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La détention d’Issachar prolongée d’un jour pour faire des photos avec Netanyahu

Selon un reportage TV, Naama Issachar aurait été utilisée comme monnaie d'échange par Moscou dans ses efforts pour empêcher l'extradition du pirate informatique Aleksey Burkov

Naama Issachar lors d'une audience d'appel dans une salle d'audience à Moscou, en Russie, le 19 décembre 2019. (Crédit : AP/Alexander Zemlianichenko Jr.)
Naama Issachar lors d'une audience d'appel dans une salle d'audience à Moscou, en Russie, le 19 décembre 2019. (Crédit : AP/Alexander Zemlianichenko Jr.)

Après que l’israélo-américaine Naama Issachar a été emprisonnée en Russie pendant 10 mois, sa libération éventuelle en 2020 aurait été retardée de 24 heures afin que le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, puisse obtenir une séance de photos avec la jeune femme, selon l’émission de reportage d’investigation « Zman Emet » diffusé mardi sur la chaîne publique Kan.

En 2019, Issachar, qui était alors âgée de 27 ans, a été condamnée en Russie à 7 ans et demi de prison suite à la découverte de 10 grammes de marijuana dans ses bagages lors d’une escale en provenance d’Inde, dans un aéroport moscovite. Elle a été libérée en janvier 2020 après avoir été incarcérée 10 mois, bénéficiant d’une grâce du président russe Vladimir Poutine.

La libération d’Issachar est intervenue deux mois avant les élections législatives de mars 2020, la deuxième élection nationale en quelques mois après l’échec de Netanyahu à former un gouvernement à la suite des scrutins de septembre 2019.

Selon Zman Emet, la libération d’Issachar aurait été repoussée d’un jour pour que Netanyahu puisse la saluer à Moscou. Tout au long de sa campagne électorale, Netanyahu avait vanté sa relation étroite avec le président russe, Vladimir Poutine.

Daniel Kogan, un consultant en communication engagé par la famille d’Issachar pour gérer la campagne en faveur de sa libération, a déclaré à l’émission qu’après que Poutine a accordé sa grâce, la mère d’Issachar, Yaffa, a été informée par le grand rabbin de Russie, Berel Lazar, que sa fille sortirait instamment.

« Elle était donc assise devant les portes de la prison et attendait. Une heure, deux heures, trois, quatre, et rien », a dit Kogan à Zman Emet. Après six heures d’attente, dit Kogan, elle a abandonné, ne réalisant que plus tard que la libération de sa fille avait été reportée.

« Elle était extrêmement déçue. Elle était sûre de pouvoir récupérer Naama », a déclaré Kogan. « Et puis, des hordes de journalistes ont été envoyées pour annoncer que le Premier ministre israélien Netanyahu allait atterrir à Moscou et ramener Naama à la maison. »

Netanyahu, qui était en visite aux États-Unis à l’époque, a fait un changement abrupt dans son emploi du temps pour s’envoler vers Moscou, où il a rencontré Issachar. La raison officielle était définie comme « la mise à jour de Poutine sur les développements régionaux », tandis que la raison réelle, selon Zmat Emet, aurait été d’obtenir une photo avec l’Israélienne libérée, en vue de sa campagne électorale.

Zman Emet n’a pas fourni d’autre preuve attestant que le retard aurait été causé au profit de Netanyahu.

La peine sévère, pour ce qui est largement considéré comme un délit mineur, a été considérée comme une tentative russe d’utiliser Issachar pour obtenir la libération d’Aleksey Burkov, un pirate informatique russe qui dirigeait un centre d’échange sophistiqué pour les cybercriminels internationaux et qui a été arrêté en Israël en 2015. Il a passé plusieurs années en détention alors que le gouvernement russe se battait contre son extradition vers les États-Unis, ayant déposé sa propre demande d’extradition.

L’épisode de Zman Emet diffusé mardi a fourni davantage de preuves pour soutenir l’idée qu’Issachar a été utilisée par la Russie comme monnaie d’échange dans ses efforts pour empêcher l’extradition de Burkov vers les États-Unis, comme l’avaient suggéré des responsables israéliens à l’époque.

Israël a finalement extradé Burkov vers les États-Unis en novembre 2019, malgré les objections de la Russie.

Zman Emet a révélé pour la première fois que la Russie a intensifié sa rhétorique privée sur Issachar après l’extradition de Burkov, le Service fédéral de sécurité russe ayant notifié aux responsables israéliens qu’ « Israël n’aura plus l’occasion de revoir Naama Issachar, oubliez qu’elle a jamais existé ».

Aleksey Burkov assistant à une audience d’appel contre son extradition vers les États-Unis à la Haute Cour de justice, à Jérusalem, le 3 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Finalement, dans le cadre d’un accord controversé qui impliquait le transfert de la propriété de l’église Saint-Alexandre Nevsky dans la Vieille Ville de Jérusalem au Kremlin et une visite de Poutine en Israël, et sa participation au Forum mondial sur la Shoah de 2020 à Yad Vashem, Netanyahu a obtenu la libération d’Issachar.

Après son retour, Issachar et sa famille auraient été réprimandés par un assistant du Premier ministre après avoir omis de mentionner Netanyahu dans une publication Facebook remerciant ceux qui ont bataillé pour sa libération.

Aujourd’hui, Issachar vit aux États-Unis et s’abstient de donner des interviews sur la teneur politique de sa libération.

Naama Issachar saluée par Sara Netanyahu, entourée de sa mère Yaffa et du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l’aéroport de Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

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