La Hongrie versera 3,4 millions $ pour lutter contre l’antisémitisme en Europe
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La Hongrie versera 3,4 millions $ pour lutter contre l’antisémitisme en Europe

Le discours populiste du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a exposé son gouvernement aux critiques selon lesquelles il alimente le racisme - notamment contre les Juifs

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban visite le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 juillet 2018. (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban visite le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 20 juillet 2018. (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Le gouvernement hongrois, qui a été accusé de nourrir des sentiments antisémites dans le cadre de son bras de fer avec le financier et philanthrope George Soros, a annoncé jeudi qu’il dépenserait chaque année 3,4 million d’euros pour soutenir des projets destinés à combattre l’antisémitisme.

La moitié de cet argent se consacré à des initiatives gouvernementales dans le budget national de 2019, suivi d’une deuxième allocation dans le budget suivant, selon un communiqué publié mercredi par l’Association of United Hungarian Jewish Congregation, ou EMIH, qui travaille avec le gouvernement sur ces projets.

Cette somme est destinée à aider une organisation juive hongroise, la Ligue d’action et de protection de l’Europe (APLE), à financer différents projets en Europe, selon le porte-parole du gouvernement Zoltan Kovacs.

La somme allouée devra aider l’APLE à mettre en oeuvre des programmes d’éducation en Europe et à ouvrir une « hotline » destinée à recenser les incidents antisémites, selon le gouvernement.

L’APLE ouvrira aussi un bureau à Bruxelles pour faire « entendre sa voix » auprès des institutions européennes, a ajouté M.  Kovacs.

Outre la mise en place d’au moins une ligne d’assistance téléphonique pour signaler les incidents antisémites, le financement ira à des initiatives dans les domaines de la justice et de l’éducation.

Ce nouveau fonds, qui pourrait devenir un poste permanent du budget annuel de la Hongrie, fait partie d’une résolution gouvernementale adoptée cette semaine par le président du cabinet du Premier ministre, le ministre Gergely Gulyás, selon ce communiqué.

La Fondation Action et Protection, ou TEV, de la communauté juive hongroise, un organisme de surveillance créé en 2012, dirigera la mise en œuvre des projets.

« La Hongrie contribue de manière assez significative à la lutte contre l’antisémitisme, et j’en remercie le gouvernement », a déclaré le rabbin Shlomo Koves, chef du groupe EMIH affilié au Mouvement Habad Loubavitch et fondateur du TEV.

La rhétorique et les politiques populistes du Premier ministre hongrois de droite, Viktor Orban, ont exposé son gouvernement aux critiques selon lesquelles il alimente le racisme, y compris contre les Juifs.

Le gouvernement d’Orban a eu une querelle ouverte avec la fédération des communautés juives du pays, Mazsihisz, à propos d’une statue dévoilée à Budapest en 2014. Dédiée à l’occupation nazie, elle montre un ange attaqué par un aigle. Mazsihisz a déclaré que cela occultait la complicité hongroise dans la Shoah.

Orban a toujours rejeté cette interprétation et s’est engagé à plusieurs reprises à lutter activement contre l’antisémitisme.

En Hongrie, où vivent quelque 100 000 Juifs, le TEV n’a enregistré que 37 incidents antisémites en 2017, dont 24 cas de discours de haine. Le TEV n’a enregistré aucune attaque physique contre des Juifs en 2017.

Viktor Orban rejette toute accusation d’antisémitisme et met en avant comme preuve de ses bonnes relations avec la communauté juive les relations étroites qu’il entretient avec son homologue israélien Benjamin Netanyahu, qui lui aussi a critiqué George Soros.

George Soros, fondateur et président de l’Open Society Foundations, assiste à la réunion annuelle du Conseil européen des relations extérieures, à Paris, France, le 29 mai 2018. (François Mori/AP)

Le Premier ministre hongrois a notamment accusé George Soros d’utiliser ses activités humanitaires en Hongrie pour favoriser l’immigration illégale en Europe, des affirmations rejetées par M. Soros, lequel a dénoncé des mesures « répressives » prises par Budapest contre les ONG d’aide aux migrants.

Dans un message mis en ligne jeudi, M. Kovacs a affirmé que le gouvernement hongrois avait une attitude de tolérance zéro vis-à-vis de l’antisémitisme. Il a cité plusieurs initiatives prises en faveur de la communauté juive, comme l’aide financière à la reconstruction de synagogues et de cimetières juifs.

Selon un sondage réalisé dans des pays européens pour le compte de la chaîne CNN, rendu public cette semaine, 42% des Hongrois estiment que les juifs ont trop d’influence dans le monde des affaires et des finances au niveau mondial, et 19% reconnaissent avoir une opinion défavorable des juifs.

Selon le Congrès juif mondial, la communauté juive hongroise, la plus importante d’Europe centrale, ne connait cependant que « quelques incidents antisémites occasionnels », et dispose « de toutes les facilités » pour la pratique religieuse et la préservation de son héritage culture.

L’AFP a contribué à cet article.

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