La décision de report du vote palestinien, un « coup d’État » d’Abbas – Hamas
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La décision de report du vote palestinien, un « coup d’État » d’Abbas – Hamas

Le président de l'AP a reporté les premières élections nationales palestiniennes en 15 ans, blâmant Israël ; le leader craindrait de perdre, selon ses critiques

Le président de l'Autorité palestinienne  Mahmoud Abbas annonce le report des élections palestiniennes à une date indéterminée, le 29 avril 2021. (Crédit : WAFA/Tha'ir Ghanayem)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas annonce le report des élections palestiniennes à une date indéterminée, le 29 avril 2021. (Crédit : WAFA/Tha'ir Ghanayem)

Le groupe terroriste palestinien du Hamas a fustigé, jeudi soir, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui a décidé de reporter des élections très attendues, qualifiant cette décision de « coup d’État ».

« C’est un coup d’État contre le partenariat et contre le consensus national. Notre consensus national et populaire ne peut pas servir de gage à l’ordre du jour d’une seule faction », a commenté le Hamas.

Abbas a déclaré lors d’une rencontre de dirigeants palestiniens, jeudi soir, qu’il allait reporter le tout premier scrutin organisé depuis plus de 15 ans. Le mandat du président palestinien, âgé de 86 ans, a expiré en 2009.

Anticipant la décision du report du vote, le Hamas a boycotté la réunion.

Le leader du Hamas Yahya Sinwar (4e à gauche) participe à un rassemblement alors que les Palestiniens appellent à une « journée de colère » pour protester contre le plan israélien d’annexion de pans de la Cisjordanie, à Gaza, le 1er juillet 2020. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

« Nous savions déjà que le Fatah et l’Autorité palestinienne allaient perturber le processus électoral en raison d’intérêts autres qui n’ont réellement rien à voir avec la question de Jérusalem », a indiqué le Hamas, tard dans la soirée de jeudi.

« Le mouvement du Fatah et le responsable de l’Autorité palestinienne endossent la pleine responsabilité de cette décision et de ses conséquences », a ajouté le groupe terroriste à la tête de la bande de Gaza depuis l’expulsion de l’enclave côtière des forces du Fatah, en 2007.

Abbas avait émis un décret officiel portant sur l’organisation d’élections palestiniennes, à la mi-janvier, prévoyant un vote législatif en date du 22 mai et un scrutin présidentiel le 31 juillet.

Si elles s’étaient tenues, ces élections auraient été le premier vote national palestinien depuis plus de 15 ans. La plus grande partie des observateurs considèrent ce report comme une annulation qui ne dit pas son nom.

La raison formellement avancée par Abbas pour justifier cet ajournement serait le refus israélien présumé d’autoriser le vote des Palestiniens de Jérusalem-Est. Israël réprime régulièrement les activités de l’AP dans la ville sainte, où l’État juif revendique sa souveraineté.

Israël n’a pas ouvertement déclaré que l’État juif allait empêcher le vote à Jérusalem. Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale du futur État qu’ils espèrent établir.

Mais les opposants politiques d’Abbas, tout comme les analystes indépendants, estiment que le président de l’AP s’inquiète plutôt de la possibilité d’une défaite – soit face à des factions ayant fait scission de son propre mouvement du Fatah, soit face au Hamas.

Des Palestiniens participent à un grand rassemblement pour protester contre le projet d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, à Jéricho, le 22 juin 2020. (Crédit : Abbas Momani / AFP)

Le Fatah s’est en effet divisé en trois factions en amont du prochain scrutin, avec une liste officielle de candidats soutenus par Abbas ; une faction dirigée par le terroriste palestinien actuellement emprisonné Marwan Barghouti ; et une autre liste parrainée par Mohammad Dahlan, ancien responsable de la sécurité du Fatah, qui réside actuellement à Abu Dhabi.

De récents sondages ont pourtant accordé à la liste d’Abbas un quart des suffrages. Toutefois, les deux factions issues du Fatah totalisent ensemble un nombre d’électeurs presque semblable. Celle de Barghouti, une personnalité très populaire, réunit 15 % des intentions de vote.

Comme le Hamas, les candidats figurant sur la liste de Barghouti ont dénoncé le report du vote.

« Ce report du scrutin est un revers immense qui trahit la volonté populaire d’organiser des élections. Il confirme également la nécessité d’un vaste et profond changement dans le système politique palestinien », ont fait savoir dans un communiqué les soutiens du terroriste emprisonné.

Lors du vote législatif national de 2006, les Palestiniens avaient élu un parlement dominé par le Hamas. Une guerre civile sanglante avait suivi, opposant les deux factions. Elle s’était achevée par le départ forcé du Fatah de la bande de Gaza, laissée alors sous le contrôle du Hamas.

Depuis, une méfiance mutuelle et la peur de la perte du pouvoir ont anéanti toute tentative d’organiser un scrutin. Les autorités palestiniennes ont promis, par le passé, un retour aux urnes à de nombreuses occasions – mais ces votes ne se sont jamais concrétisés.

Abbas a défendu sa décision de reporter les élections en évoquant le patriotisme – toute autre décision, a-t-il affirmé, reviendrait à abandonner Jérusalem.

« Nous avons décidé de reporter la date des élections jusqu’à ce que (…) notre peuple puisse exercer ses droits démocratiques à Jérusalem », a déclaré Abbas.

« Parce qu’aujourd’hui, Israël nous dit : ‘Jérusalem n’est pas à vous, peu importe comment.’ Ce qui est arrivé en 1996, en 2005 et en 2006 est une chose mais ce qui arrive aujourd’hui est complètement différent », a-t-il ajouté.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une réunion avec les dirigeants palestiniens pour discuter de l’accord de normalisation des relations entre les Émirats arabes unis et Israël, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 18 août 2020. (Crédit : Mohamad Torokman/Pool via AP)

Il est difficile toutefois de savoir dans quelle mesure le public palestinien – une majorité des Palestiniens soutiennent le déroulement du scrutin à la date prévue, a montré un récent sondage – a cru à la justification apportée par le président de l’AP.

Cela fait des mois que le vote est anticipé dans toute la Cisjordanie et à Gaza. 36 listes ont été déposées pour prendre part aux élections parlementaires et la campagne devait officiellement démarrer vendredi.

De petites manifestations dispersées ont eu lieu à Gaza et à Ramallah avant que la décision ne soit annoncée jeudi soir.

« Le peuple réclame les urnes ! », ont scandé les manifestants sur la place Al-Manara, dans le centre-ville de Ramallah, avant de se disperser pacifiquement.

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