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La fille de Jean Zay dénonce les propos « sidérants » d’Éric Zemmour sur Pétain

"L'histoire de mon père prouve que Pétain n'a pas protégé les Juifs", a réagi Hélène Mouchard-Zay, dont le père a été assassiné par des miliciens du régime de Vichy en juin 1944

François Hollande et Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, visitent le Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement dans le Loiret, le 9 février 2012. (Crédit : Philippe Grangeaud / Solfé Communications / CC BY-NC-ND 2.0)
François Hollande et Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, visitent le Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement dans le Loiret, le 9 février 2012. (Crédit : Philippe Grangeaud / Solfé Communications / CC BY-NC-ND 2.0)

« Les gens de ma génération n’auraient jamais pensé pouvoir entendre ce qu’on entend maintenant sans qu’il y ait des millions de personnes dans la rue », a affirmé mercredi 8 décembre sur Franceinfo Hélène Mouchard-Zay, fille cadette de Jean Zay, ancien ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, arrêté pour trahison par le régime de Pétain, condamné à la déportation à vie, à la dégradation militaire et assassiné par des miliciens du régime de Vichy en juin 1944.

Ces propos viennent en réaction à ceux polémiques plusieurs fois réitérés par Éric Zemmour selon lequel Philippe Pétain aurait protégé les Juifs français au détriment des Juifs étrangers présents en France pendant la Shoah et l’Occupation, alors même que son gouvernement a mené une politique antisémite qui a conduit dans les camps de la mort des milliers de Juifs à la fois français comme étrangers.

Alors que ses propos ont été vivement rejetés par des historiens, ils ont également attisé l’indignation et la colère chez beaucoup, notamment chez Hélène Mouchard-Zay qui les a qualifiés de « sidérants ». L’éducation et la culture étaient « les piliers du projet politique du Front populaire, qui visait à fabriquer, à former, à faire des citoyens libres de leur jugement, libres de leurs choix » a-t-elle ajouté.

L’histoire de mon père est la preuve que Pétain n’a pas protégé les Juifs.

Son père, Jean Zay avait « fait des circulaires dites laïques, qui interdisaient les signes religieux » mais aussi « les signes politiques » à l’école, « parce que la propagande était diffusée partout par les ligues d’extrême droite. Son combat de l’éducation et de la culture, c’est aussi celui pour la liberté et l’égalité », a expliqué Hélène Mouchard-Zay.

Sur Franceinfo, Hélène Mouchard-Zay a rappelé que son père était « une cible de première catégorie » puisqu’il était « ministre du Front populaire » et « d’origine juive ». Il a ainsi subi une « haine politique et antisémite ». Jean Zay était « le Juif emblématique, avec Léon Blum ». Pour elle, « ce n’est pas tellement étonnant. Parce que pour un antisémite, le Juif le plus dangereux, celui dont il faut absolument se méfier et qu’il faut supprimer, c’est le Juif invisible, c’est le Juif qu’on n’arrive pas à repérer et qui ‘tire les ficelles’. On connaît bien cette thématique antisémite ».

À LIRE – Eric Zemmour : « son » judaïsme, « son » identité française et toutes ses polémiques

Hélène Mouchard-Zay ajoute qu’il est « important de rappeler que, dès le mois de juillet 1940 », certains ont compris le danger et ont voulu résister, « comme mon père, comme quelques autres. À l’époque, ils n’étaient pas si nombreux que ça ».

Aujourd’hui encore, Jean Zay, dont les cendres sont conservées au Panthéon, subsiste dans la mémoire française.

Il a été l’instigateur de nombreuses réformes, surtout dans le domaine de l’éducation et de la culture. Parmi elles : l’instauration des trois degrés d’enseignement, l’unification des programmes, la prolongation de l’obligation scolaire à 14 ans, mais aussi la création du CNRS, le Musée national des arts et traditions populaires, le Musée d’Art moderne, la Réunion des théâtres lyriques nationaux et le festival de Cannes.

Même derrière les barreaux, il a continué à travailler pour le pays, préparant notamment des réformes qu’il pensait proposer une fois libéré – des projets qu’il n’a finalement jamais pu mettre en place, alors qu’il n’a jamais pu retrouver sa liberté.

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