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La Knesset veut bloquer la loi empêchant Netanyahu de devenir Premier ministre

Le présidium refuse d'annexer la loi interdisant à un accusé de délits graves de devenir Premier ministre, à la dissolution de la Knesset et à la convocation de nouvelles élections

Le ministre des Finances Avigdor Liberman dirigeant une réunion de la faction Yisrael Beytenu à la Knesset, le 16 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre des Finances Avigdor Liberman dirigeant une réunion de la faction Yisrael Beytenu à la Knesset, le 16 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

Un projet de loi visant à interdire à un parlementaire accusé d’un crime grave de devenir Premier ministre a peu de chances de passer après le refus du présidium de la Knesset d’inclure la législation au projet de loi visant à dissoudre la Knesset.

Le projet de loi a été déposé par le député Yevgeny Soba du parti Yisrael Beytenu du ministre des Finances Avigdor Liberman.

S’il est adopté, il empêcherait le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, qui est en procès pour corruption, de former un gouvernement.

Liberman et le ministre du Logement Zeev Elkin ont déclaré séparément mardi matin qu’ils essayeraient d’annexer le projet de loi au prochain vote sur la dissolution de la Knesset, prévu mercredi.

Le présidium de la Knesset a ensuite rejeté cette demande, ce qui signifie que le projet de loi devra être soumis séparément à une date ultérieure, mais avec la dissolution imminente de la Knesset, il reste peu de temps pour une telle mesure.

Les porte-paroles de Soba et de Liberman ont déclaré qu’ils faisaient tout leur possible pour que le projet de loi soit soumis au vote dès que possible, mais ils ne savent pas s’ils y parviendront.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à la Knesset de Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La possibilité d’une telle législation a été envisagée à plusieurs reprises depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel l’année dernière ; la proposition avait été lancée par le ministre de la Justice Gideon Saar, mais elle n’a jamais bénéficié d’un soutien suffisant de la coalition pour être adoptée. Ses détracteurs ont déclaré que ce projet visait spécifiquement Netanyahu.

Si le projet de loi est présenté à temps pour un vote au plénum actuel, il a peu de chances d’être adopté, car le député renégat de Yamina, Nir Orbach, qui contrôle la commission de la Knesset par laquelle le projet de loi passerait, s’y opposerait probablement, a rapporté mardi la Douzième chaîne.

Orbach qui a quitté la coalition la semaine dernière, la réduisant à une minorité, a invoqué sa frustration face aux « éléments extrémistes et antisionistes » dont les députés arabes Mazen Ghanayem (Raam) et Ghaida Rinawie Zoabi (Meretz) qui auraient tiré la coalition « dans des directions problématiques » et l’auraient « tenue en otage ».

Le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ont annoncé lundi qu’ils allaient demander la dissolution de la Knesset et le déclenchement de nouvelles élections, leur coalition étant incapable de fonctionner. Bien que le vote sur la dissolution ait été initialement prévu pour la semaine prochaine, il a été avancé mardi pour une lecture préliminaire mercredi. Ceci afin d’empêcher les partis d’opposition de tenter une manœuvre compliquée, mais réalisable, consistant à installer un gouvernement alternatif avec l’aide de membres renégats de la coalition.

S’exprimant lors d’une conférence économique à Jérusalem, M. Liberman a déclaré que la coalition étudiait la possibilité de faire avancer le projet de loi.

Liberman a imputé l’effondrement du gouvernement et les nouvelles élections probables à Netanyahu, qui est en procès pour trois affaires de corruption, dont une accusation de pot-de-vin.

Le leader de l’opposition et le chef du parti du Likud, Benjamin Netanyahu, lors d’une déclaration aux médias à la Knesset, à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ces élections sont le résultat des intrigues, des mensonges et du harcèlement d’un seul homme, et il s’appelle Benjamin Netanyahu », a déclaré Liberman. « L’objectif principal est de l’empêcher de revenir au pouvoir ».

M. Liberman a déclaré que c’était Netanyahu qui avait empêché que les quatre élections précédentes, organisées au cours des trois dernières années, aboutissent à une solution stable.

« Il aurait été possible [de former un gouvernement durable] si ce n’était pour un seul homme qui ne se soucie que de lui-même », a déclaré M. Liberman, selon une dépêche de Walla.

Au cours de ces dernières séries d’élections, plusieurs partis, dont le Yisrael Beytenu de Liberman, avaient juré de ne pas faire partie d’un gouvernement sous Netanyahu. Aucun bloc ne parvenant à obtenir une majorité stable, le pays a été contraint à une série d’élections jusqu’à ce que Bennett et Lapid, l’année dernière, mettent en place leur coalition diversifiée de huit partis de gauche, du centre et de droite, ainsi que le Raam, un mouvement islamiste.

Elkin, du parti Tikva Hadasha, a déclaré à Kan news qu’il espérait que la coalition puisse soumettre le projet de loi au vote avant la dissolution de la Knesset. Il a déclaré que son parti soutenait le projet de loi et qu’il n’avait pas été adopté jusqu’à présent parce que le parti Yamina de Bennett avait posé son veto.

