes juifs et des possibles enjeux.

L’appel téléphonique

Plusieurs rebondissements sont susceptibles de se produire dans cette histoire, mais voici ce que nous savons.

Selon certaines informations, un lanceur d’alerte anonyme du monde du renseignement a déposé une requête au sujet de Trump en août dernier auprès de l’inspecteur général du renseignement, Michael Atkinson. Ce dernier a jugé la plainte « crédible et urgente », ce qui, selon la loi, nécessitait d’en informer le Congrès – mais le directeur intérimaire du renseignement national, Joseph Maguire, a refusé.

D’autres informations ultérieures ont alors indiqué que la plainte concernait un appel téléphonique du 25 juillet – le lendemain du témoignage de M. Mueller devant le Congrès – au cours duquel M. Trump aurait fait pression sur le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour qu’il enquête sur Joe Biden, ancien vice-président des États-Unis, et son fils Hunter autour de liens présumés avec une entreprise énergétique corrompue. Joe Biden est actuellement en tête des sondages chez les démocrates souhaitant prendre la place de Trump l’année prochaine.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky prête serment sur la Bible et la constitution pendant la cérémonie d’investiture,à Kiev, le 20 mai 2019. (Crédit : Genya SAVILOV / AFP)

L’avocat personnel du président, Rudy Giuliani, presse ouvertement l’Ukraine d’enquêter sur les Biden depuis des mois, avec l’aide du département d’État. En 2015, à peu près au même moment où Hunter Biden siégeait au conseil d’administration de la société ukrainienne, le principal procureur local, Viktor Shokin, a été destitué.

Au sein de l’administration Obama, c’est Biden père qui aurait pris l’initiative de demander le renvoi du procureur, mais rien ne prouve qu’il ait agi au nom de son fils ou que le départ du procureur ait profité au jeune Biden. Trump et Giuliani affirment que l’incident respire la corruption.

Trump a reconnu qu’il avait soulevé la question des Biden et de la corruption lors de son appel à Zelensky.

Autre élément important du contexte derrière ce coup de fil : le président américain a retardé pendant plusieurs semaines le transfert de centaines de millions de dollars d’aide pour la défense de l’Ukraine, lequel avait été approuvé par le Congrès avec le soutien des républicains et des démocrates pour aider le pays à se protéger de l’empiétement russe.

Lundi, devant l’Assemblée générale des Nations unies, M. Trump a déclaré qu’il était légitime d’utiliser les aides pour faire pression sur un pays afin de combattre la corruption.

« Si vous ne parlez pas de corruption, pourquoi donneriez-vous de l’argent à un pays que vous pensez corrompu ? » Trump a nié, cependant, retenir l’aide pour faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle enquête sur les Biden.

Le vice-président de l’époque, Joe Biden, (à gauche), avec son fils Hunter, (à droite), lors d’un match de basketball universitaire, le 30 janvier 2010, à Washington. (AP Photo/Nick Wass)

C’est ce qui fait que Pelosi a entamé une procédure formelle de destitution, ce à quoi elle résistait depuis longtemps par crainte d’un retour de bâton politique.

Les Juifs clés : le président ukrainien et les membres du Congrès américain

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky

Au cœur du scandale se trouve la relation entre Trump et Zelensky, le jeune président ukrainien juif élu en mai. Ce dernier marche sur une corde raide entre tenir tête à la Russie, cultiver des amitiés avec l’Occident et discuter de son identité dans un pays au passé antisémite.

