La démocratie en danger au menu du premier discours de Gantz à la Knesset
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La démocratie en danger au menu du premier discours de Gantz à la Knesset

Le leader de Kakhol lavan et chef potentiel de l'opposition a expliqué que son parti combattrait les tentatives d'affaiblissement des institutions et de l'état de droit

Le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprime devant la Knesset, le 13 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprime devant la Knesset, le 13 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Dans son tout premier discours prononcé lundi devant la Knesset, le leader de Kakhol lavan qui devrait également prendre la tête de l’opposition, Benny Gantz, a mis en garde contre le danger croissant posé à la démocratie israélienne par le gouvernement actuel, jurant de se tenir comme un rempart contre toute tentative visant à affaiblir les institutions de l’Etat ainsi que l’état de droit.

« Je viens aujourd’hui pour combattre la nouvelle menace que nous sommes aujourd’hui amenés à affronter : La menace posée à l’intégrité du système démocratique du pays et aux institutions judiciaires », a-t-il dit.

Il a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de chercher à enterrer ses déboires judiciaires par le biais « d’accords politiques », prouvant ainsi que « l’état de droit n’intéresse nullement le chef du gouvernement actuel, ni le gouvernement qui est en train de se former ».

Gantz a affirmé qu’il était le représentant de plus d’un million d’Israéliens qui ont voté pour « la paix intérieure, la paix extérieure et l’unité, l’esprit de solidarité, et un retour à la civilité ».

Les électeurs de son parti, a-t-il ajouté, « ont le sentiment que ce gouvernement s’efforce de les réduire au silence, les considérant comme une nuisance fastidieuse ».

« Tranquillement, chaque jour, ils – et nous aussi – perdent un peu de cet Israël que nous connaissions et dans lequel nous avons grandi. Nous nous éloignons pas à pas de la société modèle que nous souhaitions incarner, de la société modèle que nous devrions être », a-t-il poursuivi.

Il a accusé Netanyahu de placer sa mainmise continue sur le pouvoir « au-dessus de tout le reste ».

Mais il a clamé que l’Etat juif méritait « un leadership humble, sans condescendance, pleinement dévoué aux besoins du pays et au service de ses citoyens – et non au service de ses besoins propres ».

Il a juré que Kakhol lavan saurait rappeler au pays que « l’opposition n’est pas une minorité opprimée mais bien une alternative au gouvernement ».

Paraphrasant un passage du Livre des psaumes, il a expliqué que le parti, lors de ces prochaines années, « cultivera les champs politique et public… En plantant nos semences même quand c’est difficile, même, parfois, avec des larmes, mais nous n’abandonnerons pas et nous nous souviendrons qu’un jour viendra, et il n’est pas éloigné, où nous moissonnerons dans la joie ».

Dans la matinée, avant son discours, Gantz avait critiqué les plans présumés de Netanyahu de promouvoir un texte de loi qui permettrait au gouvernement de contourner la Haute-cour dans les affaires administratives.

S’il est adopté, le projet de législation pourrait garantir l’immunité du Premier ministre face aux poursuites en permettant l’annulation de toute décision judiciaire qui pourrait la remettre en cause.

Le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz s’exprime devant la Knesset, le 13 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

La clause proposée permettrait à la Knesset, dans les faits, d’ignorer les jugements administratifs du tribunal et permettrait également de soumettre une nouvelle fois des lois qui ont été rejetées par la cour suprême dans le passé, a fait savoir Haaretz lundi.

Elle empêcherait donc la cour de s’opposer à des textes présentés à la Knesset et à des décisions gouvernementales, élevant le gouvernement à un statut supérieur à celui des juges de la plus haute instance judiciaire du pays.

Nombreux sont ceux qui ont spéculé sur le fait que Netanyahu pourrait utiliser sa nouvelle force politique acquise lors du scrutin du 9 avril pour faire avancer une législation qui lui donnerait l’immunité face aux poursuites judiciaires tant qu’il restera Premier ministre, ou qu’il cherchera à utiliser les dispositions existantes portant sur l’immunité dans le même objectif.

« Un tel avilissement de l’état de droit franchit la ligne rouge et nous n’autoriserons pas cela », a déclaré Gantz. « Il est inacceptable que des accords soient créés dans le but d’affaiblir l’état de droit et de saper les piliers de la démocratie au bénéfice d’un Premier ministre qui a fait face à trois inculpations en suspens et qui ont été prononcées à son encontre ».

Le numéro 2 de Kakhol lavan, Yair Lapid, a pour sa part déclaré lors d’une conférence de presse qui a eu lieu lundi que « la population doit descendre dans les rues avant que notre démocratie ne soit détruite ».

Le co-dirigeant de Kakhol lavan, Yair Lapid, fait une déclaration devant les médias à la Knesset de Jérusalem, le 13 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Lapid a raillé le parti du Likud du Premier ministre, disant qu’il s’était transformé en « fête de ‘sortie de prison’ pour Netanyahu » et il a critiqué les derniers efforts de la formation pour sauver le Premier ministre de ses déboires judiciaires en affirmant qu’ils représentaient une tentative de « faire de l’Etat d’Israël une nouvelle Turquie », faisant allusion aux changements effectués dans la loi par le président turc Recep Tayyip Erdogan qui lui donnent dorénavant la possibilité de rester à la tête du pays pendant des décennies.

Lapid a ajouté que sur la base de ces propositions, et que face aux initiatives prises par Netanyahu pour faire reporter l’audience de pré-inculpation à laquelle il est appelé à participer dans le cadre des trois dossiers pour corruption qui l’impliquent, le Procureur-général Avichai Mandelblit devait immédiatement l’inculper.

« Le Procureur-général devrait annuler l’audience de Netanyahu. Il n’en mérite pas une. Personne ne lui doit une audience. Aucun autre suspect dans le pays agissant de cette manière bénéficierait encore d’une audience », a accusé Lapid. « Si ces lois sont adoptées, Israël ne sera plus le même pays. Demandez-vous donc quel pays accorde l’immunité à ses gouvernants de par la loi ? Rien de tel n’existe dans une démocratie ».

Les médias en hébreu ont noté que les deux responsables avaient fait leur déclaration séparément, ce qui a soulevé des questions sur une alliance peut-être chancelante. Kakhol lavan est en effet l’union des partis Yesh Atid de Yair Lapid et Hossen LeYisrael de Benny Gantz.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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