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La Cour n’annule pas la construction d’un ascenseur au Tombeau des Patriarches

Les juges ont estimé qu'il était primordial de rendre le sanctuaire d'Hébron accessible aux handicapés moteurs et ont rejeté les arguments de la municipalité

Des Palestiniens prient pour la prière du vendredi au cours d'une manifestation contre la construction de structures qui permettront aux personnes en situation de handicap de se rendre sur le Tombeau des Patriarches à Hébron, en Cisjordanie, le 13 août 2021. (Crédit : AP/Majdi Mohammed)
Des Palestiniens prient pour la prière du vendredi au cours d'une manifestation contre la construction de structures qui permettront aux personnes en situation de handicap de se rendre sur le Tombeau des Patriarches à Hébron, en Cisjordanie, le 13 août 2021. (Crédit : AP/Majdi Mohammed)

Dans une décision rendue jeudi, la Cour suprême israélienne a rejeté une requête de la municipalité d’Hébron contre un projet plébiscité par des résidents juifs qui vise à rendre le Tombeau des Patriarches d’Hébron accessible en fauteuil roulant.

Gérée par les Palestiniens, la municipalité soutenait que le projet était motivé par des raisons politiques, qu’il portait atteinte à l’esthétique du lieu saint et qu’il existait d’autres solutions plus appropriées et moins dommageables.

Le site, sacré à la fois pour les Juifs et les musulmans, n’est accessible que par son escalier emblématique. Le projet, à hauteur de 1,4 million de dollars, comprend la mise en place d’un ascenseur, un chemin pour atteindre l’entrée depuis le parking et un pont reliant l’ascenseur à l’entrée.

La décision permettra aux résidents juifs de la ville sous tension permanente de poursuivre la construction du projet qui a commencé en août, après des années de planification et d’attente des autorisations nécessaires de la part du gouvernement israélien. Selon le ministère de la Défense, les travaux devraient durer six mois.

La municipalité d’Hébron et le Waqf, qui supervise les lieux saints musulmans dans les territoires palestiniens, se sont opposés à ce qu’ils ont décrit comme une expropriation de terres palestiniennes.

Pour réaliser le projet, Israël a dû prendre le contrôle total du sanctuaire et des terres qui l’entourent, dont une partie était sous contrôle palestinien : les accords de Wye River de 1996 avaient placé la municipalité palestinienne de la ville du sud de la Cisjordanie sous contrôle du Waqf, en charge de la partie sud-est du site.

Le Tombeau des Patriarches à Hébron, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

L’Autorité palestinienne s’est aussi opposée au projet, le qualifiant de tentative de « judaïsation » de la ville et demandant à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture d’intervenir. L’appel a également soutenu que la structure moderne de la cage d’ascenseur envisagée pour le projet ne correspondait pas esthétiquement à la ville ancienne.

La municipalité d’Hébron a proposé plusieurs conceptions alternatives mais les juges les ont rejetées, pour diverses raisons, notamment pour des raisons de sécurité.

“La question n’est pas de savoir s’il y a de la place pour de tels travaux d’accessibilité, mais de savoir pourquoi cela n’a pas été fait jusqu’à présent », ont fait valoir les juges, en maintenant que l’importance de rendre le lieu saint accessible à tous l’emportait sur nombre d’autres préoccupations.

Cette décision est intervenue quelques jours après le tollé provoqué par le manque d’accessibilité pour les personnes handicapées lors du sommet sur le climat COP26 à Glasgow. Ce manque a empêché la ministre israélienne de l’Énergie Karin Elharrar d’entrer en fauteuil roulant.

Les juges ont noté qu’alors que les autorités israéliennes avaient cherché à travailler avec la municipalité palestinienne afin d’avancer ensemble, cette dernière a ignoré les efforts, ne laissant aux Juifs un autre choix que de s’y atteler seuls.

« Nous n’avons pas perdu de vue la sensibilité ainsi que les complexités politiques et religieuses associées au complexe du Tombeau des Patriarches. Cependant, même les appelants ont reconnu la nécessité de rendre le site accessible [en fauteuil roulant]. Il est donc regrettable que cette question humanitaire soit également devenue une question politique et une source de controverse », ont écrit les juges.

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