L’ancien comédien de 41 ans est une personnalité populaire – l’appel du 25 juillet de Trump visait à le féliciter pour la victoire écrasante de son parti dans les élections législatives. Les Ukrainiens attendent de Zelensky et de son groupe de jeunes réformateurs qu’ils bâtissent un gouvernement stable après des années de corruption politique généralisée.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky se prend un selfie au premier congrès de son parti appelé Serviteur du peuple dans le Jardin botanique municipal, Kiev, Ukraine, le 9 Juin 2019. (AP Photo/Zoya Shu)

Sa judéité vient s’ajouter aux défis de Zelensky. Il s’abstient de répudier le passé antisémite de l’Ukraine et de ce que beaucoup considèrent comme son antisémitisme persistant. Avant son élection, par exemple, un expert influent a déclaré que le président de l’Ukraine devait être chrétien. Il évite de trop insister sur son identité, plaisantant en disant que « le fait que je suis juif n’est qu’en 20e place de ma longue liste de défauts ».

Même avant l’histoire de Biden, Trump n’était pas enclin à aider l’Ukraine, ne voulant pas s’aliéner le président russe Vladimir Poutine, qu’il considère comme son allié le plus naturel. Mais le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a rencontré Zelensky plus tôt ce mois-ci et déclaré lundi que Zelensky lui avait dit « directement » au cours de cette réunion qu’il croyait que Trump retenait des fonds en raison de l’absence d’enquête sur les Biden.

Les accusateurs potentiels : les élus du Congrès Adam Schiff, Jerry Nadler et Eliot Engel

Ces démocrates président des commissions de la Chambre qui seraient en première ligne dans les procédures de destitution : Adam Schiff est à la tête de la commission du renseignement, Jerry Nadler de la magistrature et Eliot Engel dirige les affaires étrangères.

M. Schiff, qui s’était également montré réticent à toute procédure de destitution, semble maintenant prêt à se battre.

« Ce serait la violation la plus profonde du serment présidentiel, assurément de cette présidence, ce qui en dit long, mais peut-être de toute autre présidence », a-t-il déclaré à CNN ce week-end.

Le président du House Intelligence Committee Adam Schiff, un démocrate californien, prend la parole lors d’une audience au Capitole à Washington, le 24 juillet 2019. (AP Photo/Susan Walsh, File)

Jerry Nadler aurait penché en faveur de la destitution avant que la nouvelle Ukraine-Biden n’éclate et était contrarié par la résistance de Pelosi. Le fait que ses enquêtes sur Trump ont parfois semblé trébucher n’a pas aidé l’élu du Congrès. En plus de l’audience Mueller qui est tombée à plat, Corey Lewandowski, l’un des principaux conseillers externes de Trump, s’est moqué et a défié la commission Nadler lors d’une audience la semaine dernière au sujet des allégations d’obstruction à la justice.

Lundi, M. Engel, M. Schiff et Elijah Cummings, président de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, ont adressé une lettre au secrétaire d’État américain Mike Pompeo pour lui demander des informations sur l’ampleur de l’aide fournie à M. Giuliani par le département d’État concernant les Biden.

« Si les informations de la presse sont exactes, un tel usage corrompu du pouvoir présidentiel dans l’intérêt politique personnel du président – et non dans celui du pays – constitue une trahison du serment présidentiel et doit faire l’objet d’une vérification », peut-on lire dans la lettre.

Les nouveaux élus

Les démocrates juifs sont très nombreux parmi les nouveaux venus ayant remporté des circonscriptions clés lors des élections de 2018, le groupe même qui se méfiait d’une destitution jusqu’à présent.

Lundi soir a marqué un tournant symbolique : sept de ces nouveaux élus, tous issus de la communauté de la sécurité nationale, ont déclaré dans un éditorial du Washington Post que Trump avait franchi une ligne rouge et qu’ils étaient prêts à envisager la destitution. Deux sont juifs – Elaine Luria de Virginie, une ancienne commandante de la Marine, et Elissa Slotkin du Michigan, une ancienne agente de la CIA.

« Il est clair pour moi qu’il a trahi la confiance du public et qu’il a abandonné ses obligations envers la Constitution en élevant ses propres intérêts au-dessus de l’intérêt national », a ainsi dénoncé Elaine Luria dans un autre communiqué. « Les allégations d’inconduite grave atteignent le seuil des crimes et délits graves fixé par la Constitution. »

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