La définition de l’antisémitisme adoptée par le Labour enfreint-elle la loi ?
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La définition de l’antisémitisme adoptée par le Labour enfreint-elle la loi ?

La décision d'adopter une définition plus souple que celle du pays montre qu'il traite les Juifs moins favorablement que les autres groupes, selon le mouvement travailliste juif

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l'antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)
Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l'antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

Le parti britannique du Labour a été averti que sa définition de l’antisémitisme pourrait contrevenir à l’Equality Act, une loi anti-discrimination déterminante au Royaume-Uni, selon des informations transmises lundi.

Un avis juridique émanent du mouvement travailliste juif affirme que la décision du parti d’adopter une définition adoucie de l’antisémitisme par rapport à celle qui est utilisée par le gouvernement signifie que la formation traite les Juifs de manière moins favorable que les autres groupes, a fait savoir le Guardian.

Le rapport McPherson, réalisé en 1999 suite au meurtre, pour des mobiles racistes, de l’adolescent noir Stephen Lawrence, indique que chaque groupe a le droit de définir ce que sont les préjugés à son encontre.

Selon le rapport Mc Pherson, « un incident raciste est tout incident perçu comme tel par la victime ou par un autre individu ». Le rapport ajoute que « cette définition doit être universellement adoptée par la police, le gouvernement local et les autres agences concernées ».

Le mouvement travailliste juif a affirmé qu’en supprimant des clauses déterminantes dans sa définition de l’antisémitisme, le parti travailliste rejetait le droit des Juifs à définir l’antisémitisme tel qu’il est perçu par ces derniers, discriminant en conséquence la communauté.

Ivor Caplin, un dirigeant du Mouvement travailliste juif (Capture d’écran YouTube)

« L’Equality Act est une partie importante et significative de la législation du Labour, que la famille du Labour a fortement soutenu. Proposer un code de conduite, qui contrevient clairement à la loi, est inacceptable », a commenté auprès du Guardian Ivor Caplin, à la tête du mouvement travailliste juif.

L’Equality Act de 2010 est une législation anti-discrimination qui réclame un traitement égalitaire par les employeurs et les fournisseurs de service indépendamment de l’âge, du handicap, du sexe, du statut conjugal, de la race, de la religion, de la croyance ou de l’orientation sexuelle.

La définition de l’antisémitisme adoptée par le Labour est basée sur celle qui a été choisie par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) et par plusieurs autres pays, notamment le Royaume-Uni, l’Allemagne et cinq autres de l’Union européenne, ainsi que par l’UE.

Mais le Labour a exclu au moins quatre points présents dans la décision originale, notamment le fait d’accuser les Juifs d’afficher « plus de loyauté » envers Israël, d’appliquer une politique de « deux poids, deux mesures » concernant Israël, de clamer que l’existence d’Israël est un « projet raciste », et de comparer la politique israélienne contemporaine à celle des nazis.

La définition présente majoritairement des comportements antisémites sans liens avec Israël, comme ceux appelant à nuire aux Juifs ou à nier la Shoah ou le droit des Juifs à l’autodétermination.

Le chef du Parti travailliste de l’opposition britannique Jeremy Corbyn prend la parole lors de la commémoration du 25e anniversaire du meurtre de Stephen Lawrence à Trafalgar Square à Londres, le 23 avril 2018. (AFP PHOTO / POOL / Victoria Jones)

La commission exécutive nationale du Labour doit se réunir mardi pour voter sur l’adoption formelle de cette définition de l’antisémitisme.

« Depuis le début, il a été clair que la rédaction par le Labour de sa propre définition de l’antisémitisme était moralement douteuse et le fait qu’elle soit légalement douteuse devrait étouffer cette idée dans l’oeuf », a indiqué Richard Angell, chef du groupe de pression travailliste Progress au Guardian. « Le parti travailliste devrait écouter les Juifs ».

Un porte-parole de la formation politique a rejeté les accusations de partialité.

« C’est entièrement mensonger. Notre nouveau code de conduite et nos procédures disciplinaires sont pleinement conformes aux principes de Macpherson », a-t-il déclaré, selon le Guardian. « Quand le parti reçoit une plainte portant sur un incident antisémite présumé, il enregistre la plainte sous la qualification de l’antisémitisme quand la victime le ressent comme tel. C’est exactement le même processus que pour les plaintes impliquant d’autres formes de préjugés reçues par le parti ».

Le Labour a également nié avoir créé une nouvelle définition de l’antisémitisme.

« Le code adopte la définition de l’IHRA et la contextualise, et amène des exemples de travail pour produire un guide pratique qu’un parti politique peut appliquer dans les affaires disciplinaires », a déclaré le porte-parole.

La semaine dernière, le mouvement travailliste juif a menacé de poursuivre la formation pour avoir trompé ses électeurs et il a indiqué qu’il « demande officiellement à la commission exécutive nationale du Labour de rapidement et publiquement retirer sa décision d’approuver de tels documents ».

Le centre Simon Wiesenthal, la présidente du Board of Deputies Marie van der Zyl et Jonathan Goldstein, le directeur à la tête de l’organisation-cadre du Jewish Leadership Council, ont également dénoncé le choix de la définition de l’antisémitisme par le Labour, la semaine dernière.

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