La gauche et la droite unis dans la dénonciation de Liberman
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La gauche et la droite unis dans la dénonciation de Liberman

Après que le chef de Yisrael Beytenu a qualifié "d'antisionistes" les Haredim, Netanyahu et les députés religieux ont déploré un "spectacle d'horreur"

Le président de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman lorsd d'une réunion de faction à la Knesset, le 20 novembre 2019
Le président de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman lorsd d'une réunion de faction à la Knesset, le 20 novembre 2019

Le chef de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman peut avoir échoué dans ses efforts visant à la mise en place d’un gouvernement d’unité mais il est parvenu, dans la journée de mercredi, à créer l’unanimité chez les députés de droite et de gauche – qui l’ont tous condamné.

Liberman a été attaqué depuis tout le spectre politique suite à un discours féroce dans lequel il a attribué la responsabilité de l’incapacité à former une coalition de majorité à la fois au Premier ministre Benjamin Netanyahu et au chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz – excluant de surcroît toute possibilité de rejoindre un gouvernement aux côtés des formations ultra-orthodoxes « antisionistes » ou des députés arabes, une « cinquième colonne », ouvrant la voie à un troisième cycle électoral cette année.

Tandis que Liberman a déjà, dans le passé, qualifié les Arabes de « cinquième colonne » – s’attirant les foudres pour ces propos – son attaque des ultra-orthodoxes en tant « qu’antisionistes » et faisant partie d’une alliance antisioniste avec les formations arabes est nouvelle.

Son allocution a été diffusée en directe par la majorité des médias israéliens les plus importants, notamment par les chaînes de télévision qui ont interrompu leurs programmes pour diffuser le discours.

Netanyahu a condamné les propos de Liberman, et a également lancé un dernier appel au président de Kakhol lavan, Benny Gantz, en vue de la mise en place d’un gouvernement d’union.

Les députés haredim ont eux déclaré que Liberman était un « antisémite » doublé d’un « tsar », et que son allocution s’apparentait à un « crime de guerre » et à un « spectacle d’horreur ».

« Nous n’avons pas besoin de chercher l’antisémitisme à l’étranger quand Liberman annonce un coup d’Etat et de troisièmes élections », a commenté, furieux, Yisrael Eichler, législateur pour le parti YaHadout HaTorah. « Ce qu’a dit Liberman aujourd’hui au sujet de la communauté ultra-orthodoxe est un crime de guerre. Il utilise les méthodes du tsar russe, qui disait ‘frappez les Juifs et sauvez la Russie’. »

MK Rabbi Yisrael Eichler (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Yisrael Eichler, rabbin et député de Yahadout HaTorah. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Eichler est allé jusqu’à comparer le discours à un pogrom antisémite qui avait eu lieu à Kishinev — devenu Chisinau, lieu de naissance de Liberman – en 1903 au cours duquel 49 Juifs ont été tués, plus de femmes encore violées et 1 500 habitations pillées.

« C’est ce qu’il s’était passé pour les Juifs à Kishinev et c’est ce que fait aujourd’hui cet homme né à Kishinev », a-t-il accusé.

« Un spectacle d’horreur scandaleusement immonde… Rempli de mensonges, d’ignorance et de haine. Nous pouvons dire malheureusement que l’antisémitisme a été redécouvert aujourd’hui », a clamé pour sa part le leader de YaHadout HaTorah, Yaakov Litzman, lors d’une réunion de faction.

« Ce qu’il a dit aujourd’hui est honteux », a-t-il ajouté.

« Nous n’avons pas souvenir d’avoir vu un tel antisémitisme à la Knesset auparavant, même de la part du député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi. Il a fait du mal à ce pays et il ne sait pas comment s’incliner avec respect », a dit le député Moshe Gafni lors de la même réunion. « Il doit absolument quitter la politique… Il n’est rien. »

Tibi, visé directement par Gafni dans ses commentaires des propos tenus par Liberman, a affirmé que « les incitations » du dirigeant de Yisrael Beytenu « contre les Arabes et les ultra-orthodoxes sont un pur racisme, un pur antisémitisme. Nous continuerons à construire des passerelles avec les formations haredim malgré nos différences d’opinion ».

Le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi à la Knesset, le 23 octobre 2017. (Alster/FLASH90)

La députée issue de l’alliance Travailliste-Gesher, Merav Michaeli, a estimé pour sa part que « Liberman a optimisé le concept de Netanyahu, en le passant à ‘moins les Arabes et les ultra-orthodoxes’. Les Arabes et les ultra-orthodoxes font partie de la société israélienne. Les dirigeants de ces deux communautés doivent comprendre que le moment est venu pour eux de coopérer avec les forces libérales et de former un gouvernement sans Netanyahu ».

Le chef de la faction du Likud, Miki Zohar, a affirmé que « malheureusement, le discours de Netanyahu nous envoie vers un troisième scrutin. Ses critiques délirantes des ultra-orthodoxes claquent la porte à un gouvernement de droite. S’il y avait une chance de compromis avec eux, cela les en aura encore éloignés – à cause de cette décision de les attaquer avec une telle agressivité ».

Néanmoins, la ministre de la Culture Miri Regev (Likud) a salué Liberman pour avoir écarté toute possibilité de soutenir un gouvernement minoritaire qui bénéficierait de l’appui de la Liste arabe unie, appelant Benny Gantz à redoubler d’efforts en faveur d’un gouvernement d’unité.

Ayelet Shaked, de HaYamin HaHadash, a déclaré que la perspective d’un troisième scrutin en Israël était de « la pure folie. J’espère que les chefs politiques assumeront la responsabilité de cette crise : Il y a une solution. Chacun doit accepter de faire un compromis. »

Bezalel Smotrich, leader de l’Union nationale, a déclaré que « Liberman était et il est resté un conseiller en communication uniquement centré sur lui-même ».

Le président Reuven Rivlin (à droite) et le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz se rencontrent à la résidence du président, le 15 novembre 2019. (Mark Neiman/GPO)

Si Gantz devait se trouver dans l’incapacité de former une coalition d’ici mercredi à minuit, une période de 21 jours commencera au cours de laquelle les 61 membres de la Knesset pourront apporter leur soutien au poste de Premier ministre à n’importe quel candidat. Le cas échéant, l’Etat juif retournera aux urnes.

Raoul Wootliff, Jacob Magid et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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