La législation restreignant l’utilisation des mikvés aux orthodoxes avance
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La législation restreignant l’utilisation des mikvés aux orthodoxes avance

Les députés de Shas et Yahadout HaTorah saluent une victoire des efforts pour "réparer" le jugement de la cour suprême sur l'ouverture à tous des bains rituels

Le ministre des Affaires religieuses David Azoulay visite un luxueux mikvé [bain rituel] dans l'implantation d'Alon Shvut, en Cisjordanie, pendant une visite du Gush Etzion le 25 août 2015. (Crédit : Gershon Elinson/FLASH90)
Le ministre des Affaires religieuses David Azoulay visite un luxueux mikvé [bain rituel] dans l'implantation d'Alon Shvut, en Cisjordanie, pendant une visite du Gush Etzion le 25 août 2015. (Crédit : Gershon Elinson/FLASH90)

Un projet de loi qui interdirait aux conversions des mouvements masorti et réformé de prendre place dans les bains publics rituels en Israël a passé mercredi le vote en première lecture à la Knesset.

Les membres de la commission des Lois avaient voté dimanche et fait passer la mesure à l’unanimité. La coalition gouvernant Israël est à présent obligée de soutenir le projet de loi quand il atteindra la Knesset, bien que les votes suivants puissent être reportés jusqu’à ce que la coalition s’accorde sur sa formulation.

Le projet de loi a été proposé par le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah et est soutenu par le parti ultra-orthodoxe Shas, ainsi que par certains membres du parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi. Selon ce projet, les bains publics rituels du pays [mikvés] ne pourraient être utilisés qu’en accord avec les instructions du grand-rabbinat d’Israël.

Le projet de loi, qui a été voté avec 42 voix pour et 38 contre, est conçu pour passer outre une décision de la Cour suprême de février statuant que les bains rituels, ou mikvés, soient ouvert aux conversions réformées et masortis. En plus d’interdire cette pratique, la mesure pourrait aussi demander que les femmes s’immergent sous la supervision d’un préposé du mikvé pour s’assurer qu’elles se conduisent selon les lois juives orthodoxes.

S’adressant à la plénière après le vote, Gafni a repoussé les critiques disant que son projet de loi excluait principalement les juifs réformés et conservateurs de la vie religieuse publique, disant qu’il ne cherchait qu’à « réparer ce que nous voyons comme une règle erronée. »

Chairman of the Finance Committee MK Moshe Gafni (United Torah Judaism ) attends a committee meeting on October 29, 2012. (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Le député Yahadout HaTorah Moshe Gafni à la Knesset, le 29 octobre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le sujet ici est qu’ils veulent avoir des conversions dans les mikvés, alors que ce n’est pas l’objet des mikvés. Les immersions rituelles sont guidées par la Halacha [la loi juive], ce ne sont pas des bains turcs », a-t-il déclaré aux députés.

« Nous voulons garder la situation ainsi, et ne voulons pas causer de tensions inutiles », a déclafé Gafni, notant que les bains privés pouvaient être utilisés pour les rituels de conversion non orthodoxe.

En Israël, les bains rituels publics sont actuellement géré sous les auspices des municipalités, qui ont toutes des commissions de la vie religieuse, qui dans beaucoup de cas comprennent des femmes. Le jugement de la cour suprême de février avait établi que puisque les bains étaient publiquement financés, il devait y avoir une approche équitable pour ceux qui sont autorisés à les utiliser.

Pour Gafni, déplacer le contrôle des bains rituels au grand-rabbinat est une double victoire : en en faisant une affaire religieuse- comme le mariage ou le divorce, qui ne sont pas légalement possibles pour les mouvements conservateur et réformé – le grand-rabbinat aurait la capacité de bloquer l’utilisation des bains aux mouvements juifs libéraux.

Le ministre des Affaires religieuses David Azoulay visite un luxueux mikvé [bain rituel] dans l'implantation d'Alon Shvut, en Cisjordanie, pendant une visite du Gush Etzion le 25 août 2015. (Crédit : Gershon Elinson/FLASH90)
Le ministre des Affaires religieuses David Azoulay visite un luxueux mikvé [bain rituel] dans l’implantation d’Alon Shvut, en Cisjordanie, pendant une visite du Gush Etzion le 25 août 2015. (Crédit : Gershon Elinson/FLASH90)

David Azoulay, le ministre des Affaires religieuses et député du parti ultra-orthodoxe Shas, a accueilli l’approbation de la Knesset et promis de maintenir une politique de tolérance zéro envers « toute tentative d’interférer ou de changer les directives halachiques ».

« Ces groupes qui cherchent à changer la Torah et la Halacha ne sont pas des mouvements religieux israéliens », a-t-il déclaré avant d’accuser les mouvements réformé et conservateur locaux de souvent « augmenter leurs nombres » afin d’appuyer leur influence en Israël.

« Ils peuvent tenir autant de cérémonies ou de coutumes folkloriques qu’ils le souhaitent, mais le judaïsme n’est pas un genre de théâtre où vous pouvez simplement vous montrer pour vous amuser, a-t-il déclaré. Avec tout le respect dû à leur sionisme et le soutien à l’Etat d’Israël, nous ne les autoriserons pas à nous contrôler à distance ou à abimer le caractère juif du pays. »

Zahava Galon during a Knesset meeting (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Zahava Galon à la Knesset. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La députée de l’opposition Zehava Galon (Meretz) a répondu à Gafni et Azoulay, déclarant que deux députés « nous rendaient tous fous. »

« Vous avez introduit une loi dans le but de contourner la cour suprême, vous ne vous intéressez pas aux mikvés, ce qui vous intéresse est de gagner un point d’appui. Vous menez un combat de voyou, d’extorsion contre ‘ces personnes’ qui ont un nom – réformés et conservateurs. Qui vous a donné le droit de monopoliser le judaïsme ? »

Le dirigeant du mouvement masorti israélien, Yizhar Hess, a déclaré que le projet de loi était « une loi s’opposant au peuple juif », et le dirigeant du mouvement réformé israélien, le rabbin Gilad Kariv, a écrit sur Facebook dimanche que le projet de loi blessait les juifs orthodoxes modernes ainsi que les mouvements réformé et conservateur.

« L’intégrité, l’équité et l’amabilité ne font apparemment pas partie de leurs 613 commandements, » a écrit Kariv, en faisant référence aux partis ultra-orthodoxes.

« Au fur et à mesure, il y a une reconnaissance toujours plus aigüe que la division ne se situe pas entre les orthodoxes et les réformés, mais entre ceux qui croient à un État juif et démocratique et ceux qui veulent une théocratie et un État halachique selon le Shas et Yahadout HaTorah. »

Amanda Borschel-Dan et JTA ont contribué à cet article.

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