La Knesset s’oppose à la proposition de Bennett de traquer les malades
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La Knesset s’oppose à la proposition de Bennett de traquer les malades

Des députés s'opposent à l'idée de permettre au NSO Group controversé et à l'armée d'accéder aux données personnelles

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Photo d'illustration - les soldats dans un laboratoire de testage des militaires au coronavirus, le 23 mars 2020 (Crédit : Armée israélienne)
Photo d'illustration - les soldats dans un laboratoire de testage des militaires au coronavirus, le 23 mars 2020 (Crédit : Armée israélienne)

Une proposition faite par le ministre de la Défense Naftali Bennett de demander l’aide de la firme de renseignements privée controversée, NSO Group, pour traquer les malades du Covid-19 – avec pour objectif de mieux prévenir les éventuelles contaminations – semble avoir été enterrée suite à un débat sur le sujet qui a eu lieu lundi à la Knesset.

Au cours d’une session d’une sous-commission de la Knesset, les députés ont exprimé leur opposition à cette idée, citant de graves problèmes de confidentialité, et les responsables gouvernementaux ont indiqué que le plan n’était pas sérieux et qu’aucune requête officielle n’avait été déposée auprès des bureaux concernés.

Dans la journée, dans une série de tweets, Bennett avait lancé l’idée d’accorder à l’unité d’élite de l’armée israélienne 8200, ainsi qu’à NSO, l’accès aux données hautement personnelles des citoyens israéliens collectées par les services de sécurité du Shin Bet et par le ministère de la Santé dans le cadre d’un programme de surveillance déjà très controversé.

Selon le ministre de la Défense, l’Unité 8200 – l’équivalent de la NSA aux États-Unis – et NSO, compagnie privée qui aurait d’ores et déjà vendu des logiciels de surveillance à des régimes du monde entier contrevenant aux droits humains, ont développé un programme permettant de donner une note sur 10 à chaque personne au sein de l’État d’Israël – sur la base de la probabilité qu’elle soit contaminée par le coronavirus.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett inspecte le Dan Hotel transformé en structure d’isolement pour les porteurs du coronavirus à Tel Aviv, le 16 mars 2020 (Crédit : Compte Twitter de Naftali Bennett)

Ainsi, une personne qui aurait eu un contact direct avéré avec un porteur du coronavirus obtiendrait la note de 9 tandis que quelqu’un qui n’a pas été exposé serait noté 3, a expliqué Bennett.

Grâce à ces notes, le programme pourrait prédire les lieux de propagation susceptibles de la maladie, donnant aux autorités la capacité de les empêcher.

Mais le logiciel nécessiterait des données personnelles médicales, de lieu et autres concernant de larges pans de la population, ce qui soulève des inquiétudes majeures de confidentialité, en particulier en raison de l’implication d’une firme privée de renseignement.

La proposition a été discutée pendant une réunion de la sous-commission de la Knesset pour les services secrets, qui est chargée de superviser le programme de surveillance actuellement mis en œuvre par le Shin Bet.

Pendant la réunion, l’Institut israélien de la démocratie qui s’était opposé au programme de traçage du Shin Bet a envoyé un message au président de la sous-commission, le député Gabi Ashkenazi, au sujet du plan de Bennett.

Le député Kakhol lavan et président de la Commission de la défense et des affaires étrangères de la Knesset, Gabi Ashkenazi, dirige une discussion en commission sur le nombre de recrues de l’armée ultra-orthodoxe, à la Knesset, le 9 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

En ce moment, le Shin Bet utilise son accès à toutes les données cellulaires du pays et aux registres des cartes bancaires – entre autres informations numériques – pour suivre les mouvements des personnes testées positives au coronavirus afin de déterminer avec qui elles ont été en contact, de manière à ce que le ministère de la Santé puisse leur transmettre des ordres de mise en quarantaine.

Dans le passé, ce type d’initiative de surveillance n’était utilisé que dans la lutte contre le terrorisme et non dans des cas de citoyens israéliens non accusés d’un crime. Les critiques du programme disent que le Shin Bet en particulier ne devrait pas être chargé d’un plan d’une telle sensibilité, n’étant pas lui-même soumis aux lois du pays sur la transparence.

