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Première interview de Naama Issachar: Ma détention en Russie a été un « coup » monté

La routarde israélo-américaine graciée par Poutine a donné une interview alors que la basketteuse américaine Brittney Griner vit le même calvaire : « Je sais ce qu’elle endure »

Naama Issachar lors d'une interview diffusée le 13 juillet 2022 (Crédit : Capture d’écran/NBC News)
Naama Issachar lors d'une interview diffusée le 13 juillet 2022 (Crédit : Capture d’écran/NBC News)

Une ressortissante israélo-américaine emprisonnée en Russie durant 10 mois, avant d’être libérée en 2020, a évoqué pour la première fois ce qui lui était arrivé, et ce que vit actuellement la star américaine de basket-ball, Brittney Griner.

Naama Issachar, qui a fini par être libérée suite à l’intervention du président russe Vladimir Poutine, a qualifié sa détention de « machination », affirmant avoir été un pion sur l’échiquier politique.

« Je sais ce qu’elle endure », a confié Issachar à NBC News, quelques jours après que Griner a plaidé coupable face aux accusations de possession de drogue, au deuxième jour d’un procès devant un tribunal russe qui pourrait lui valoir dix années de prison.

« Je regarde les vidéos et je reconnais cette salle d’audience », assure Issachar dans l’interview en anglais, convenant avec l’intervieweur qu’elle espérait que Griner aurait la possibilité de l’entendre.

En 2019, Issachar, qui était alors âgée de 27 ans, a été condamnée en Russie à 7 ans et demi de prison suite à la découverte de 10 grammes de marijuana dans ses bagages lors d’une escale dans un aéroport moscovite.

Elle a nié les faits qui lui étaient reprochés, précisant qu’il n’avait jamais été dans ses intentions de pénétrer sur le territoire russe pendant son escale à Moscou, dans son voyage entre l’Inde et Israël, et qu’elle n’avait pas eu accès à ses bagages durant son bref séjour dans l’aéroport russe.

« Je me suis demandée d’où cela pouvait bien venir », confie-t-elle dans l’interview diffusée mercredi, niant avoir tenté de passer de la drogue. « Je ne savais pas que c’était dans mon sac. »

« C’est terrifiant parce qu’ils ne vous disent rien », ajoute-t-elle.

« Je trouve insensé d’avoir été détenue pendant près d’une journée entière sans savoir que j’étais alors déjà en détention », explique-t-elle.

Issachar précise avoir été détenue dans une cellule avec parfois jusqu’à une quarantaine de femmes.

« C’était bruyant », confie-t-elle. « On ne nous donnait uniquement de la nourriture. Ni papier toilette ni produits d’hygiène féminine. »

Elle dit avoir appris le russe par elle-même et avoir tenu un journal auquel elle confiait sa « terreur », mais indique ne jamais avoir été maltraitée.

Pages du journal de Naama Issachar présentées dans une interview diffusée le 13 juillet 2022 (Crédit : Capture d’écran/NBC News)

Durant son procès, elle se rappelle avoir été détenue dans le même établissement que celui où Griner se trouverait à l’heure actuelle.

« Je savais que cela n’avait aucun sens », confie-t-elle à propos de son procès. « Je savais que tout avait été monté de toutes pièces. J’ai vu ce juge à plusieurs reprises et je sais qu’on lui avait ordonné de dire certaines choses. »

Issachar a acquiescé lorsque l’intervieweur lui a demandé si elle pensait avoir été le pion d’un jeu politique qui la dépasse.

La captivité d’Issachar a mobilisé la population israélienne et suscité une large couverture médiatique, particulièrement lorsque Poutine s’est rendu en Israël pour le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Au cours de cette visite, Poutine avait rencontré la mère d’Issachar et lui avait dit « tout ira bien ». Il la graciait peu de temps après.

Le président russe Vladimir Poutine, (à droite), serre la main de Yaffa Issachar, mère de la ressortissante israélienne Naama Issachar, emprisonnée en Russie pour trafic de drogue, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit : Aleksey Nikolskyi, Sputnik Kremlin Pool Photo via AP)

Agée de 31 ans, Griner a été interpellée à l’aéroport Sheremetyevo de Moscou alors qu’elle venait jouer un match de basket-ball en Russie, la police déclarant avoir trouvé dans ses bagages des bidons de liquide pour vapoteuse contenant de l’huile de cannabis.

La centre du Phoenix Mercury, double médaillée d’or olympique, a plaidé coupable la semaine dernière, cinq mois après son arrestation en février dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et la Russie au sujet de l’Ukraine.

S’exprimant par l’intermédiaire d’un interprète, Griner a déclaré au tribunal qu’elle n’avait jamais eu l’intention de commettre un crime et qu’elle avait agi involontairement, ayant fait ses valises pour Moscou à la hâte. Le procès a ensuite été ajourné.

La star de la WNBA et double médaillée d’or olympique Brittney Griner est escortée jusqu’à une salle d’audience, à Khimki, aux environs de Moscou, en Russie, le 7 juillet 2022 (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

Un diplomate russe de haut rang a déclaré qu’aucune mesure ne pourrait être prise par Moscou à propos de Griner jusqu’à la fin du procès, et que son plaider-coupable était peut-être une tentative de l’accusée et de ses avocats pour accélérer la procédure judiciaire.

Washington n’a pas révélé sa stratégie dans cette affaire, mais les États-Unis pourraient avoir peu d’influence sur Moscou en raison de la forte animosité liée à l’action russe en Ukraine.

Le fait que le Département d’État ait désigné Griner comme détenue à tort place la sportive sous la supervision de l’envoyé spécial du Président pour les affaires d’otages, connu comme négociateur en chef du gouvernement pour les otages.

Les médias russes ont spéculé à plusieurs reprises sur le fait que Griner pourrait être échangée contre le marchand d’armes russe Viktor Bout, surnommé « le marchand de mort », qui purge une peine de 25 ans de prison aux États-Unis, coupable de complot visant à tuer des citoyens américains et d’aide à une organisation terroriste.

Viktor Bout attend son verdict dans la salle de détention d’un tribunal pénal à Bangkok, Thaïlande, le 11 août 2009 (Crédit : AP Photo/Apichart Weerawong)

La Russie se démène depuis des années pour obtenir la libération de Bout. Mais le décalage entre l’infraction présumée de Griner et l’importance des transactions d’armes létales de Bout sur toute la planète pourrait rendre le compromis difficile à accepter par Washington.

D’autres pensent que Griner pourrait être échangée en même temps que Paul Whelan, ex-directeur de la Marine et de la sécurité, qui a passé 16 ans en Russie pour espionnage, ce que les États-Unis décrivent comme un coup monté.

Avant la libération d’Issachar, les responsables israéliens auraient refusé une offre de Moscou de l’échanger contre le ressortissant russe Aleksei Burkov, dont le site Web a généré plus de 20 millions de dollars de fraude à la carte de crédit.

Des reportages parus dans les médias israéliens suggèrent que les responsables israéliens pensaient que Burkov pouvait être lié aux services de renseignement russes. Burkov a nié toute implication de cet ordre.

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