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« La diplomatie peut échouer » : Israël doit être prêt à attaquer l’Iran selon Kohavi

Le chef de Tsahal affirme qu'il est "possible" que Tsahal ait à frapper les installations nucléaires iraniennes et parle de "l’obligation morale" d'être prêt à réagir militairement

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef de Tsahal Aviv Kohavi s'exprime lors d'une cérémonie marquant le changement de chef du commandement du Front intérieur, le 17 juillet 2022. (Crédit : Armée israélienne)
Le chef de Tsahal Aviv Kohavi s'exprime lors d'une cérémonie marquant le changement de chef du commandement du Front intérieur, le 17 juillet 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Le chef de l’armée Aviv Kohavi a déclaré dimanche qu’Israël avait « une obligation morale » de prévoir une réponse militaire face au programme nucléaire de l’Iran, quelques heures après la déclaration d’un haut responsable iranien selon laquelle son pays aurait la capacité de produire une arme.

Compte tenu de l’incertitude croissante concernant le retour de l’Iran à l’accord nucléaire de 2015, dans l’impasse depuis longtemps avec les puissances mondiales, Tsahal a intensifié ses efforts l’année dernière pour élaborer une menace militaire convaincante contre les installations nucléaires de Téhéran.

Lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une cérémonie marquant le changement de chef du commandement du Front intérieur de l’armée, M. Kohavi a déclaré que « la préparation du Front intérieur à la guerre est une tâche qui doit être accélérée dans les années à venir, surtout au vu de la possibilité que nous soyons amenés à agir contre la menace nucléaire. »

« Tsahal continue à se préparer avec fermeté à une attaque contre l’Iran et doit se préparer à chaque développement et à chaque scénario », a-t-il déclaré.

Kohavi a déclaré que « la préparation d’une option militaire contre le programme nucléaire iranien est une obligation morale et un ordre de sécurité nationale », ajoutant que cette préparation est « au centre » des entraînements de Tsahal, et comprend « une variété de plans opérationnels, l’allocation de nombreuses ressources, l’acquisition d’armes appropriées, le renseignement et l’entraînement. »

Le mois dernier, des dizaines d’avions de chasse de l’armée de l’air israélienne ont effectué des manœuvres aériennes au-dessus de la mer Méditerranée, simulant une frappe sur des installations nucléaires iraniennes.

Des chasseurs F-35 israéliens volent en formation pendant l’exercice militaire Drapeau Bleu, en octobre 2021. (Crédit : Armée israélienne)

L’Iran est en pleine négociation pour sauver l’accord défaillant de 2015 qu’il a signé avec les puissances mondiales et qui devait l’empêcher de produire une arme nucléaire. L’accord, officiellement appelé Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), proposait à l’Iran un allègement des sanctions en échange de la limitation de son programme nucléaire.

En 2018, l’administration Trump s’était retirée du pacte – affirmant que ses dispositions ne permettaient pas d’empêcher l’Iran de produire des armes nucléaires et également en raison de ses préoccupations concernant le programme de développement de missiles de l’Iran. Les discussions parrainées par l’Europe pour ramener les États-Unis dans le JCPOA sont au point mort depuis des mois et un autre cycle récent de négociations entre l’Iran et les États-Unis au Qatar n’a pas davantage progressé.

« Il est préférable d’empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire par la diplomatie, mais l’histoire a prouvé à de nombreuses reprises que la diplomatie peut échouer ou réussir pendant une courte période, pour être suivie d’une violation ou d’une trahison », a déclaré M. Kohavi.

Kohavi a déclaré que l’armée préparait une attaque contre le programme nucléaire iranien pour deux raisons.

« La première, au cas où il n’y aurait pas d’accord et que le programme nucléaire iranien continuait à se développer, et la seconde, au cas où il y aurait un accord identique ou similaire à l’accord précédent, soit un mauvais accord, donnant à l’Iran les conditions pour devenir un État nucléaire peu après la date d’expiration » dudit accord, a-t-il déclaré.

« Tsahal prépare ses moyens militaires en prévision du jour où les autorités politiques prendront une décision », a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée de dimanche, Kamal Kharazi, le chef du Conseil stratégique iranien des relations étrangères, a déclaré à la chaîne arabe d’Al Jazeera que « ce n’est pas un secret que nous avons les capacités techniques de fabriquer une bombe nucléaire, mais nous avons décidé de ne pas le faire. »

Kamal Kharazi, le chef du Conseil stratégique des relations étrangères de l’Iran, lors d’une interview avec Al-Jazeera, février 2019. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

« En quelques jours, nous avons réussi à enrichir l’uranium à 60 %, et nous sommes avons les capacités d’aller jusqu’à 90 % sans aucun problème », a-t-il ajouté.

Jeudi, le président américain Joe Biden et le Premier ministre Yair Lapid se sont publiquement opposés sur la manière d’empêcher l’Iran d’obtenir la bombe, Lapid déclarant que la diplomatie n’arrêterait pas les ayatollahs et Biden insistant sur le fait qu’elle restait la meilleure solution. Les deux hommes ont néanmoins signé une déclaration stratégique commune, dans laquelle les États-Unis s’engageaient à utiliser « tous les moyens de leur puissance nationale » pour empêcher l’Iran d’obtenir des armes nucléaires.

Dans une interview accordée à la Douzième chaîne israélienne à la veille de son départ pour Israël et diffusée pendant sa visite, Biden a déclaré que les États-Unis n’utiliseraient la force contre l’Iran « qu’en dernier recours » pour l’empêcher d’acquérir des armes nucléaires.

Israël, qui s’oppose à un retour des États-Unis au JCPOA, a menacé d’agir seul pour frapper les installations iraniennes s’il estimait que l’Iran représentait une menace existentielle pour l’État juif en se dotant d’armes nucléaires.

Le général de division Rafi Milo a remplacé le général de division Uri Gordin lors de la cérémonie de dimanche. Gordin dirigera le commandement du Nord de Tsahal.

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