La Cour Suprême maintient la démolition d’Amona avant fin 2016
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La Cour Suprême maintient la démolition d’Amona avant fin 2016

Les résidents d’Amona menacent de faire entrave à l’évacuation ; Herzog parle de "virus" ; Bennett affirme qu'il s'agit de la "seule loi réaliste" ; Lapid critique les partisans du projet

La Cour suprême a rejeté lundi la demande du gouvernement de repousser la date butoir pour le démantèlement d’Amona et a maintenu au 25 décembre au plus tard l’échéance pour détruire cet avant-poste emblématique de Cisjordanie.

« L’évacuation doit avoir lieu avant le 25 décembre. Le tribunal rejette le report demandé par l’Etat », annonce la Cour suprême dans son arrêt.

Les résidents de l’implantation d’Amona se sont adressés au Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’implorant de sauver leur avant-poste de la desctruction. Le cas échéant, ils agiront « comme un mur » pour interrompre l’évacuation.

« Nous sommes 40 familles, 200 enfants, et nous nous adressons à Netanyahu, nous avons vécu dans vos mains, et par vos mains. Sauvez Amona de la destruction », déclare Avichai Boaron.

Lors de leur conférence de presse, les résidents réagissent à la décision de la Cour Suprême. Il a été décidé de refuser la requête de l’État qui souhaitait repousser l’évacuation.

« Si vous remplissez cette mission, nous nous lèverons et vous saluerons. Si vous nous trahissez, nous nous posterons en mur, ensemble, avec tous nos partisans du pays entier, qui se joindront à nous pour protester face à cette évacuation », annonce Boaron.

Isaac Herzog, chef de l’opposition, a déclaré qu’un projet de loi controversé reconnaissant les avant-postes israéliens en Cisjordanie était équivalent à la légitimation du vol, et a semblé se référer aux avant-postes, ou à l’entreprise d’implantation en général, comme à un « virus » qui met en danger la démocratie israélienne.

La déclaration d’Herzog était la dernière d’une série de condamnations du projet de loi, qui vise à empêcher le démantèlement de l’avant-poste d’Amona, ordonné par la Cour suprême, et d’autres implantations illégales, depuis qu’une commission ministérielle lui a donné son feu vert dimanche.

Isaac Herzog, chef de l'Union sioniste et de l'opposition, pendant une réunion sur le renforcement de la périphérie à la Knesset, le 13 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Isaac Herzog, chef de l’Union sioniste et de l’opposition, pendant une réunion sur le renforcement de la périphérie à la Knesset, le 13 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Son utilisation du terme « virus » a cependant suscité la colère dans un pays sensible à l’utilisation de termes médicaux pour désigner les autres, en raison de la propagande nazie sur les juifs.

« Je comprends le chagrin des familles, (mais) vous aviez deux ans pour évacuer. Regardez ce que ce virus fait à Israël et à quel point il est dangereux pour notre démocratie », a déclaré à la radio militaire Herzog, qui dirige l’Union sioniste.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé sur Twitter son choc devant le choix du terme utilisé et a appelé le dirigeant travailliste à s’excuser.

« Je ne peux pas croire que Herzog ait utilisé le terme ‘virus’ en relation avec les habitants des implantations. Ils sont la chair de notre chair, servent dans l’armée, contribuent au pays. Bouji, excuse toi immédiatement », a écrit Netanyahu, en utilisant le surnom de Herzog.

Herzog a déclaré que sa comparaison virale n’était pas dirigée envers les habitants des implantations, mais envers le projet de loi lui-même.

« Non Bibi, cette fois cela ne marchera pas. Le projet de loi d’Amona est le virus. Un virus dangereux pour la cour et la démocratie. Les habitants des implantations sont nos frères et je m’occuperais d’eux plus que tu ne leur mens », a rétorqué le chef de l’opposition.

Herzog a fustigé le projet de loi sur les avant-postes, qui a été déclaré indéfendable par le procureur général, Avichai Mandelblit, qui a précisé que c’était sans précédent.

Avichai Mandelblit, procureur général, à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Avichai Mandelblit, procureur général, à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/Pool)

« C’est une tâche très sérieuse sur le livre de la loi israélienne, parce que c’est une loi qui approuve le vol et le vol aggravé », a déclaré Herzog. Il faisait référence aux terrains palestiniens privés que l’Etat pourrait, dans le cadre de ce projet de loi, s’approprier en échange d’un dédommagement financier aux propriétaires.

