La libération de Paris racontée par l’AFP en 1944 : le 24 août
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La libération de Paris racontée par l’AFP en 1944 : le 24 août

A midi, Radio-Londres, dans une émission à destination de l'Autriche, annonce "Paris ist frei", "Paris est libre", avec une Marseillaise – une liberté encore bien fragile

Des résistants français tirent sur les Allemands au cours de la bataille pour la libération de Paris. (Crédit photo : Domaine public)
Des résistants français tirent sur les Allemands au cours de la bataille pour la libération de Paris. (Crédit photo : Domaine public)

Le 26 août 1944, Paris tout juste libéré, l’AFP diffuse une chronologie des onze jours ayant précédé la capitulation des Allemands, après quatre années d’occupation de la capitale.

Voici la journée du 24 août racontée par le journaliste de l’AFP Jean Le Quiller.

Jeudi 24 août – Il pleut ce matin, de grandes avenues vides où plongent de temps à autre une voiture FFI (Force françaises de l’intérieur, Résistance, ndlr) ou un tank allemand ; des passants qui se précipitent dans une bouche de métro ou sous un porche ; à midi, Radio-Londres, dans une émission à destination de l’Autriche, annonce « Paris ist frei », « Paris est libre », avec une Marseillaise ; on se regarde un peu surpris tout de même.

Après tout, c’est assez vrai, mais c’est une liberté encore bien fragile, à laquelle on n’ose trop se fier.

Car les Allemands sont encore là : toute la journée, la fusillade a continué près de la gare de l’Est et le long du canal de l’Ourcq. A Ménilmontant, les FFI ont bloqué un train sous le tunnel des Buttes Chaumont et ont attendu les Allemands aux deux sorties ; ils ont fait ainsi plus de 100 prisonniers.

Cinq cents Allemands sont à Vincennes ; ils envoient des chars qui avancent vers Paris, avec des civils attachés devant, procédé qu’ils emploieront le lendemain à Fontenay. De même avenue Jean Jaurès, 15 camions allemands, pour forcer les barrages, se font précéder de jeunes secouristes français. La « correction » de ces Messieurs a vraiment des limites.

Ils se risquent de moins en moins dans la ville, et se retranchent dans certains immeubles bien définis ; ce sont l’hôtel Meurice, la Kommandantur de la place de l’Opéra, le ministère de la Marine, le ministère des Affaires Etrangères et le Palais Bourbon, le Sénat, la caserne de la place de la République, l’hôtel Majestic et l’Ecole Militaire ; c’est là que les FFI et soldats du (général Philippe) Leclerc viendront les assiéger.

Déjà, ce 24 août, de 15 à 19h, les FFI ont mené un siège en règle de l’Ecole Militaire ; les Allemands, ici, ne mettent plus le nez dehors.

L’Etat-Major FFI se préoccupe d’améliorer la protection des troupes ; une conférence se tient entre ingénieurs des Ponts et Chaussées et ouvriers du Syndicat du Bâtiment afin de faire des barricades sur un plan industriel : c’est ainsi que 3 barricades modèles sont construites boulevard Masséna, avenue de Choisy et avenue d’Italie.

Les arrestations des collaborateurs se multiplient : on annonce celle du président (du Tribunal d’Etat sous l’Occupation Paul) Devise, qui a prononcé la condamnation à mort de plusieurs Français pour délit politique, celle du vice-amiral Boussignac, celle du trop célèbre Stéphane Lauzanne (rédacteur en chef, ndlr) qui, depuis des années, au Matin a fait le jeu d’Hitler, celle de Charles Morice, directeur de l’Office français d’information (OFI, agence de presse contrôlée par le gouvernement de Vichy, ndlr) et bien d’autres encore.

Le soir, à 21 heures, tous les Parisiens non combattants sont à l’écoute de leur radio : l’électricité, si parcimonieusement distribuée depuis quelque temps, est ce soir prodiguée par une administration bienveillante. Georges Bidault (Président du Conseil national de la Résistance, ndlr) prononce une allocution entrecoupée par le feu des mitraillettes : c’est que le disque a été enregistré dans le quartier de la République, où la bataille fait rage depuis le 19.

La question que tout le monde se pose : « Où sont les Alliés ? » va bientôt trouver sa réponse.

Durant tous les jours qui ont précédé le 24 août, Paris a suivi tant bien que mal l’avancée de Leclerc et des Américains au sud et à l’ouest de la ville ; Chartres puis Rambouillet avaient été certainement libérés ; mais par la suite, les nouvelles sûres manquèrent : on voulait bien croire cependant ceux qui vous assuraient qu’ils étaient à Corbeil, à Juvisy, à Limours, à Arpajon même.

Mais, dans l’après-midi du 24, les nouvelles se firent plus précises : à 15h la division Leclerc était signalée entre Antony et la Croix de Berny. A 15h45, les Américains étaient au Petit Massy ; à 17h25, les Alliés étaient à 1 km de Bagneux ; à 17h30, la première voiture américaine se présente devant la mairie de Bagneux ; elle est occupée par le lieutenant Milton ; à 19h45, les Américains sont à Châtillon, et Leclerc à Issy les Moulineaux ; le soir, la division Leclerc, la fameuse 2e DB est à la porte d’Italie.

Tout cela, Paris le sait plus ou moins : certains sont bien renseignés grâce au téléphone : tout le monde se cherche des relations du côté de la porte d’Orléans ou de la porte de Versailles.

Mais c’est seulement le soir vers 21h45 que la nouvelle, la grande nouvelle atteint tout Paris : à 21h28, le premier char français, le « Romilly », est arrivé devant l’Hôtel de ville. Partout, c’est une émotion indescriptible : des immeubles chantent « La Marseillaise », des rues entières applaudissent dans la nuit ; les postes de radio vont fonctionner sans interruption jusqu’au petit jour ; c’est l’émission la plus extraordinaire qu’on ait entendue sur des ondes françaises : allocution de Bidault, appels en faveur de la mairie du XIe qui, attaquée par les Allemands, se trouverait à court de munitions, musique militaire, demande aux curés de faire sonner leurs cloches. Le fait est que ce concert de cloches emplit l’air, tout d’un coup, vers 22 heures, vous arrachant les larmes des yeux. Certains éléments de la division Leclerc parvenus au pont de Sèvres le font savoir par radio à leurs camarades de la porte d’Orléans. Maintenant c’est bien sûr : ils sont là.

Paris ne dort pas cette nuit.

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