« Des efforts pourraient être déployés pour le faire passer maintenant, je ne sais pas s’il est trop tard », a déclaré Elkin.

En début de semaine, la Douzième chaîne a rapporté que Bennett s’opposait à l’adoption du projet de loi parce qu’il craignait que cela ne pousse Nir Orbach, député du parti Yamina, qui avait déjà déclaré qu’il quittait la coalition pour l’opposition, à aller plus loin et à soutenir un projet de loi de l’opposition visant à dissoudre la Knesset.

On ne sait pas si, maintenant que la Knesset va de toute façon être dissoute, Bennett soutiendra le projet de loi.

Le ministre de la Justice Gideon Saar arrive à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/POOL)

Alors que le monde politique se prépare à la réalité de nouvelles élections, prévues pour octobre, le leader de Tikva Hadasha, le ministre de la Justice Gideon Saar, a juré qu’il n’aiderait pas Netanyahu à revenir au pouvoir en s’associant au Likud dans une coalition après les élections.

Saar, un ancien membre du Likud qui a fait défection avant les dernières élections pour former son parti avec l’intention déclarée d’évincer Netanyahu, a déclaré à la radio de l’armée que les législateurs de son parti étaient unis derrière lui et qu’ils ne s’étaient pas laissé convaincre de passer à l’opposition, malgré les pressions exercées sur eux pour qu’ils le fassent.

Il reste confiant qu’ils ne le feront pas maintenant, même si leur avenir politique est désormais incertain, car les sondages montrent que Tikva Hadasha se situe à la limite du seuil d’entrée à la Knesset.

« Aucun d’entre eux ne commettra l’erreur de se laisser séduire ou contraindre », a déclaré Saar.

Elkin, lui aussi membre de Tikva Hadasha, a soutenu son chef de parti, déclarant à la Douzième chaîne d’information « nous ne serons pas le 61e doigt de Netanyahu ».

Le ministre du Logement et de la Construction, Zeev Elkin, assiste à une conférence à Modiin, le 5 décembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Nous n’avons pas été tentés et nous n’avons pas manqué à notre parole envers l’électeur, pas pendant la phase de mise en place du gouvernement ni maintenant », a déclaré Elkin. « Il est impossible de revenir à une situation où le pays entier est asservi à une seule personne. »

« Nous sommes en fait le doigt dans la digue » qui empêche le retour de Netanyahu, a déclaré Elkin.

Elkin a également précisé que son parti n’a pas l’intention de se présenter sur une liste commune avec Yamina de Bennett.

« Tikva Hadasha fera campagne seule pour ces élections », a-t-il dit.

David Bitan, député du Likud, a fait fi des remarques d’Elkin, déclarant à la Douzième chaîne : « Avec tout le respect qui lui est dû, nous n’avons aucun désir de nous asseoir avec lui [Elkin] ».

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz dirige une réunion de sa faction du Meretz à la Knesset de Jérusalem, le 28 février 2022. (Crédit : Yonatan SindelFlash90)

Par ailleurs, le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, a déclaré à la radio de l’armée que son parti Meretz ne devait pas être tenu responsable de l’effondrement du gouvernement, même si sa députée Ghaida Rinawie Zoabi avait voté avec l’opposition pour aider à faire échouer un projet de loi clé sur les implantations en Cisjordanie, ce qui a incité le partisan de la droite, Orbach, à quitter la coalition.

Selon Horowitz, Meretz « n’est pas coupable d’avoir fait éclater le gouvernement, ceux qui ont fait pression… sont un certain nombre de députés de Yamina qui n’ont pas pu supporter de devoir coopérer avec nous et non avec les Arabes du gouvernement. »

Parmi les partis d’opposition, le leader de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, membre de la majorité arabe, a déclaré à la radio de l’armée qu’il restait ouvert à une coopération avec Raam, un parti islamiste qui fait partie de la coalition.

« Nous ne disqualifions pas Raam », a-t-il dit, mais il a attaqué le chef de son parti, le député Mansour Abbas, en disant qu’il s’était « vendu à n’importe qui et à tout le monde… et qu’il voulait juste faire partie de la coalition. »

Odeh faisait référence aux négociations qui ont suivi les dernières élections entre le Likud et Abbas et qui, si elles avaient abouti, auraient pu voir le parti islamiste rejoindre une coalition avec le parti Sionisme religieux, d’extrême droite. À l’époque, le parti Sionisme religieux avait refusé de s’associer à Raam, ce qui avait apparemment fait échouer le processus.

Après la dissolution de la Knesset, Lapid devrait devenir Premier ministre intérimaire jusqu’à l’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement, conformément à l’accord de coalition initial. Bennett devrait devenir Premier ministre suppléant, un poste actuellement occupé par Lapid, et devrait également être responsable du « portefeuille de l’Iran », selon la presse israélienne.

Compte tenu des contraintes légales et des jours fériés, les nouvelles élections devraient avoir lieu à la fin du mois d’octobre.

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