La dernière fois que Netanyahu a laissé un élu parler à l’ONU, il l’a regretté
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La dernière fois que Netanyahu a laissé un élu parler à l’ONU, il l’a regretté

En 2010, le Premier ministre a envoyé Liberman, alors ministre des Affaires étrangères, à l'ONU. Il a dû désavouer un certain nombre des idées du dirigeant de Yisrael Beytenu

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Avigdor Liberman, alors vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, lors du débat général de la soixante-cinquième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2010. (Avec l'aimable autorisation de l'ONU)
Avigdor Liberman, alors vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, lors du débat général de la soixante-cinquième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2010. (Avec l'aimable autorisation de l'ONU)

Compte tenu de ses dilemmes politiques dans son pays, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été contraint cette année de ne pas participer à l’Assemblée générale des Nations Unies. Au lieu de cela, il a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Yisraël Katz, pour prendre la parole devant l’organisme mondial. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Pas mal de choses, en fait, si l’on en croit les précédents.

La dernière fois que Netanyahu, un ancien ambassadeur à l’ONU, a manqué le rendez-vous annuel à Turtle Bay, c’était il y a près de dix ans. Ensuite, il a également demandé à son ministre des Affaires étrangères de prononcer un discours à sa place, qu’il a été contraint de désavouer par la suite. Ironiquement, la même personne qui a remplacé (et embarrassé) Netanyahu il y a neuf ans aujourd’hui est l’un de ses plus puissants rivaux politiques qui l’empêche d’établir un gouvernement de droite.

Le 28 septembre 2010, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a commencé son discours par ce qu’il a appelé « une vieille blague » sur cinq Juifs qui ont changé notre façon de voir le monde : « Moïse a dit : ‘Tout est loi’. Jésus a dit : ‘tout est amour’. Marx a dit : ‘Tout est argent’. Freud a dit : ‘Tout est sexe’. Einstein a dit : ‘Tout est relatif' ».

Pour Netanyahu, les contrariétés ne faisaient que commencer, car Liberman allait rejeter la possibilité d’un accord de paix rapide avec les Palestiniens et adopter l’idée d’un transfert de population, ce qui était contraire aux positions du Premier ministre.

Liberman, dont le parti belliqueux Yisrael Beytenu avait alors 15 sièges à la Knesset, a fait valoir à l’ONU qu’il y avait à la fois des « problèmes émotionnels et des problèmes pratiques » qui faisaient obstacle à un accord de paix israélo-palestinien, et c’est pourquoi le monde ne devrait pas se concentrer sur des négociations sur le statut final mais plutôt un « accord intermédiaire à long terme, qui pourrait prendre quelques décennies ».

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman rencontrant le chef de l’ONU Ban Ki-moon en marge de la soixante-cinquième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2010. (Avec l’aimable autorisation des Nations unies)

« Nous devons éduquer toute une nouvelle génération qui aura une confiance mutuelle et ne sera pas influencée par l’incitation à la haine et les messages extrémistes », a-t-il déclaré.

Le New York Times a relevé dans cette déclaration des « différences marquées » avec Netanyahu.

La position de Liberman est « en contradiction » avec celle de Netanyahu, qui avait adopté la position de l’administration américaine, selon le journal. Le président américain de l’époque, Barack Obama, avait exprimé l’espoir que les principaux points de friction entre Israéliens et Palestiniens pourraient être résolus d’ici un an.

Il ne s’agit pas d’une polémique de politique politicienne. C’est une vérité empirique

Plus controversé encore fut le long passage qui suivit, au cours duquel Liberman fit la promotion de son projet controversé de redessiner la frontière israélienne pour exclure les principaux centres de population arabe du nord du pays.

Pour parvenir à un accord sur le statut définitif entre Israéliens et Palestiniens, il faut d’abord comprendre que « le principal obstacle pratique est la friction entre les deux nations », a-t-il déclaré.

« Comme partout où il y a deux nations, deux religions et deux langues ayant des revendications concurrentes sur la même terre, il y a des frictions et des conflits… Là où une séparation efficace a été réalisée, les conflits ont été évités, ou ont été considérablement réduits ou résolus ».

C’est pourquoi, avait déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères aux dirigeants du monde réunis, « le principe directeur d’un accord sur le statut final ne doit pas être celui de la terre contre la paix, mais plutôt celui de l’échange de territoires habités ».

Liberman a précisé qu’il n’avait pas l’intention de transférer des populations mais simplement de déplacer les frontières « pour mieux refléter les réalités démographiques ».

Cette idée est « beaucoup moins controversée » que beaucoup le pensent, a-t-il affirmé, notant que les chercheurs de haut niveau avaient depuis longtemps « accepté comme un truisme virtuel » qu’un « décalage entre frontières et nationalités est une source de conflit… Ce n’est pas une polémique de politique politicienne. C’est une vérité empirique. »

Yisraël Katz à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre 2019. (Arye Shalicar/Ministère des Affaires étrangères)

Les délégués palestiniens sont sortis pendant le discours, disant plus tard aux journalistes que les remarques de Liberman « étaient si offensantes qu’elles en étaient intolérables ».

Netanyahu, lui aussi, a rapidement dénoncé son adjoint.

« Le contenu du discours du ministre des Affaires étrangères aux Nations Unies n’a pas été coordonné avec celui du Premier ministre. Le Premier ministre Netanyahu est celui qui gère les négociations politiques de l’État d’Israël », a déclaré son bureau dans un communiqué.

Liberman, qui a continué d’être ministre des Affaires étrangères pendant encore cinq ans après l’incident (avec une courte pause pour repousser les accusations de corruption), et qui est ensuite devenu ministre de la Défense, est passé de député de Netanyahu à ennemi juré, refusant de soutenir sa demande de former une coalition de droite après les élections la semaine dernière – comme ce fut le cas après les élections d’avril – et compliquant tellement son futur politique que le Premier ministre n’a en effet pu aller à New York pour parler lui-même devant l’ONU.

Neuf ans après la prestation de Liberman, Yisrael Katz a remplacé Netanyahu cette semaine. Le discours de Katz a aussi été rédigé par le ministre des Affaires étrangères et son équipe, sans la contribution ou la coordination du cabinet du Premier ministre.

Mais contrairement à Liberman, qui venait d’un parti différent, Katz est considéré comme un apparatchik du Likud, loyal et proche de Netanyahu.

En tant que ministre des Affaires étrangères, Katz a surtout repris le flambeau de la volonté de Netanyahu de forger des liens avec les États arabes amis et de combattre l’agression iranienne dans la région, deux sujets qu’il devrait aborder à la tribune à sa prise de parole, jeudi prochain. Contrairement à Liberman en 2010, son discours ne devrait pas nécessiter un désaveu précipité du Premier ministre.

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