La France salue la reprise des relations entre le Maroc et Israël
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La France salue la reprise des relations entre le Maroc et Israël

"Le conflit au Sahara occidental n'a que trop duré et fait peser un risque permanent de tensions", a déclaré le Quai d'Orsay

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours pour présenter sa stratégie de lutte contre le séparatisme, le 2 octobre 2020 aux Mureaux, à proximité de Paris. (Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours pour présenter sa stratégie de lutte contre le séparatisme, le 2 octobre 2020 aux Mureaux, à proximité de Paris. (Ludovic MARIN / POOL / AFP)

La France a salué vendredi la « reprise des relations diplomatiques » entre Israël et le Maroc, estimant que le conflit au Sahara occidental, un des enjeux de cette normalisation, n’avait que « trop duré » et qu’une issue « juste et durable » devait être trouvée.

« Le conflit au Sahara occidental n’a que trop duré et fait peser un risque permanent de tensions », a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, alors que le président américain sortant Donald Trump a reconnu la souveraineté de Rabat sur ce territoire en contrepartie de la normalisation israélo-marocaine.

L’ancienne colonie espagnole est à la fois revendiquée par les Marocains et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie, voisine et grande rivale régionale de Rabat. Des négociations pilotées par l’ONU sont au point mort.

La France est « favorable à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies », a ajouté la porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès von der Mühll.

« Dans cette perspective, elle considère le plan d’autonomie marocain comme une base de discussions sérieuse et crédible », a-t-elle souligné.

Rabat, qui contrôle les trois quarts de ce territoire désertique de 266 000 km2, propose une autonomie sous sa souveraineté. Le Polisario, qui a proclamé en 1976 la République arabe sahraouie démocratique, réclame, depuis des années, le référendum d’autodétermination prévu par un accord de 1991.

Sur la question d’Israël, la France a par ailleurs salué « le rappel par les autorités marocaines de leur soutien à la solution des deux États ».

« Avec ses partenaires, la France est déterminée à contribuer à une reprise du dialogue sur la base du droit international et des paramètres agréés », a ajouté le Quai d’Orsay.

Le président Donald Trump s’exprime au siège de la campagne Trump le jour du scrutin, mardi 3 novembre 2020, à Arlington, en Virginie. (AP Photo/Alex Brandon)

Sous l’impulsion de l’administration Trump, le Maroc est le quatrième pays du monde arabe à annoncer prendre ou reprendre des relations diplomatiques officielles avec Israël ces derniers mois, après les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

Hormis le Premier ministre islamiste, Saad-Eddine El Othmani, qui avait vigoureusement condamné en août dernier « toute normalisation avec l’entité sioniste » en jugeant « toute forme de concession inacceptable ».

Vendredi, le groupe d’action pour la Palestine, organisation marocaine qui couvre un large spectre politique (gauche, nationalistes, panarabe et islamistes) avait appelé à « la mobilisation totale à tous les niveaux » pour « préserver l’authentique position des marocains soutenant la lutte du peuple palestinien ».

La presse marocaine a unanimement salué comme une « victoire » la reconnaissance de la « marocanité du Sahara », expression consacrée pour l’ancienne colonie espagnole que les Marocains et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie, se disputent depuis des décennies.

Pour le Maroc, allié traditionnel des Etats-Unis, « la reconnaissance de la marocanité du Sahara » est « une percée diplomatique historique », comme l’a dit jeudi le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dans une déclaration à l’AFP.

Sur les réseaux sociaux, en Russie et le Polisario

Sur les réseaux sociaux marocains, le hashtag « la normalisation est une trahison » était vendredi parmi les plus populaires, mais loin derrière le hashtag « Sahara ». Tout autant que le « Sahara marocain », la cause palestinienne est considérée comme une « cause nationale » au Maroc.

Le vice ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov (Capture d’écran YouTube)

« Ce que les Américains ont fait ici, c’est une décision unilatérale qui sort complètement du cadre du droit international », a déclaré vendredi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov.

La direction du Polisario a estimé vendredi que la décision américaine était « nulle et non avenue » en se disant prête à poursuivre le combat « jusqu’au retrait des troupes marocaines d’occupation ».

L’ONU plaide depuis des années, sans grand résultat, pour une solution politique négociée concernant le statut de ce « territoire non-autonome » hérité du passé colonial du continent africain. Des négociations sous son égide sont au point mort depuis le printemps 2019.

A la mi-novembre, le Maroc qui contrôle les deux tiers du Sahara occidental a conforté ses positions sur le terrain en déployant ses troupes dans une zone tampon jusque là contrôlée par l’ONU pour « sécuriser » la seule route vers l’Afrique de l’Ouest, dans l’extrême sud. La situation reste tendue depuis, le Polisario ayant rompu le cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de l’ONU.

Selon le chef de la diplomatie marocaine, c’est au terme de « plusieurs années de travail » que les efforts de son pays sur le dossier du Sahara ont été « couronnés par la reconnaissance des Etats-Unis, grande puissance du Conseil de sécurité et acteur influent sur la scène internationale ».

Dans la balance : les Etats-Unis ouvrent un consulat à Dakhla, le grand port du Sahara Occidental, le Maroc, lui, « rouvre non pas une ambassade mais un bureau diplomatique » existant de 1994 à 2002, à l’époque où le roi Hassan II soutenait le processus de paix marqué par les accords israélo-palestiniens d’Oslo en 1993, comme l’a souligné un haut responsable diplomatique marocain.

Le roi Hassan II du Maroc, à droite, discute avec le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, deuxième à gauche, et le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, à gauche, au palais royal de Skhirat à Rabat, au Maroc, le 14 septembre 1993. (Crédit : AP Photo/Nati Harnik)

La négociation inclut l’ouverture de liaisons aériennes directes entre le Maroc et Israël où vivent quelques 700 000 juifs d’origine marocaine, mais aussi une « action pour l’investissement » côté américain et un développement de la « coopération économique » avec Israël, selon la source diplomatique marocaine.

Les médias israéliens avaient évoqué un « deal » depuis plusieurs mois, sans réaction officielle côté marocain.

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