Selon les dispositions du programme qui a été vivement dénoncé par la société civile et certains responsables politiques israéliens, seul un petit nombre des agents du Shin Bet ont le droit d’accéder aux données et ils doivent les transmettre à quelques responsables approuvés au sein du ministère de la Santé.

La proposition faite par le ministre de la Défense augmenterait significativement le nombre de personnes ayant accès aux informations personnelles des citoyens israéliens.

Eli Avidar, député de Yisrael Beytenu, à la Knesset, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Au cours de la discussion, le député Eli Avidar d’Yisrael Beytenu a indiqué que les efforts visant à élargir un tel programme de surveillance de masse étaient prévisibles parce qu’une fois que les services de sécurité obtenaient l’accès à un nouvel outil puissant, d’autres voudraient, eux aussi, en bénéficier.

« Qu’est-ce que vous pensiez qu’il se passerait ? », a-t-il ainsi interrogé de façon rhétorique.

En effet, plusieurs experts des questions relatives à la confidentialité ont averti que le programme du Shin Bet ouvrirait la boîte de Pandore et qu’une fois ouverte, elle ne pourrait être refermée.

Gabi Ashkenazi s’est également montré très réticent à l’idée qu’une compagnie privée comme le NSO Group puisse avoir accès aux données personnelles des Israéliens.

Des représentants du bureau du procureur général, du ministère de la Santé et du Shin Bet qui ont pris part à la réunion de la sous-commission ont déclaré qu’ils n’avaient appris l’existence de la proposition du ministre de la Défense que par le biais d’informations parues dans les médias et de questions posées par les journalistes, et qu’il n’avait pas déposé de requête officielle à cet égard.

« Nous avons reçu une demande très, très initiale – une requête informelle sans fondement juridique – à ce sujet. Alors, nous ne la prenons pas vraiment en compte ni ne nous en préoccupons », a commenté un représentant du bureau du procureur général.

Un porte-parole du Shin Bet a dit au Times of Israel ne pas avoir transféré les informations à sa disposition à une agence gouvernementale, notamment à l’armée, autre que le ministère de la Santé – et ne pas être autorisé à la faire sur le plan juridique.

« Le service de sécurité n’a pas l’autorisation et il ne lui est pas permis de transférer les données à une institution autre que celles désignées dans la décision prise par le gouvernement », a noté le Shin Bet.

Le NSO Group, une firme basée à Herzliya, est connu pour la commercialisation de Pegasus, un outil hautement invasif qui serait capable d’activer l’appareil photo ou le micro d’un téléphone mobile et d’accéder à ses données – transformant efficacement le téléphone en espion portatif.

Au mois d’octobre, Facebook, propriétaire de l’application de messagerie WhatsApp, avait porté plainte aux États-Unis contre le NSO Group, l’accusant d’utiliser la plateforme de messagerie populaire pour mener des missions de cyber-espionnage à l’encontre de près de 1 400 journalistes, diplomates, dissidents et activistes des droits humains dans le monde entier.

Le logo de la société israélienne du groupe NSO sur un bâtiment à Herzliya, en Israël, apparaît sur cette photo du 25 août 2016. (AP Photo/Daniella Cheslow)

Le FBI, pour sa part, a ouvert une enquête sur NSO, soupçonnant que ses produits ont été utilisés pour pirater les téléphones de citoyens américains et espionner des gouvernements étrangers, a annoncé Reuters.

Au mois de janvier, des experts indépendants du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU avaient indiqué que le piratage présumé par l’Arabie saoudite du téléphone de Jeff Bezos, le propriétaire d’Amazon, avait probablement été effectué à l’aide du logiciel-espion de NSO. Le téléphone de Bezos aurait été infiltré par le biais d’un compte WhatsApp appartenant au prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane.

Le logiciel-espion avait également été cité lors du meurtre abominable du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont le corps avait été démembré au sein du consulat saoudien d’Istanbul, en 2018.

L’entreprise, de son côté, affirme ne fournir son logiciel aux gouvernements que dans le seul but de combattre le terrorisme et le crime, et a nié toutes les accusations lancées à son encontre.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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