Le projet de loi n’est pas encore une loi, mais le soutien de la commission des Lois, obtenu dimanche, signifie qu’il est en passe de devenir un projet de loi parrainé par le gouvernement, un statut qui oblige les députés de la coalition à le voter.

La législation, proposée par le parti nationaliste religieux HaBayit HaYehudi, est conçue pour contourner la démolition ordonnée par la Cour suprême d’Amona. Il a déjà été jugé inconstitutionnel, et probablement contraire au droit international, par Mandelblit, qui a déclaré au gouvernement qu’il n’aurait pas de base légale pour le défendre devant la Haute cour de justice, qui sera probablement saisie.

Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi et ministre de l’Education, a pour sa part fustigé les ONG de la « gauche radicale » qui, selon lui, tentent de réussir par la voie judiciaire ce qu’elles ne peuvent pas faire au gouvernement, en raison de leur faible soutien populaire. Les tentatives d’association comme La Paix Maintenant d’imposer des changements politiques par le système judiciaire ne sont « pas légitimes », a-t-il déclaré.

Le projet de loi de régulation, qui reconnait certaines constructions non autorisés en Cisjordanie, est la « seule loi réaliste » pour combattre cette tendance, a-t-il dit.

« Nous les avons envoyés là-bas, et nous ne les abandonnerons pas », a-t-il déclaré en parlant des habitants d’Amona.

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, députée du Likud. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, députée du Likud. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

En mai 2012, Miri Regev, alors députée, s’était excusée pour avoir dit que les demandeurs d’asile soudanais en Israël était « un cancer dans notre corps » pendant un discours.

Regev, membre du Likud, avait dit que sa déclaration avait été mal interprétée après avoir été critiquée pour cette remarque, que certains ont trouvé similaire aux types d’accusations faites sur les juifs pendant l’Holocauste.

Elle a expliqué qu’elle parlait du phénomène de migration illégale, et pas des migrants eux-mêmes.

Dimanche soir, Herzog a mené un groupe de politiques et autres qui ont fustigé le projet de loi pour Amona, poussé par Nafatli Bennett et la ministre de la Justice Ayelet Shaked, membre du même parti, contre l’avis de Netanyahu.

« Ceux qui ont voté pour Netanyahu ont eu Bennett à la place, et plutôt que la direction d’un gouvernement, tout ce que nous voyons est un Premier ministre qui travaille à protéger ses propres intérêts et s’engage dans des campagnes (médiatiques) contre ses détracteurs », a déclaré Herzog.

Lundi, Yair Lapid, le dirigeant du parti centriste Yesh Atid, a déclaré que les députés de droite qui soutenaient le projet de loi pour préserver Amona savaient qu’il n’avait aucune chance d’être appliqué.

Le chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid lors de la conférence de presse avec la presse étrangère à Jérusalem, le lundi 25 janvier 2016. (Crédit : capture d'écran)
Le chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid lors de la conférence de presse avec la presse étrangère à Jérusalem, le lundi 25 janvier 2016. (Crédit : capture d’écran)

« Ce n’est pas une vraie loi. Ceux qui ont voté pour ça savent qu’il n’empêchera pas l’évacuation. Ceux qui ont voté pour ce projet de loi savent qu’il sera annulé (par la Haute cour). C’est ce qu’ils veulent. Ils veulent qu’il soit annulé. Parce qu’à ce moment, ils pourront se plaindre de la Cour suprême au lieu de faire leur travail. »

En 2014, la Haute cour de justice avait jugé que l’avant-poste d’Amona, situé à plusieurs kilomètres à l’est de Ramallah, avait été construit sur des terrains palestiniens privés, et devait être démolie avant le 25 décembre de cette année. La décision suivait une décennie de reports et d’appels de l’Etat, des Palestiniens d’un village voisin et des habitants d’Amona.

L’évacuation imminente pourrait menacer de déstabiliser le gouvernement très à droite de Netanyahu, qui repose largement sur la droite pro-implantations.

Marissa Newman et l’AFP ont contribué à cet article.

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