La droite s’attaque à Zehut
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La droite s’attaque à Zehut

"Ne votez pas pour quelqu’un qui va détruire votre maison," a déclaré Naftali Bennett aux habitants d'implantations

Le député Moshe Feiglin (Likud) devant l'entrée barrée du Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 octobre 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Moshe Feiglin (Likud) devant l'entrée barrée du Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 octobre 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi matin, plusieurs responsables politiques de droite sont passés à l’offensive contre le parti d’extrême droite pro-cannabis Zehut de Moshe Feiglin afin de mettre un coup d’arrêt à sa progression constante dans les sondages – principalement à leurs dépens – à l’approche des élections législatives de la semaine prochaine.

Zehut, dont les sondages prédisaient au départ qu’il ne franchirait pas le seuil électoral requis pour entrer à la Knesset lors des élections du 9 avril, a bénéficié d’un regain de popularité ces dernières semaines, étant actuellement crédité dans les sondages de quatre à sept sièges.

Alors que Moshe Feiglin affirme qu’il n’a pas de préférence entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son principal rival Benny Gantz pour le poste de Premier ministre, le parti pourrait bien jouer un rôle clef dans cette course très serrée.

Au-delà de son programme pro-cannabis, Moshe Feiglin milite aussi pour une série de mesures libertaires avec une pointe de religion et de nationalisme.

Certains membres du parti ne sont pas connus pour partager les opinions ultra-nationalistes de Moshe Feiglin, et au moins l’une d’entre eux – Ronit Dror, en quatrième position sur la liste – une ancienne militante de longue date du Parti travailliste de gauche affirme avoir changé d’opinions.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett lors d’une conférence de presse de son parti HaYamin HaHadash à Ashdod, le 26 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi, le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui dirige le nouveau parti HaYamin HaHadash, a prévenu les électeurs que des membres du parti de Moshe Feiglin pourraient sauter du bateau et rejoindre un gouvernement qui ferait évacuer des implantations en Cisjordanie, comme quand trois membres du parti Tzomet de Rafael “Raful” Eitan avaient quitté le parti pour rejoindre la coalition d’Yitzhak Rabin en 1994 afin d’approuver les Accords d’Oslo.

« Beaucoup d’électeurs de Feiglin sont de jeunes sionistes religieux, » a déclaré Naftali Bennett lors d’une conférence organisée par Maariv et le Jérusalem Post. « Je dis à la jeunesse : Feiglin est une personne avec de bonnes intentions, mais on trouve derrière lui des gens de droite et de gauche et c’est exactement ce qui nous est arrivé avec Raful en 1992. Les gens qu’il a fait élire ont démonté nos maisons. »

« Chaque vote pour Feiglin rapproche un bulldozer de votre maison, » a attaqué le candidat. » Vous le regretterez. C’est presque comme un phénomène de messianisme. Ne votez pas pour quelqu’un qui va détruire votre maison. »

Le député de l’Union nationale, Bezalel Smotrich, à la Cour suprême de Jérusalem, le 27 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Un parti de droite ne laisserait pas inonder les rues israéliennes de drogue, » a, pour sa part, déclaré Bezalel Smotrich à la radio Galey Israel.

« Nous avons besoin d’ordre. L’accès à l’alcool et les cigarettes est limité par la loi, et pourtant n’importe quel enfant de 9 ans sait comment s’en procurer. »

« Il y a quelque chose de très tentant avec Feiglin, je dois le reconnaître, » a-t-il ajouté, dans une critique indirecte du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du chef du Parti travailliste Avi Gabbay qui, parmi d’autres, ont récemment exprimé leur soutien à une légalisation ou à une dépénalisation du cannabis.

« Quand j’ai vu Feiglin passer le seuil d’éligibilité pour la première fois, j’ai remarqué que tous les dirigeants de parti s’étaient lancés dans une compétition pour savoir qui avait fumé le plus et qui était ‘un homme, un vrai’, » a dénoncé le candidat de l’Union des partis de droite.

Itamar Ben Gvir, du parti extrémiste Otzma Yahudit et numéro 7 de la liste de l’Union des partis de droite, s’est aussi exprimé sur la Radio Galey Israel : « Je respecte Moshe et nous avons été partenaires dans des combats pour la Terre d’Israël, mais au-delà des opinions problématiques de Zehut sur les transports publics pendant Shabbat, le mariage civil et entre autres sujets, la liste de Zehut présente des gens avec des visions du monde gauchistes qui n’ont jamais participé à aucun combat important pour la Terre d’Israël. »

L’avocat Itamar Ben Gvir lors d’une conférence de presse, le 30 janvier 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Feiglin, qui a été exclu du parti au pouvoir du Likud il y a quatre ans pour son attitude dissidente et ses positions extrêmes, a pris la campagne d’assaut, en mettant la question du cannabis au cœur du débat national et en obligeant les principaux candidats à se positionner sur le sujet. Il est aussi l’un des rares chefs de parti à ne pas soutenir Benjamin Netanyahu ou Benny Gantz.

Mercredi, pourtant, le site d’information Ynet a cité des officiels du parti déclarant qu’il avait l’intention de laisser de côté son exigence que la légalisation du cannabis soit explicitement mentionnée dans un accord de coalition, comprenant que cela pourrait être compliqué au vu des objections de l’Union des partis de droite et des partis ultra-orthodoxes.

Il a toutefois déclaré que Zehut « n’entrera dans aucun gouvernement sans qu’il soit clair que la légalisation aura lieu lors de la première session de la Knesset. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Moshe Feiglin à la Knesset le 2 juillet 2013 (Crédit : Flash90)

Si on lui demande de rejoindre le prochain gouvernement de coalition, Moshe Feiglin a répondu qu’il chercherait à obtenir le ministère des Finances et de l’Education. Il rejoindra une coalition avec « quiconque me permettra de faire avancer le programme de mon parti de la manière la plus large et la plus significative possible. »

Le programme politique de Zehut – le mot hébreu pour « identité » – comprend une annulation des accords existant avec les Palestiniens, la soumission des citoyens arabes israéliens à un test de loyauté et des incitations financières pour qu’ils émigrent ailleurs s’il refusent d’accepter la souveraineté juive sur ce territoire.

Il s’est aussi exprimé contre les femmes, les gays et les Juifs réformés. En 1995, peu avant l’assassinat d’Yitzhak Rabin, il a organisé des manifestations tapageuses contre les Accords de paix d’Oslo. La Cour suprême l’avait condamné à six mois de prison pour insurrection contre l’Etat, une peine ensuite transformée en travaux d’intérêt général.

Lors de sa campagne, Moshe Feiglin a minimisé son passé de militant ultra-nationaliste et a souligné qu’il se focalise actuellement sur des questions civiques uniquement.

L’équipe du Times of Israel et l’AP ont contribué à cet article.

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