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La drague du RN embarrasse les institutions juives

Sur ce sujet "très sensible" - et qui concerne moins de 1 % du corps électoral - il n'existe "pas de données claires" et "il faut beaucoup se méfier des effets de loupe," avertit le Crif

La dirigeante du Front national (aujourd'hui Rassemblement National) Marine Le Pen assistant au congrès annuel du parti d'extrême droite dans la ville française de Lille, le 10 mars 2018. (Crédit : Philippe Huguen/AFP)
La dirigeante du Front national (aujourd'hui Rassemblement National) Marine Le Pen assistant au congrès annuel du parti d'extrême droite dans la ville française de Lille, le 10 mars 2018. (Crédit : Philippe Huguen/AFP)

Les œillades appuyées lancées par Marine Le Pen embarrassent les institutions juives, qui fustigent « un parti populiste » à l’approche des européennes et surtout de la présidentielle de 2027.

« Il y a incontestablement une tentative du RN de séduire les juifs de France, ce n’est pas totalement nouveau mais cela s’est accéléré depuis le 7 octobre », date de l’attaque sanglante du Hamas contre Israël, estime Yonathan Arfi, le président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Il avertit toutefois : sur ce sujet « très sensible » – et qui concerne moins de 1 % du corps électoral – il n’existe « pas de données claires » et « il faut beaucoup se méfier des effets de loupe ».

Judith Cohen Solal, co-autrice en 2019 de La main du Diable – comment l’extrême droite a voulu séduire les Juifs de France, souligne, elle, qu’il n’y a pas un mais « des votes juifs, pas très ancrés de façon partisane ». Dans un contexte de « fébrilité » lié à la seconde intifada et aux attentats depuis le début des années 2000, les électeurs juifs « ne savent plus à qui se vouer » et « cherchent qui est prêt à les défendre ».

Or depuis le 7 octobre, Marine Le Pen a multiplié les appels du pied : parmi les premières à parler de pogrom, elle s’est ostensiblement affichée à la manifestation du 12 novembre contre l’antisémitisme. « Le meilleur bouclier pour les Français de confession juive aujourd’hui, c’est le Rassemblement national », affirmait-elle le 6 mai sur BFMTV/RMC.

Cela fonctionne-t-il ?

Les témoignages recueillis par l’AFP à diverses manifestations témoignent du trouble de certains. « On a promis à nos grands-parents de ne jamais voter RN et on ne le fera pas, mais force est de constater que c’est eux qui nous défendent le mieux aujourd’hui », soupirait un manifestant le 12 novembre, en déplorant un « antisémitisme d’extrême-gauche » qui « fait peur ».

Cinq mois plus tard devant le Mémorial de la Shoah, une enseignante à la retraite assurait être « passée du côté » des partis d’extrême droite.

Les institutions juives, elles, font bloc : « les juifs sont traversés par les même peurs que l’ensemble des Français » mais « le nom de Le Pen reste encore, en partie, un repoussoir puissant », affirme Yonathan Arfi qui fustige « un parti populiste incompatible avec le cadre républicain ».

Il déplore aussi une configuration qui « enferme mentalement les gens dans une projection Mélenchon-Le Pen favorisant l’extrême droite » alors que l’arrivée d’un troisième candidat est de nature à rebattre les cartes à l’approche de 2027.

« Ce n’est pas que le RN devienne moins grave ou plus justifiable, c’est que LFI a une sorte d’effet repoussoir », affirme le président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) Samuel Lejoyeux, qui « ne voi(t) pas à ce stade arriver de vote massif des juifs pour le RN ».

Mais des personnalités ont contribué à brouiller les lignes – par exemple le respecté Serge Klarsfeld, qui a affirmé fin mai à l’AFP que le RN « est progressivement entré dans le cercle des partis républicains », même s’il ne votera pas pour ce parti aux européennes.

Marine Le Pen succède en 2011 à la tête du parti à son père, condamné à plusieurs reprises pour ses sorties antisémites (notamment pour avoir comparé la Shoah à un « détail » de l’Histoire).

Marine Le Pen propose elle aux institutions juives « de combattre ensemble un ennemi commun : les islamistes radicaux antisémites », rappellent Judith Cohen Solal et son co-auteur Jonathan Hayoun.

En quête de normalisation, « c’est pour le RN le dernier verrou à faire sauter », ajoute M. Hayoun.

Il y aurait pourtant des conséquences à voter RN, estime M. Lejoyeux, en rappelant l’opposition de Marine Le Pen à l’abattage rituel.

Son hostilité aux signes religieux ostensibles entraverait aussi le port de la kippa, ajoute Judith Cohen Solal, selon qui Marine Le Pen « n’a pas changé ce qui se passe dans ses rangs » sur l’antisémitisme. Elle veut toutefois croire que les juifs n’iront pas jusqu’à voter RN : « inconsciemment, ils savent ce qui les attend ».

Car « ce qui joue sur l’effet de meute peut toujours se retourner contre les minorités les plus fragiles, et les juifs sont une minorité par définition très fragile », souligne Yonathan Arfi.

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